La Caution

Bruxelles (be), Botanique - 21.12.2005

» Compte Rendu

le 07.01.2006 à 18:00 · par Ludwig H.

Arrivé à Bruxelles après un peu de train, une véritable aventure débute avec la recherche du Botanique. Près de la Gare Du Nord, on piétine des trottoirs pentus à l'odeur électrique avant que, sur fond de lumière rouge et d'ombres patientes, quelque bonhomme ne cligne de l'oeil pour vous montrer la voie. Passés quelques mètres et spectres à l'air passablement ahuri on arrivera sans encombre, fraîchement accueilli par des membres du collectif Africa is the future proche de La Caution.

Après deux premières parties festives qui mêleront rock, ska et quelques raps accompagnés d'instruments, après la scansion poétique des mots "Self-service, Self-service !" par un anonyme alcoolisé, un courrier recommandé monte sur scène en la personne de DJ Fab. Dès lors les platines s'accaparent l'espace, accentuent la pression sonore avec des morceaux d'A Tribe Called Quest, KRS-1 ou Pharaohe Monch, et le public commence à réagir, à saisir le rythme et l'esprit qu'entend imprimer le DJ et troisième membre du groupe. Entre deux cuts, il évoque la genèse artisanale et dévouée du nouveau double-album qu'il oppose nettement à une démarche industrielle omniprésente, ailleurs. Ici, l'atmosphère change et une salle plutôt réservée devient vite une salle prête à s'abandonner aux voix de La Caution qui entrent en scène, présence soudaine, énorme.

Les rappeurs Hi-Tekk et Nikkfurie bien accompagnés par Saphir le Joaillier enchaîneront un nombre généreux de morceaux. Ceux du dernier album créent un véritable enthousiasme, notamment les plus électroniques comme Code Barre ou Je Te Hais, alors qu'Arcade n'est pas loin de causer une micro-émeute. "Appelle les flics !", auraient dit certains, mais tout ce que La Caution a à déclamer est un univers intriguant, complexe, qui s'étend des tours devant l'arc-en-ciel au Paris branché, du chimique au shimmy, du glamour virtuel au tristement réaliste, un voyage express de la Seine-Saint-Denis à l'Orient. Dans un coin de la salle, une jolie fille hypnotisée cautionne ce tapage nocturne par des mouvements de tête bien réguliers; plus discrètes se font les réactions lorsque le groupe appelle au souvenir de son premier maxi Les Rues Electriques.

Les morceaux prennent une force compacte grâce à la présence sereine de DJ Fab dont les cuts et scratches ajoutent un plus remarquable à certains morceaux qui pouvaient manquer de relief sur disque. Au même moment, les MCs s'amusent avec le public, se donnent en texte et en mouvement, offrent du rythme et du sens à la soirée. Sur Thé à La Menthe entendu dans l'Ocean's 12 de Soderbergh ou sur une version dynamitée de Comme Un Sampler, les plus jeunes sautent fiévreusement alors que leurs aînés gigotent mentalement ou adoptent des mouvements amples au tempo piu moderato.

DJ Fab assurera seul un long second rappel dont certains prendront discrètement congé en court de route - il ne faudrait pas rater le Dernier Train - toutefois bien plus tard, sous la couette, les oreilles vibreront encore. La formidable débauche d'énergie témoignée ainsi qu'une démarche musicale originale font de La Caution, pour les aficionados comme pour les non-initiés, un groupe à ne pas manquer sur scène.

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