Devendra Banhart

Paris, Place de la Bourse - 28.09.2005

Concert enregistré pour une émission télévisée de France4.

» Compte Rendu

le 18.10.2005 à 06:00 · par Ludwig H.

A la lecture du message qui annonce pour l’après-midi même un concert sauvage de Devendra Banhart sur la Place de la Bourse m’apparaissent spontanément des images de Wall Street et du groupe Rage Against The Machine. Le clip de Sleep Now in the Fire tourné par Michael Moore avait donné lieu à un remarquable pugilat et pour la première fois depuis la crise de 1929 à la fermeture d’un des grands symboles du capitalisme. Ici s’achève un parallèle plus ou moins douteux car après ce concert-ci le marché jubile : sur fond d'accalmie des cours du pétrole, le CAC 40 franchit le cap des 4.600 points pour la première fois depuis avril 2002. Coïncidence ?

Vous avez dit "sauvage" ? Pas de scène académique, juste un grand cercle naturellement formé par le public autour de quelques enceintes, toutefois il règne un calme surprenant au bas des marches du Palais Brognard. Les minutes passent et les caméras de France 4 font les équilibristes, elles filent sur roulettes ou survolent les têtes ébaubies, des plus blondes aux plus étonnamment blanches. Une étudiante motivée explique à une retraitée dépassée : "France 4, c’est sur la télé numérique, faut l’adaptateur"…

La famille de musiciens, chemises colorées, crinières et systèmes pileux extravagants, s’approche à pas de loup des instruments assoupis sur scène. On reconnaît dans la ménagerie la féline chanteuse Cibelle suivie de près par Spleen, Monsieur Loyal en tutu fluorescent. A quelques hauteurs, la figure léonine de Devendra Banhart chapeaute ponctuellement ce cirque pour se replonger aussitôt dans des notes sur papier blanc.

Cela a commencé par un appel enthousiaste de Spleen, une invitation au partage par la musique qui a laissé le public uniformément dubitatif. A sa suite, Devendra Banhart jette son dévolu sur une guitare classique avant de retrouver par la suite une électricité de bluesman. Le groupe assure derrière lui un méli-mélo variable de tons pop-pomme ou d’ocre folk via quelques rouges hispanisants; égale à elle-même la batterie boume-boume avec ponctualité. Souvent les musiciens s’égosillent en chœur derrière le leader. Devant, un danseur hip-hop au masque interrogateur conjugue cabrioles et mouvements dégingandés.

La vision de ce grand bazar a quelque chose d’un Rock’n’roll Circus qui surprendrait qui ne connaîtrait le songwriter que par ses premiers albums ou ne l’aurait pas vu sur scène. Par contraste, les rares envolées solitaires sont les plus attendues et entendues. En plein cœur de la capitale, il est rare qu'une foule s’entende chantonner, ce qu'achève une version pleine de beauté d' A Sight to Behold.

Plus tôt, Devendra Banhart avait tendu sa guitare au public : quiconque avait une composition à jouer pouvait entrer en scène. De la foule d’anonymes sort Julien, il prend en main l’instrument et les quelques minutes de surexposition. L’énergie de son morceau pop bien ficelé et sa voix agréable obtiennent les faveurs d’un public attentif et prêt à en redemander.

C’est dans la bonne humeur que le concert se poursuit. A l’image des virevoltantes et roucoulantes caméras la musique de Banhart semble profondément heureuse et optimiste.

Pourtant on ne communie encore qu’à demi, Spleen voudrait fouetter verbalement cette foule molle, l’enjoindre à des mouvements ondulatoires de bonheur. Tout comme la pluie cela viendra peu à peu et culminera avec une reprise étrange du Doo Wop de Lauryn Hill. L’espace se resserre, le public envahit la scène et bientôt on ne verra plus du tout le groupe. Surexcités, les enfants agitent les bras tels des chefs d’orchestre, quelques tiges pubescentes se précipitent sous les cordons de sécurité talonnées par de jeunes mamans elles-mêmes poursuivies par des boursicoteurs encore statiques un instant plus tôt ; passent encore les franges, jupes, santiags, moon-boots et doudounes : le vigile se convertit en trois accords à la pensée positive.

Après quinze minutes toutes mouillées sonne toujours la guitare du songwriter, le batteur se couvre d’une bâche improvisée soutenue par le public, un bassiste perché sur une enceinte improvise quelques lignes et ce dernier morceau semble ne vouloir jamais s’arrêter…

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Devendra Banhart (photo : Alissa Anderson)

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