Midlake

+ Espers

+ Edith Frost

+ Sukilove

+ Yo la Tengo

Bruxelles (be), L'Ancienne Belgique - 18.11.2006

PSYCHEDELICA_NOW

» Compte Rendu

le 04.12.2006 à 06:00 · par Erwan M.

Alors qu’ici et là, le long des rues de la capitale belge, germent les premiers feux colorés annonçant les sempiternelles illuminations de Noël, l’Ancienne Belgique a décidé d’éblouir l’assemblée en programmant cinq groupes ayant de près ou de loin attrait à une certaine mouvance psychédélique. La définition proposée ici restant très large, puisque sous l’appellation Psychedelica_Now – nom officiel de la soirée - se déclinent des profils aussi divers et variés que les indéboulonnables New Yorkais Yo la Tengo, les collectionneurs de bonnes notes Midlake ou encore la folkeuse cœur-brisé Edith Frost. Programmation touffue et exigeante qui propose donc quelques (hors) pistes pour embrasser un mouvement qui aura su se renouveler à maintes reprises depuis ses années soixante originelles.

A l’écoute d’Edith Frost, qui a l’honneur d’ouvrir le bal, on est décidément plus dans la bande son d’un rade situé au fin fond d’une bourgade paumée du sud des Etats-Unis que dans le psychédélique "Invasion of Thunderbolt Pagoda", film culte expérimental du poète-cinéaste Ira Cohen. Frost, seulement accompagnée de sa guitare, semble avoir écumé un grand nombre de salles enfumées depuis la publication en 1997 de son premier album. Neuf ans plus tard, c’est essentiellement les morceaux de son cinquième opus, It’s a Game, sorti fin 2005, qui sont interprétés ici devant un public encore clairsemé. Morceaux à l’épure purifiante qui portent cependant le fardeau de la rupture et de la désillusion amoureuse (Just a Friend). Frost n’en mène pas large, pétrifiée, lorsqu’elle entonne un nouveau morceau jamais défloré en public. Le contraste entre une présence scénique finalement mal assumée, et la fluidité des mélodies, délicates et cotonneuses (Playmate), est saisissant. "Hey, let's try to have a good time, Everyone knows it's a game” conclut le refrain de It’s a Game. On aimerait prendre au mot la chanteuse californienne…

Quelques minutes plus tard, les flamands de Sukilove prennent le pas sur la brumeuse californienne, alternant rock de facture classique et mélodies plus douces aux sonorités acoustiques. Le groupe, qui semble percer dans le circuit alternatif flamand, ne parvient pourtant pas à convaincre…

Après la prestation de Sukilove, aussi fluette que la fine moustache de son chanteur , il nous fallait bien une dose d’Espers pour espérer rentrer dans l‘essence de la soirée. Ici, l’étiquette psychédélique accolée sur le poster trouve un écho certain, magnifiée dans les floralies acoustiques et autres déambulations harmoniques de la formation de Greg Weeks.

Dans l’arbre généalogique d’Espers, les vigoureuses racines acid-folk Britannicus (Pentangle, Fairport Convention) s’entrecroisent avec quelques jeunes pousses issues de la jeune branche néo-folk américaine (le batteur du groupe accompagne régulièrement Vetiver ou Nick Castro) : de multiples grappes tonales chargées d’électricité ornent les ramures rythmiques psychédéliques des percussions. Depuis son premier album éponyme, la cosmogonie du groupe de Philadelphie s’est construite sur une palette d’émotions claires-obscures portées par des guitares droneuses et un violoncelle lymphatique, entremêlées dans un duvet de voix en apesanteur. Sur scène, la résine sonique qui se répand dans l’atmosphère invite de nouveau à l’introspection et à la retraite spirituelle (Dead Queen, Widow’s Weed). On regrettera donc à l’issue d’un set d’une petite quarantaine de minutes d’être soudainement arraché à ces quelques rêveries cotonneuses et mystiques pour redescendre dans les méandres de la réalité…

La réalité pourrait être plus morbide, puisque ce sont les (toujours) excellents Yo La Tengo qui reprennent les rènes de la soirée pour y insuffler une bonne dose d’énergie vitale, éclectique, électrique, acoustique. Les New Yorkais commencent leur performance kaléidoscopique sur les chapeaux de roue avec l’efficace Pass The Hatchet, I Think I'm Goodkind, morceau d'ouverture du récent onzième album I Am Not Afraid Of You And I Will Beat Your Ass. Un jam rentre-dedans, endurant, jouissif et physique d’une bonne dizaine de minutes, martelé par une Georgia Hubley au top de sa forme derrière ses fûts. Le trio enchaine pendant deux heures non-stop nouveaux morceaux et vieilleries indémodables, passant du noise-punk adolescent à la subtile composition classique et classieuse (I Feel Like Going Home), s’échangeant respectivement les instruments, plaisantant avec le public, avant de multiplier les rappels, et nous fournir un sourire béat quand le répertoire du parfait Fakebook est revisité sur deux morceaux acoustiques. Le groupe prend plaisir à jouer, le public en redemande. Tout bon.

Après la prestation élastique et éclectique des quadragénaires américains qui encaissent, rappelons-le, leur vingt-deuxième année de cohabitation, on se sent de nouveau dans la cour de récré des petits quand les texans de Midlake – mais pourquoi sont-ils en tête d’affiche ? - prennent place sur scène. Face à la récente démultiplication des critiques dithyrambiques apposées sur leur second essai The Trials of Van Occupanther, on ne peut s’empêcher de douter, circonspects par tant d'éloges dévots. "Indépassable" signent les Inrocks, "Mélodies lunaires, ballades renversantes" conclut Télérama. Tim Smith est-il donc le nouveau messie indie-rock ?

Si l’ancien messie s’appelait Chris Martin de Coldplay, alors oui, peut-être, Mr Smith a toute sa place au Sénat des critiques rock. Reste que si, en composition écrite, Midlake se pose en bon élève dans sa catégorie (Licence Grandaddy option Mercury Rev, deuxième année), le groupe est loin d’égaler ses maitres de conférence à l’oral. On retiendra bien-sûr un Roscoe incontournable (B+), un Young Bride des plus incisifs (B-), avant un Head Home (mention plus que passable) clôturant la première partie du set. Le jury notant très large, on ne s’étonnera pas qu’un Bandits reçoive la grande distinction Europe 2, la possibilité d’avoir une bourse pour la prochaine publicité Orange ou Gaz de France, ainsi qu’une remise du diplôme au Stade de France. Au final, les premiers de la classe restent souvent les plus insipides. On aura cependant passé une très bonne soirée avec les redoublants New-Yorkais…

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Photo Concert Midlake + Espers + ..., Bruxelles (be), L'Ancienne Belgique, le 18.11.2006

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