Jackie-O Motherfucker

Lyon, CCO - 19.05.2005

» Compte Rendu

le 26.05.2005 à 06:00 · par Antoine D.

Plus que jamais, cette nouvelle tournée européenne de JOMF témoigne d'une volonté d'étendre la communauté de musiciens impliqués dans ce projet qui, depuis ses débuts au milieu des années 90 n'a cessé de cultiver un esprit de collectif à géométrie variable, les membres fondateurs s'entourant tour à tour de musiciens de Portland, de Baltimore, de New York ou encore de Montréal. Jef Brown ayant pris ses distances avec le groupe, Tom Greenwood se retrouve seul à la barre du navire JOMF et pour cette venue en Europe, il s'est entouré (en début de tournée) des italiens de My Cat is an Alien (un split JOMF/MCIAA est d'ailleurs sorti dernièrement sur le label Opax) puis des ukrainiens de The Moglass, récemment entrevus aux côtés de Tom Carter (Charalambides). Malheureusement, pour cette date lyonnaise, des problèmes de délais d'obtention de visas ont entraîné la défection des ukrainiens, et Tom Greenwood se retrouve ainsi à assurer ce soir une performance solo au CCO: un rôle qu'il déclare assumer avec excitation et une envie d'emprunter d'autres directions que lors des concerts en groupe.

Bien qu'il soit la tête d'affiche de la soirée, les organisateurs ont décidé de le faire passer en premier sur scène et son set débute ainsi devant un public clairsemé. Sa prestation est essentiellement basée sur un exercice de style à la platine, où il mixe, boucle des sources diverses et variées, d'un vinyle intitulé Music with 58 Musicians (une compilation ECM passant du jazz à la musique de Steve Reich) à des sonorités d'extrême-orient en passant par le free-folk de Wooden Wand and the Vanishing Voice. Même s'il ne témoigne pas d'une grande technicité, le résultat s'avère régulièrement prenant et évolutif, souvent dans l'esprit d'un Philip Jeck sur sa série Vinyl Coda. Les phases jouées à la platine sont ponctuées d'intermèdes où Tom Greenwood dévoile une facette plus méconnue (bien que l'on puisse parfois penser à l'album Change) en livrant quelques compositions pour guitare et voix, là aussi dans une simplicité et une retenue convaincantes. Tout s'enchaîne sans discontinuer dans ce set à l'atmosphère résolument hypnotique, mais alors qu'il se saisit de sa guitare pour un nouveau morceau, l'un des membres de l'organisation monte sur scène pour lui signifier d'arrêter là. Greenwood a beau lui indiquer qu'il s'agit de la dernière, la réponse, à défaut de faire preuve de compréhension, est claire: c'est non.

Mais si la déception de voir ce set si subitement écourté est grande (au bout d'une heure, environ), elle le sera d'autant plus au regard du reste de la soirée. Succédant à JOMF, le trio lyonnais Doppler (guitare, basse, batterie) investit la scène pour livrer une formule rock qui se voudrait incisive. Seulement, le simple fait de monter le son, de pousser ça et là quelques brefs hurlements, ou de se donner une attitude de tourmenté en adoptant quelques grimaces digne du psychopathe de série Z, sont de bien maigres arguments pour parvenir à impressionner outre mesure. Car d'un point de vue strictement musical, l'approche de Doppler demeure tristement convenue, dans un genre où, il faut l'avouer, la concurrence est terriblement rude: on est assez loin de l'intensité d'un Shellac, de la fougue d'un Lightning Bolt ou de la rage des dizaines de groupes noise-rock ou math-rock que ces dernières années ont vu éclore. Ce ne sont pas les qualités techniques du groupe qui sont mises en doute, loin de là, mais les morceaux de Doppler sont d'une prévisibilité prompte à susciter l'ennui: les riffs de la guitare sont sages pour ne pas dire lisses, la section rythmique peine à surprendre et globalement le trio a beau accélérer, il ne parvient ni à décoller, ni à transférer la hargne de son comportement scénique vers le jeu à proprement parler. Que dire ensuite de Bronzy Mac Dada qui assurait la troisième et dernière partie ? Par charité devant une prestation aussi pathétique, nul besoin de s'attarder trop longuement sur le sujet: harmonica en main, le bonhomme est assis sur scène devant sa grosse caisse, il déblatère des "paroles", ou plus exactement beugle comme tout ivrogne le ferait à la sortie du Café des Sports local. Face à un intérêt musical avoisinant le néant, on peut se demander si la dénomination "blues prolo" qui ornait l'affiche à son sujet, n'aurait pas du être troquée au profit de "Bob Log III au rabais". On pourrait rire durant tout le set d'une telle situation, mais ce brave garçon qui donne plus l'impression d'être instrumentalisé qu'autre chose, suscite plus la pitié que les reproches. Et on en rit d'autant moins en se rappelant que plus tôt dans la soirée, il avait été demandé à Tom Greenwood (dont on ne peut pas dire qu'il soit fréquemment en concert dans la région) de plier bagage avec un certain empressement. Alors, au final, il subsiste ce sentiment d'amertume d'avoir vu ce soir là une tête d'affiche qui certes opère avec les moyens du bord mais prend tout de même quelques risques dans ses choix musicaux, être reléguée par les organisateurs au rang de faire-valoir pour un groupe noise-rock à l'approche convenue et un ersatz de blues bien médiocre. Dommage.

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Tom Greenwood de Jackie-O Motherfucker (photo prise en 2003 par Pierre Ricci)

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