The Flaming Lips

+ Midlake

Paris, Bataclan - 28.04.2006

» Compte Rendu

le 30.04.2006 à 12:00 · par Thomas F.

Il y a 3 ans, les Flaming Lips jouaient à Paris dans le cadre du défunt festival Aden et, outre un set moyen du pourtant doué Brendan Benson, il avait fallu subir en première partie l’abominable groupe suèdois Eskobar et les poses pathétiques de son bassiste. C’est peu dire que la situation de ce vendredi soir s’annonçait moins dramatique puisque ce sont les texans de Midlake qui ont été conviés par la troupe de Wayne Coyne à ouvrir toutes ses dates européennes. Soit un groupe qui ne collaborera sans doute jamais avec Emma Daumas de la Star Ac’ mais est sur le point de sortir son deuxième album, The Trials of Van Occupanther, dans un concert de louanges (du moins en France, Télérama et Inrocks semblent s’accorder) et est déjà auteur à coup sûr d’une des chansons de l’année avec Roscoe. L’heureux distributeur Cooperative Music ne se méprend d’ailleurs aucunement sur son potentiel commercial, inondant le Bataclan de singles promotionnels. Le premier morceau chanté par Tim Smith, Kingfish Pies, est pourtant issu du disparate LP Bamnan and Silvercork qui a fait connaître le groupe dans notre pays au choix comme un sous Grandaddy (les bidouillages synthétiques) ou un sous Radiohead (la voix). Il y avait toujours eu ces paroles sur l’aliénation par le travail mais il aura fallu le son boosté en live de la batterie syncopée qui porte cette chanson pour me permettre de la marier au nom de nouvelles venues (c’est un vice) depuis 2 ans et notamment à Modern World de Wolf Parade (c’est une obsession).

A la manière d’un vin de prestige, la qualité de la mise en place et la finesse de l’interprétation des cinq musiciens, dont quatre sont des musicologues amateurs de jazz repentis, titille encore les papilles auditives après que la dernière note a retenti. Mais le temps de savourer est compté car vite les mots fantasmés depuis plusieurs jours sont enfin prononcés : "This song is called Roscoe". Quelques touches de piano sont frappées par Eric Nichelson et là, c’est le drame : le trou noir. Comme à chacune des centaines d’écoutes du mp3 -qui circule depuis plusieurs mois légalement- pourtant toujours lancées avec la ferme conviction que "cette fois je mettrai le doigt sur ce que ce titre a de si parfait", je me suis totalement laissé aspirer pour ne refaire surface que cinq minutes plus tard, applaudissant béatement le décollage de Balloon Maker. Le groupe enchaîne ensuite avec trois autres extraits de The Trials of Van Occupanther qui oublient le côté rétro technologique évoquant de loin Jules Verne pour mieux installer sa soif d’absolu humain dans un univers intemporel, flou et dépouillé, peut être plus familier à ceux qui ont eu la chance de sillonner à cheval les grands espaces diaphanes de Shadow of the Colossus. Young Bride, Van Occupanther et l’héroïque Head Home, s'ils n’atteignent pas les cimes de Roscoe, rassurent sur la qualité et la variété du contenu de l’opus à venir en même temps qu’ils achèvent de convaincre les nouveaux initiés de l’accessibilité, de l’aisance et du talent de leurs jeunes interprètes. Croulant avec plaisir sous les applaudissements du public, ils seront contraints d’ajouter un septième titre, Some Of Them Were Superstitious, à une irrémédiablement trop courte setlist. Ironisant sur cette très bonne réception, ils avaient plus tôt demandé si la France serait prête à accepter leur immigration ; vu le climat politique actuel, rien n’est garanti mais on espère vraiment que ces barbus pourront revenir jouer très bientôt près de chez nous bien plus longtemps. Pourquoi pas dès cet été en festival ?

Cultivant leur réputation de grand cirque ambulant un brin mégalo, les Flaming Lips diffusent pendant la pause une chanson originale annonçant leur présence en ville puis entrent en scène au son de leur marche impériale. Les énormes ballons verts commencent à bondir sur les têtes du public massé dans la fosse et les confettis pleuvent déjà pendant Race for the Prize. Dans cette ambiance délurée bien rodée, les quatre musiciens ne perdent jamais de vue l’essentiel et si le rendu frise parfois le grossier, il est assez bien contrôlé. Sur scène, les fans hardcore ont toujours droit de cité et de se battre joyeusement à coups de rayons lumineux. Cependant les costumes d’animaux de la tournée Yoshimi ont disparu au profit de déguisements plus minimalistes (et moins chauds ?) d’extra terrestres, représentant la Scientologie, ou de Santa Claus, représentant la chrétienté ; deux clans unanimement hués par les spectateurs et encadrés par nuls autres que Wonder Woman et des roadies déguisés en Captain America et Superman. Malgré cela –Warner doit avoir de meilleurs avocats que le label de Sufjan Stevens-, Waitin’ for a Superman sera le grand absent de la setlist de ce soir. Après un "Mirciii" de Steven Drozd articulé avec une voix de grand enfant et destiné à devenir un leitmotiv de la soirée, le groupe rappelle qu’il est là pour promouvoir la sortie d’At War With The Mystics. Plus sex symbol que love symbol avec ses cheveux poivre et sel et son costume gris impeccable, le maître de cérémonie ne se prive donc pas d’enchainer avec Free Radicals le morceau de ce onzième album le plus influencé par Prince. A force d’attaques stroboscopiques, guitares à double manche, mégaphone et projections vidéos diverses, la suite se mélange un peu et on n’est plus très sûrs que ce soit sur Yoshimi Battles The Pink Robots que Coyne a sorti sa marionnette de bonne sœur meneuse de chorale ou sur The Spark That Bled qu’il a maculé son front du classique faux sang. Des sensations contrastées surnagent : hilarité déclenchée par un jam construit autour d’un instrument jouet reproduisant des sons d’animaux et souvenir de courtes plages d’ennui sur les passages les plus instrumentaux.

Persiste également l’impression que Coyne et son sourire automatique hâbleur se perdent un peu dans la répétition de son discours hédoniste comme un Willy Wonka isolé dans sa gigantesque usine à bonheur aux murs gris. Mais ce surdosage n’est pas aussi préjudiciable que dans le cas d’une préparation magistrale de gélules amaigrissantes et ces effets secondaires indésirables disparaissent bien vite. A vrai dire, lui-même semble parvenir à se jouer de cette routine lorsqu’il raconte les malheurs fictifs de l’orteil du vendeur de t-shirts bariolés et commence à parler d’ambulance… Une transition cousue de fil blanc pour un Mr Ambulance Driver qui ne viendra finalement jamais. Des nouvelles chansons, celle qui tire le mieux son épingle du jeu est la dansante The Yeah Yeah Yeah Song, ostensiblement conçue comme une attraction foraine interactive destinée à faire jaillir les régressifs "ya ya ya ya ya ya" et "no no no no no no". Néanmoins elle reste un peu trop juste pour détrôner l’impeccable semi-vieillerie She Don’t Use Jelly et l’épicurienne Do You Realize? alignées en bout de course mais pas à bout de souffle. Le groupe reprendra en effet de manière apocalyptique en unique rappel le War Pigs de Black Sabbath avant d’aller se reposer pour mieux profiter de sa journée de repos à Paris le lendemain. Profiter et ne pas trop se poser de questions : tels étaient décidément les codes à respecter pour passer un très bon moment de pas tout à fait n’importe quoi.

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Photo Concert The Flaming Lips + Midlake, Paris, Bataclan, le 28.04.2006

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