Dead Meadow

+ Black Mountain

Paris, La Boule Noire - 28.11.2005

» Compte Rendu

le 09.12.2005 à 06:00 · par Eric F.

Si l'affiche et la place de concert indiquaient que Black Mountain serait la tête d'affiche, c'est bien à Dead Meadow qu'est revenu cet honneur sur la date parisienne. Preuve d'une bonne entente cordiale (constatée dans les loges), les deux groupes alternent à tour de rôle au fur et à mesure des concerts.

Ce sera donc Black Mountain qui fera trembler la Boule Noire les premiers. Avec des looks pas croyables (un batteur qui ressemble à un membre échappé d'AC/DC), longues barbes et tignasses un peu cradingues. Si Black Mountain ne paie pas de mine, leur musique est en revanche tout sauf anodine. Dès le premier titre qui s'étire sur plus de dix minutes, on comprend déjà tout du groupe : longues ambiances planantes, étirées, emmenées par le clavier avant une série de riffs bien lourds (d'où la comparaison incessante avec Black Sabbath) menant tout droit à de longues chevauchées distordues. Les cinq canadiens enchaînent sur Modern Music, le premier morceau de leur album. Si l'absence du saxophone enlève un peu le côté free de la chanson, c'est pour mieux renforcer son efficacité. "One two three four another pop explosion, four five six seven eight nine ten". On chanterait sans doute à tue-tête avec le groupe si seulement on entendait quoi que ce soit des paroles, le son ne laissant malheureusement pas beaucoup de place aux voix. Celle d'Amber Webber fera d'ailleurs cruellement défaut sur le renversant Set Us Free, implacable dans sa progression.

On s'amusera de voir la boulotte mais néanmoins charmante canadienne s'époumoner sur son mélodica pendant le morceau "space disco" qu'est No Hits, sans que l'on en entende une note. Pas étonnant vu le boucan que faisaient les autres membres du groupe...

Sans sauter partout ni beugler, Black Mountain envoie la sauce, à tel point que le chanteur/guitariste Stephen McBean cassera une corde de guitare sur pratiquement tous les morceaux joués. Ce qui ne l'empêche pourtant pas de garder son flegme et d'assurer. Si l'album du groupe est déjà remarquable, les morceaux prennent une nouvelle tournure sur scène, comme le semi-acoustique Heart of Snow, joué avec une électrique douze cordes (donc rapidement réduite à onze) qui nous propulsera bien haut dans la stratosphère.

Après tout, si Black Sabbath revient encore et toujours, le concert fait également penser à Pink Floyd (ce qui n'était pas forcément évident sur le disque), tant le groupe nous aura fait décoller tout en réussissant à muscler son jeu à des moments bien opportuns.

Autre petit bémol à apporter à ce concert autrement parfait, la présence d'une machine à fumée actionnée par Dead Meadow pendant le concert (Black Mountain s'en chargeant pendant le set de leur collègues) répandant une odeur fort désagréable.

Egalement désagréable fut la pause séparant les deux groupes, où l'on dut se farcir quelques morceaux de Muse. Heureusement pour nous, Dead Meadow débarque rapidement, Jason Simon souhaitant faire quelques derniers réglages sur ses nombreuses pédales. Quelques accords acérés en guise de soundcheck et on sait tout de suite à qui l'on a affaire. La surprise est quand même grande quand on se rend compte que le groupe est redevenu un trio. Cette surprise deviendra même énorme quand on se rendra compte que cela ne change pas grand chose ! Le son est lourd, Jason Simon semble perdu dans son propre univers, les yeux clos. Le bassiste, Steve Kille, prend quant à lui un malin plaisir à sautiller dans tous les sens au point de finir le concert complètement trempé. Le batteur, Stephen McCarty, sous ses airs de baba cool sympathique est un sacré monstre d'efficacité. Il n'hésitera pas à meubler les intermèdes par d'impressionnantes parties de batterie. C'est à ce moment que l'on sent les premières effluves de produits prohibés (il était temps !). Une nouvelle fois, la voix est largement sous mixée, on se prend les Telecasters de Jason Simon en pleine poire. Si le guitariste est naturellement assez speed (cf. son débit mitraillette), il est étonnement posé sur scène, sans en rajouter. Quelqu'un fera la très juste remarque qu'avec tous ces enchaînements de riffs insensés, noyés dans des effets psychedelico-agressifs, il serait vite facile de faire tourner le concert en une longue démonstration prétentieuse. Ce n'est absolument pas le cas de Dead Meadow qui semble donc refuser la facilité. Pas évident d'ailleurs de reconnaître les différents morceaux sans la voix, ce qui a le mérite d'unir le concert en une gigantesque composition fascinante. Les occasions de souffler seront donc rares, mis à part le tubesque At Her Open Door, dédié à toutes les filles du public, qui ne souffrira même pas du manque de deuxième guitare, le coda final s'étirant sur de longues minutes forcément intenses. Le bassiste de Black Mountain qui assiste au concert sur le côté de la scène, bières à la main, n'en perd pas une miette.

Bien que les morceaux s'étirent tous, on ne s'ennuie pas une seule seconde jusqu'à ce que résonnent les accords de Sleepy Silver Door, en clôture le set. Steve Kille semble pourtant préoccupé, et pour cause : son micro placé devant l'ampli fait des siennes. Plus aucun son de basse, Jason Simon s'en amuse et le batteur de Black Mountain arrive à la rescousse. L'ampli finira en une sorte de tour de Pise, et en avant le bordel. Est-ce ce qui a poussé Black Mountain à revenir ? En tout cas, chaque membre du groupe revient sur scène avec son instrument (seule Amber Webber restera sur la touche, il faut dire que son mélodica aurait sûrement été décoratif...) pour un jam hallucinant de violence et de psychédélisme. Le bassiste de Black Mountain nous jurera pourtant après le concert que ce n'était que la troisième fois que les deux groupes jouaient ensemble ! Impressionnant !

Tellement abasourdies, nos oreilles entendront à peine le Smells Like Teen Spirit craché dans la sono à la fin du concert. Si ce n'est pas le signe que ce fut le concert rock de l'année, je ne sais pas ce qu'il vous faut...

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