Gravenhurst

+ The Earlies

+ Thee More Shallows

+ Verone

St Malo, Route du Rock - 17.02.2006

» Compte Rendu

le 22.02.2006 à 00:00 · par Eric F.

Si pour une raison toute simple il ne m'a jamais été donné l'occasion de voir un concert au Palais du Grand Large lors de la Route du Rock (l'organisation plus que bordélique des navettes), voici que cette année la donne change : le remarquable palais malouin gagne un peu de légitimité avec cette première édition hivernale de la Route du Rock. Tant pis pour la pluie qui nous y accueille, on a déjà donné pas mal de fois en été aussi !

La salle, spacieuse et confortable, est loin d'être remplie quand débarquent Thee More Shallows, aujourd'hui réduits au trio. Ces américains, menés par un Dee Kesler aussi intriguant qu'amusant seront la première bonne surprise de cette nouvelle RDR. Rappelant des Mercury Rev qui auraient oublié d'être archi-maniérés et pénibles par le biais d'un clavier très atmosphérique logé dans une valise rouge (ce qui produit un joli effet visuel sur scène), le groupe se rapproche aussi de l'esprit foutraque et lunaire de Grandaddy ou de Sparklehorse. Avec sa casquette très redneck en vacances à Hawaï, Dee Kesler a d'ailleurs une petite allure de Mark Linkous. Si les deux hommes ont la même tendance à jouer les autistes sur scène (le chanteur s'excusera de ne pas parler français et de ne pouvoir ainsi communiquer), Kesler n'en oublie pas pour autant de nous faire rire par son attitude surprenante lorsqu'il demande le silence à une salle pourtant très calme pendant un problème de clavier, finissant même par tomber littéralement à la renverse lors de la résolution de ce casse-tête. Il surprendra une nouvelle fois tout le monde le temps d'une intro stupidement saturée, faisant éclater de rire toute l'assistance. Thee More Shallows est ainsi bien résumé, mais ne surtout pas prendre ces californiens pour des guignols, car leur musique tient sacrément bien la route sur scène, malgré un côté fortement bancal par moments (on se demande quasi continuellement ce qui va arriver aux morceaux au fil de leurs avancées). Les ambiances ouatées sont décuplées par les moelleux fauteuils de la salle. Les explosions de guitare sont elles particulièrement plaisantes avec le jeu de lumière quasi stroboscopique, donnant une atmosphère psychédélique et agressive à la fois. Si le set ne nous aura finalement pas mis sur les genoux, il n'en fut pas moins fort agréable et rafraîchissant.

On ne pourra en dire autant de Verone : le temps de s'amuser de la personne en robe de chambre posée dans un fauteuil sur scène en face d'une télé que l'on quittera la salle, pas du tout convaincu par ce groupe français pourtant encensé par la presse, Libé en tête. On se demande s'ils ont bien jeté une oreille sur les textes ineptes (du genre "Musclez vos abdo-fessiers" et autres réjouissances...). Certes, les guitares sonnaient parfois avec classe, mais pas assez pour nous donner l'envie de rester.

Histoire de ne pas insulter Nick Talbot, on n'essaiera même pas de se demander à quel point Gravenhurst aura été supérieur. Le guitariste anglais, désormais à mi-chemin entre le folk de son compatriote Nick Drake et un esprit post-rock à la Slint aura été d'une classe folle tout du long, malgré son air d'éternel étudiant. Commençant pied au plancher par un instrumental tout en tension et une version encore plus abrasive du remuant Velvet Cell, Gravenhurst marque son territoire, aidé en cela par un batteur impressionnant d'agressivité (il sera d'ailleurs bien dur de l'arrêter à plusieurs reprises). Si le trio semble extrêmement soudé et en place, Nick Talbot nous enchantera aussi par ses prestations solitaires. Alors tant pis si l'on n'aura pas droit à des extraits de Black Holes in the Sand, Down River se chargera de nous donner des frissons, tout comme les autres grands moments de Fires in Distant Buildings (Animals et ses accents de Black Box Recorder en tête, sans oublier le paisible Cities Beneath the Sea). Déclarant que sa dernière tournée a eu des séquelles quasi funestes sur son audition, Nick Talbot avouera avoir essayé de revenir à des compositions plus calmes. Il tentera de jouer un nouveau morceau mais son capodastre introuvable rendra la chose impossible. Qu'à cela ne tienne, nous aurons tout de même droit à une nouveauté au tempo ralenti qui sera, avouons le, un peu moins réussie. C'est après une renversante relecture du See My Friends des Kinks où le batteur se montrera une nouvelle fois survolté, que Nick Talbot reviendra nous délivrer un tout dernier morceau. qui ne sera pas Nicole, toujours à cause du capodastre mystérieusement disparu. L'atterrissage se fera donc en douceur, après ce superbe vol d'une heure.

Malgré les prétentions planantes du groupe, The Earlies nous laissera au sol. Histoire de ne pas trop enfoncer le clou, ou pire, de tirer sur l'ambulance, vous pouvez toujours vous référer à la chronique de l'album dans nos pages pour vous faire une idée du groupe sur scène (avec pas moins de quatre claviers et deux batteries...).

En sortant du Palais du Grand Large aussi ravi que déçu, on se dit que Omar Sharif n'aurait eu aucun problème pour nous donner le quarté dans l'ordre... avec Gravenhurst dans le rôle de l'étalon, Thee More Shallows des fougueux poulains, Verone et The Earlies se partageant la place de canasson (histoire d'éviter un terme qu'on administre également à certains rugueux joueurs de foot...).

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Nick Talbot (Gravenhurst)

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