Camera Obscura

Stockholm (se), Debaser Medis - 06.10.2006

» Compte Rendu

le 23.10.2006 à 06:00 · par Thomas F.

Prétexte : "raison alléguée pour cacher le véritable motif d’un dessein, d’une action". Exemple : se rendre à Stockholm pour assister à un concert de Camera Obscura sous prétexte que c’est la ville où le groupe écossais, malheureusement toujours inédit en France, a enregistré son dernier album, le bien nommé Let’s Get Out Of This Country, alors qu’il s’agissait au moins autant de groupie-attitude que de ressentir l’atmosphère si particulière de la capitale suédoise et l’influence qu’elle aurait pu exercer sur l’écriture des nouvelles chansons de l’énigmatique Tracyanne Campbell. Remercions tout de même chaleureusement Richard Hawley d’avoir renoncé au dernier moment à produire ce troisième LP au profit de Jari Haapalainen car, soyons honnête jusqu’au bout, il aurait été nettement moins tentant de prendre l’avion pour sa patrie de Sheffield.

C’est néanmoins à l’ancienne cité anglaise de l’acier que ne manque pas de renvoyer l’entrée en piste des quatre membres masculins de Camera Obscura - dont le vieux de la vieille Gavin Dunbar à la basse et le guitariste épine dorsale Kenny McKeeve- tant ces derniers n’auraient pas dépareillé dans une comédie sociale à la Full Monty avec leur trentaine bien marquée et leurs dégaines jovialement ordinaires. Le contraste est d’ailleurs assez tordant avec un public scandinave plutôt nombreux et globalement si soigneux de son apparence qu’il ferait aisément passer les habitués de nombreuses soirées parisiennes tendances pour de modestes conseillers municipaux de Marly-Gomont. Opportunément, les deux figures féminines et sophistiquées du groupe ne tardent pas à rétablir une certaine harmonie visuelle sur scène : la très rousse Carey Lander à gauche derrière ses claviers, lunettes de bibliothécaire sévères et bas résilles blancs coquins, et évidemment la très brune Tracyanne au centre, drapée d’une robe verte d’un autre âge serrée haut sous la poitrine et tasse de tisane à la main. Ayant placé ce compte rendu sous le signe de la transparence, je ne peux cependant passer sous silence un constat terrible et forcé par la présence massive de vieux vinyles de Mireille Mathieu (sic) dans les bacs des disquaires d’occasion les plus réputés de l’autre Venise du nord et visités l’après midi même : les deux interprètes possèdent à quelques détails près la même coupe de cheveux ! La pointe d’embarras naissante s’évanouit heureusement dès que l’Ecossaise prend timidement la parole ; l’accent des filles de Glasgow est, au moins à mes oreilles, diablement plus sexy que l’élocution provençale de notre illustre Marianne.

Pas forcément à l’aise en suédois, la belle se fait d’autant plus vite pardonner ses errements capillaires qu’elle lance très vite son attachante troupe de musiciens appliqués dans un enchaînement inespéré : Come Back Margaret, l’un des morceaux où l’orientation plus grandiloquente et ambitieuse du dernier album fait le plus d’étincelles, puis Lemon Juice & Paper Cuts. Oui, le groupe n’hésite pas à jouer ses dernières b-sides en concert et ce n’est pas moi qui les en blâmerais tant celle-ci précisément est sans doute l’une de leurs meilleures à ce jour en grande partie grâce à une partition de trompette imparablement décontractée. La grande place faite sur la setlist ce soir-là aux dernières compositions, aussi excellentes soient-elles, sera peut être d’ailleurs une des rares sources de frustration pour les fans de la première heure puisque seules les inusables Teenager et Eighties Fan rappelleront une époque discographique où officiait encore le chanteur John Henderson. A ce propos, si les raisons de son départ du groupe restent officiellement inconnues, il n’est pas difficile d’imaginer qu’il a sûrement eu plus de mal que ses anciens acolytes à supporter la capacité avec laquelle Tracyanne cannibalise l’attention des garçons mais aussi des filles du public.

Outre son style, la chanteuse et guitariste sait indéniablement jouer de cette beauté impénétrable mais captivante, déjà perceptible dans sa voix et ses paroles entre spleen enchanteur et concision cinglante, des personnes dont on ne sait si elles ont grandi trop vite ou souffert trop tôt. Certes, ça ne l’empêche pas de se mouvoir avec grâce (et un très joli jeu de jambes) ou de sourire entre les morceaux. Généreusement comme lorsqu’elle dédicace Dory Previn à Victoria Bergsman, l’ex chanteuse des Concretes présente dans la salle et DJ de la soirée - "une chanson inspirée par ma songwriteuse préférée pour ma songwriteuse suédoise préférée"-. Ou plus malicieusement comme lorsque le groupe en rajoute dans le final bruitiste et a priori contre-nature de Razzle Dazzle Rose. Mais le rideau rouge du Debaser Medis refermé après un rappel de grand standing où se seront succédés un Country Mile plus brumeux encore que sur disque et un euphorique I Need All The Friends I Can Get avec la chanteuse de Taken By The Trees aux chœurs et quelques groupies aux claps, le plus grand et persistent plaisir réside bien dans cette impression d’avoir approché un mystère sans être parvenu à en percer tous les secrets. Sentiment renforcé par le choix respectable du groupe de ne pas s'être laissé aller à l’anecdotique en rejouant sa pourtant parfaite reprise du Super Trooper des stars locales Abba. Autrement dit, vivement qu’un tourneur français ait la bonne idée de proposer à cette Joconde de la twee pop et ses camarades un contrat décent pour visiter l’hexagone ! Si possible avec un alinéa interdisant de reprendre Qu’Elle Est Belle "avé l’assent" car on n’est jamais trop prudent.

Retour haut de page

Photo Concert Camera Obscura, Stockholm (se), Debaser Medis, le 06.10.2006

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.