Oren Ambarchi

+ Ignatz

Bruxelles (be), ArgosArts - 30.11.2006

» Compte Rendu

le 13.12.2006 à 06:00 · par Constantin D.

Troisième rencontre pour la petite souris et moi, en un an... Ignatz était le nom d'un rongeur de comic créée par George Herriman en 1910 - et Bram Devens a en effet quelque chose de la souris, grise, en tailleur, recroquevillée sur sa guitare, ses pédales et sa mixette. Perdue sur la grande scène du Vooruit de Gend, en première partie de Charalambides il y a un an. Cachée au fond du Bonheur, dans un showcase confidentiel et soporifique (dans le bon sens) un dimanche après-midi de printemps. Troisième édition donc et excellent cru... certainement le meilleur. Comme dit ailleurs, Ignatz a ceci de l'improvisateur talentueux en ce qu'il ne se laisse justement pas enfermer dans des habitudes ou des trucs préalables, restant avide de découvertes et de nouveautés. Le set était effectivement assez différent, avec trois longs morceaux plus progressifs. L'ouverture laisse pantois : deux cordes jouées de la main droite, main gauche courant sur la mixette et les pédales, dosant les micros-contact scotchés sur la guitare sèche (au moins deux). Après peut-être une dizaine de minutes d'une cavalcade passionnante, coupe franche - et c'est un petit magnéto K7 qui prend le relais. Le morceau tout juste joué y est enregistré et Devensle repasse en guise clôture, le secouant pour produire cette sonorité caractéristique d'une tête de lecture magnétique baladeuse. Certes pas un truc particulièrement nouveau dans l'absolu, mais ici particulièrement à sa place et bien amené.

Les deux morceaux suivants seront moins immédiatement plaisants, mais tout aussi intéressants. Une direction répétitive en général assez peu représentée dans les deux CD disponibles (y compris le CD-R sorti sur Celebrate-Psi-Phenomenon cette année) et qu'on espère retrouver sur l'album à venir sur (K-raa-K)3 début 2007.

L'actualité est clairement moins chargée pour l'australien Oren Ambarchi, à part un DVD avec Martin Ng sur Asphodel en octobre dernier. Après une accolade à Phill Niblock (une présence dans le public dont il est difficile de faire abstraction !), Ambarchi s'installe sur scène. Une scène assez mal foutue, du point de vue public, puisque le musicien, assis guitare sur les genoux, fait face à ses pédales sur une table à la fois trop haute pour la voir debout, et masquant le musicien pour le public assis... regrettable.

Mais heureusement, la lente évolution de l'improvisation d'Ambarchi, ici dans une mouvance qu'on dira proche de son dernier disque solo, Grapes From The Estate, se prêtait très bien à une écoute recueillie, yeux fermés, assis sur le sol poudreux du loft d'Argos.

Sur plus d'une demi-heure, Ambarchi va installer une passionnante masse sonore, progressant du silence à un maëlstrom complexe, riche en sonorités. Le tout tiré d'une unique guitare électrique, passée à la moulinette de moultes pédales et loop stations. D'autant plus passionnant que la complexité croissante de l'armée de sons rassemblée semble menacer à tout instant de glisser hors de contrôle de leur invocateur, sur le visage duquel, aux moments les plus bruyants, on croit lire le stress d'oublier quelle est cette boucle qu'on voulait couper... pourtant la situation n'échappera pas à Ambarchi, qui profite du contexte live pour laisser les choses se développer plus lentement que sur CD. De quoi donner envie de se replonger dans la discographie d'un improvisateur méconnu. Excellente soirée.

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Photo Concert Oren Ambarchi + Ignatz, Bruxelles (be), ArgosArts, le 30.11.2006

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