Yo la Tengo

Londres (uk), The Forum - 11.11.2006

» Compte Rendu

le 22.11.2006 à 06:00 · par Eric F.

Même dans le contexte d'un concert de rock, impossible d'éviter la sacro-sainte "file à l'anglaise"; résultat, il nous faudra faire le tour du paté de maison à une allure plus que réduite avant de pouvoir pénetrer l'enceinte du Forum. Pas de Minotaur Shock donc, où très peu, l'explosion de guitares sur le dernier morceau laissait deviner un concert beaucoup plus prenant que Maritime qui flirte lui dangereusement avec l'ennuyeux. Dommage la surprise aurait pu être belle...

De l'ennui, on y a fort goûté pendant le changement de plateau, atteignant presque l'heure. Le public londonien, plutôt réservé (et qui se montrera moins bavard pendant le concert que sa "renommée" ne le laissait supposer) ne s'excitera finalement que peu de temps avant l'arrivée sur scène du trio d'Hoboken Ira Kaplan et sa belle chemise rouge en tête suivi de près par Georgia Hubley et James McNew.

Le concert démarre sur une note intimiste (Ira Kaplan est au piano) avant un Beanbag Chair poppy en diable. La guitare est de sortie dès le titre suivant, Pass The Hatchet, I Think I'm Goodkind, morceau d'ouverture du récent I Am Not Afraid Of You And I Will Beat Your Ass. Si la ligne de basse de James McNew pose à merveille les fondations de cette expédition sonique, le décollage n'est que partiel, la faut peut-être à une sono quelque peu fouillie.

L'ambiance sera par contre au rendez-vous sur un magnifique Tears Are In Your Eyes presque murmuré par le couple Kaplan - Hubley. Fidèle à lui-même le guitariste frisé se lancera dans une savoureuse anecdote dont il a le secret en parlant de cet article lu le jour même où le poste de batteur est décreté "métier le plus difficile dans le monde du rock'n'roll". Tenant le public dans le creux de sa main, Kaplan s'amuse à citer de nombreux exemples (le batteur de Bloc Party récemment hospitalisé, Bill Berry de R.E.M.) et lorsqu'un spectateur lui suggère le nom de Moe Tucker, il se voit répliquer que son métier était difficile parce qu'elle jouait dans un groupe avec Lou Reed et John Cale. Hilarité générale...

C'est donc de fort bonne humeur que l'on reçoit le palcide Sometimes I Don't Get You et un Mr. Tough parfaitement mené par James McNew. Cependant l'enchainement sur Don't Have To Be So Sad, pas forcément mauvais en soi, instaure un début de malaise, tant on se dit que le groupe a décidé de ranger le gros son au placard, le quota de tolérance aux ballades au piano étant déja un peu dépassé.

Mais Yo La Tengo n'est pas un groupe génial pour rien et à l'instar d'AC/DC finira par déclarer "Let there be rock" en nous enchainant un carré d'as incroyable composé des récents I Should've Known Better et Watch Out For Me Ronnie (dans une version jouissivement dynamitée) et des classiques de chez classique Tom Courtenay et Sugarcube, la guitare folle d'Ira Kaplan étant accompagnée par la batterie et des maracas. Comme par enchantement, c'est à ce moment là que la sono se décidera enfin à marcher à plein tube.

Déja bien secoué par cette série d'uppercuts ultra-efficace, le groupe nous enfoncera un peu plus dans les cordes de la béatitude avec les longs (à peu près un quart d'heure chacun) et expérimentaux The Story Of Yo La Tango et Blue Line Swinger dont l'éprouvante introduction interminable finira par céder la place à un festival noisy qui verra Ira Kaplan faire littéralement virevolter sa Fender dans tous les sens.

C'est donc en vainqueur que Yo La Tengo quitte la scène avant de revenir pour un titre presque trop calme pour être entendu (frustrants tous ces bruits de goblets piétinés !) avant de passer, quasiment à la demande générale (il aurait fallu cinq heures de concert pour que chacun ait droit à son titre fétiche), à un Autumn Sweater à la rythmique ralentie.

Et puisqu'un concert de Yo La Tengo sans reprises n'en serait pas vraiment un, comment ne pas mentionner la tonitruante relecture du Rocks Off des Rolling Stones menée par un James McNew décidement en forme olympique, le morceau a des lieues des reprises aussi amusantes que pas toujours assurées de Yo La Tengo Is Murdering The Classics ?

Bizarrement, après tout cela le trio, qui doit pourtant quitter Londres pour Paris dans la foulée, semble ne pas être repu et reviendra une troisième fois pour cloturer en beauté le concert par un touchant morceau acoustique, accompagné une nouvelle fois par le choeur des verres en plastique.

Fortement emballant et levant les quelques petits doutes qui pouvaient rester quand à I Am Not Afraid Of You And I Will Beat Your Ass, Yo La Tengo aura une nouvelle fois justifié de son statut de groupe culte par sa capacité à exceller sur tous les tableaux.

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Photo Concert Yo la Tengo, Londres (uk), The Forum, le 11.11.2006

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