Herman Düne

+ Kimya Dawson

+ Calvin Johnson

Bordeaux, Le zoobizarre - 19.09.2003

» Compte Rendu

le 22.09.2003 à 18:00 · par Eric F.

Voir Calvin Johnson pour nous autres petits européens relèverait presque de l'exploit : il s'est en effet écoulé plus d'une décennie depuis la dernière visite de l'ancien Beat Happening, Halo Benders et Dub Narcotic Soundsystem, aujourd'hui embarqué dans une carrière solo placée sous le signe croisé de l'acoustique et du blues. Pour célébrer cet événement, Kimya Dawson (Moldy Peaches) et les infatiguables Herman Düne complètent une affiche plus que prometteuse. Comme on est au sud de la Loire, les gens prennent leur temps et les portes du Zoobizarre n'ouvriront quà 22 heures; une arrivée trop rapide permet donc de faire un petit tour à Total Heaven, un excellent disquaire indé, à deux pas du Zoo'. A première vue, le Zoo' ressemblerait presque à une boite de nuit avec bar à l'étage et salle de danse au sous-sol, sauf qu'au lieu d'un dancefloor se trouve la scène, très réduite, tout comme la salle elle même, les personnes du public pouvant presque se compter sur les doigts de la main. C'est donc dans une ambiance très intime que débarque Kimya Dawson après une attente assez longue (le concert démarre à 23 heures !). La miss semble toujours aussi nerveuse et peu sûre d'elle à l'idée de se produire seule. Mais contrairement au MoFo parisien de juin dernier, elle prendra de plus en plus d'assurance au fur et à mesure du concert, n'hésitant pas à rire de bon coeur avec le public, toute étonnée que ce dernier connaisse les paroles de ses morceaux intimes, à des années lumières de la folie scénique des Moldy Peaches (exit les déguisements de lapins et autres). Assister à un concert de Kimya Dawson, c'est comme ouvrir le journal intime d'un adolescent moyen américain avec ses rêves, ses espoirs, mais aussi ses craintes... Même si quelques notes sont écorchées au passage, on n'en tient pas rigueur et on se laisse bercer par ces comptines douces-amères avant qu'un ultime morceau ne s'étire sur un amusant duo entre Kimya... et le public, les "whoo hoo" n'en finissant plus.

Toujours aussi contents d'etre sur scène, les Herman Düne frappent un grand coup d'entrée : après un titre chanté a cappella et sans micro par David Ivar, son frère André accepte de jouer Dont Look Too Deep Into My Eyes, un des premiers titres du groupes. Le son est extrêmement clair, David assurant une rythmique éléctrifiante. Le concert part sur les chapeaux de roues, gardant son rythme infernal de bout en bout : les deux guitares ne pouvant s'empêcher d'ajouter quelques fulgurances aux titres les plus calmes, comme sur un Your Priorities agrémenté d'une instrumentation peu habituelle. Et comme pour mieux nous rappeler que le meilleur des Düne peut aussi se trouver dans la pléthore de projets parallèles des deux frangins, chacun y ira de son petit morceau extra-hermandunien, André avec un countrysant et très sage Chamber Music tandis que David s'attaque à son chef d'oeuvre noisy qu'est Twinned, sorti tout droit du répertoire de Satan's Fingers. On s'étonne que le ukulélé de David n'ait toujours pas fait son apparition après la moitié du set, ce qui sera bien vite corrigé, le grand barbu improvisant sur la reprise (improvisée elle aussi?) d'un des titres joués par Kimya Dawson et mené par André, beau à en pleurer (en gros la chanson raconte qu'il pleut depuis des jours, le narrateur voit ses amis tomber comme des mouches et pleure de concert avec la pluie); dur donc, de décerner la palme d'or de la meilleure version ! Quant aux nouveaux albums, Mas Cambios est plutôt bien représenté avec entre autres With A Fistful Of Faith et le sautillant Red Blue Eyes et son inénarrable double flûte, pour ce qui est de Mash Concrete, seul un Why Would That Hurt éxécuté au ukulélé et avec un Neman à la guitare en hissera les couleurs. Rien d'albums plus "anciens" David refusant de jouer A 100 Times Better tout simplement parce qu'il ne s'en rappelle plus ! Bien discipliné le binôme David-André alternera les morceaux jusqu'à la fin du concert conclu par un brillant New York City d'où surgit une distorsion inattendue mais néanmoins bienvenue.

Une fois le set terminé, à peine est-il temps d'aller se chercher une bière bien appréciable avec la chaleur qui règne dans la salle, que la scène se vide (faux billets de 10 000 dollars lancés inclus) pour ne plus compter que deux microphones et arrive le "godmaster" Calvin, pour qui la majorité du public a fait le déplacement. Notre homme arrive accompagné d'une guitare classique, le second micro servant à l'amplifier. Dès les premières notes, on est frappé par LA voix, sortie d'outre tombe, comme si Johnny Cash n'était pas vraiment mort. Comme un hommage au maître, le concert commence par un I Was A Lightning Rod For Jesus qui, en fermant les yeux, nous propulse tout droit dans un bon vieil honky tonk. La gravité de la voix impressionne, d'autant plus quand le bonhomme s'éloigne du micro et part dans les aigus réalisant toutes sortes de petites danses dont lui seul a le secret ! Un sacré décalage donc... N'hésitant pas à piocher dans un répertoire de "goodies" qui rime avec "oldies", incluant des "hits" du Beat Happening, des Halo Benders ou encore du Dub Narcotic Soundsystem (l'inquiétant et hypnotique Teenage Time Bomb) Calvin se met sans problèmes le public dans sa poche, ce malgré les incorrigibles pipelettes disséminées çà et là. Le chanteur arrivera pourtant à obtenir un silence de cathédrale plusieurs fois grâce à son regard assassin et ses poumons bien gonflés (il suffit pour s'en convaincre d'écouter les bruits émis lorsqu'il souffle dans le micro !). On peut cependant que la voix fasse le travail, certains titres ayant une guitare assez faignante, se contentant de quelques accords égrenés de temps en temps. Bien qu'apparemment fatigué avant le concert, on a tout de même le droit a un show hallucinant quand mister Johnson laisse tomber sa guitare pour partir dans un medley a cappella infini et tout bonnement hallucinant (on aura même le droit a 30 secondes de Fuck Shit Up !!!) alternant chant et danses abracadabrantes. On a définitivement affaire à une bête de scène ! Sa démonstration terminée, Calvin se plie de bonne grâce en livrant un Angel Gum d'une beauté du genre pudique. A la plus grande surprise de bien des gens, il est trois du matin quand le Zoobizarre ferme ses portes et quand on n'a plus notion du temps pendant un concert, c'est toujours bon signe...

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