Sabot

Bruxelles (be), Magasin 4 - 18.05.2004

Support : Gâtechien et Vialka

» Compte Rendu

le 29.05.2005 à 18:00 · par Constantin D.

Les concerts avec plus de deux groupes à l'affiche semblent se multiplier ces derniers temps... faut-il y voir l'effet de la fermeture de certaines salles, rien n'est moins évident, mais le fait est que ce n'est pas toujours rigolo de passer quatre heures debout ou mal assis, quand la soirée commence à 20h, le premier groupe à 21h, le second à 22h30, et la tête d'affiche à minuit. Il est assez désagréable de se surprendre à penser, lorsque le groupe que l'on est venu voir monte sur scène, que la soirée touche à sa fin.

C'est un résumé possible de ce triple concert au Magasin 4. Du moins, pour une fois, on peut déceler une certaine cohésion à l'affiche, qui rassemblait trois groupes-binômes, trois formations composées uniquement de deux musiciens, batteur et guitariste ou batteur et bassiste. Pour démarrer, les français de Gâtechien, puis de Vialka font leurs numéros. Sets nerveux, voire imprévisibles, pleins de rebondissements : un petit tour de la salle, lancer de cotillons, intervention du téléphone portable via les micros de la basse, pour Gâtechien ; numéros de danse folk, intermèdes de chant comique, poses du guitariste particulièrement réjouissantes et rigolotes de la part de Vialka.

A côté, Sabot, vont paraître sages, presque lisses... c'est ce que l'on peut craindre. Mais le couple américain (basé en République Tchèque) s'impose tout d'abord par une drôle de présence. Là où les deux groupes français réduisent la batterie au minimum syndical, Hilary Binder installe un énorme kit de six cymbales et cinq caisses. Mais déjà, eux-mêmes semblent bâtis à une autre échelle, et ont l'air de géants, plus larges, plus grands, ils ont, en tant qu'individus, une présence étonnante, qui se retrouve dans les mimiques au cours du set. Christopher Rankin a l'air d'un prof de maths en week-end : panse à kro, lunettes à large monture marron, gros yeux ronds ; Hilary Binder elle, tête rasée, lance des regards complices et amusés à Rankin, au-dessus de ses grands cernes gris de panda. Ce qui étonne d'abord avec le set de Sabot, c'est la longueur des morceaux. On se demande d'abord s'ils vont faire une seule pause, et il semble que leurs seules raisons pour les faire soit, pour l'un, de réaccorder sa basse, pour l'autre, de boire un coup. En réalité, ils n'ont pas cherché à rejouer les versions studio ; celles-ci ont simplement servi de points de départ à des improvisations jouissives et complices entre les deux musiciens, à la complémentarité impressionnante. Le set est l'occasion manifeste pour eux d'une bonne tranche de plaisir, entre la fusion des deux instruments en une masse sonore où il est spontanément difficile de différencier basse et batterie - la marque de fabrique de Sabot - et le petit jeu de l'improvisation, où tantôt l'un mène l'autre, tantôt l'inverse. Quant au son, il est à la même dimension que les personnages : venu d'ailleurs. Plus gros, plus grand, plus enveloppant. Sabot est aussi impressionnant "en vrai" que sur la platine. Ils produisent bel et bien ces missiles sonores compacts et hyper-énergiques, avec une facilité déconcertante.

Au final, vers une heure du matin, il reste peu de public face à la scène, peut-être une quinzaine de personnes ? Une quinzaine qui en aurait bien repris encore après l'unique rappel. Mais le couple s'avoue vaincu, épuisé, M. et Mme Sabot, la serviette sur les épaules, descendent de la scène et discutent alors un brin avec le public.

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