Herman Düne

+ Diane Cluck

Paris, Le Point Ephémère - 20.04.2005

» Compte Rendu

le 22.05.2005 à 00:00 · par Ana C.

Etre trop en retard pour se faire une place au concert de Joanna Newsom et de Six Organs of Admittance (le même soir à l'Européen) constitue certes un motif de déception, mais quand l’alternative consiste à passer la soirée en compagnie de Herman Düne, la déconvenue s'avère nettement plus facile à surmonter. Et cette constatation reste d'ailleurs tout aussi valable pour le non-initié au travail des suédois. Leur renommée de groupe ayant du punch sur scène attire tout du moins la curiosité et Herman Düne n'a ce soir là nullement failli à sa réputation.

Dans un Point Ephémère plein à craquer, leurs inconditionnels les attendaient dans l’agitation. Finalement, sans que l’on ait à supporter une attente considérable, une petite miss fit son apparition sur la scène, l'air de rien, l'air de passer là par hasard. Celle dont on aurait pu penser qu'elle était venue là pour ajuster un micro, assurait en fait la première partie. Il se pourrait bien que Diane Cluck puisse prochainement ajouter la ligne "songwriter talentueuse" à son CV. Le fait qu'elle ait demandé une bougie pour pouvoir débuter sa performance pouvait néanmoins laisser craindre le pire, c'est à dire une de ces séances où "intimiste" n'est qu'un euphémisme d'insupportable. Fort heureusement, une fois la bougie trouvée et allumée, son set se révélait, en plus d'intimiste, d'une grande qualité. Songwriter, disait-on, et Diane Cluck fait partie de celles qui parlent sans cesse. Son torrent de mots enveloppe, bouscule mais, surtout, émeut. Minimaliste, l’instrumentation se réduit juste à une guitare folk jouée principalement avec des arpèges qui changent aussi souvent que les notes de sa déclamation. Sa voix, magistrale, rappelle principalement Mia Doi Todd : douce mais ferme, très riche et s'immisçant dans des registres variés, elle impose et invite à l’écoute attentive de ses histoires… D'ailleurs, songwriter ou story-teller ? Maîtrisant l’écriture comme l’interprétation, on pourra dire 50/50. Consciente, néanmoins, des difficultés que l’accès à sa musique peut présenter au premier contact, c'est à plusieurs reprises qu'elle s’est excusée auprès du public qui devait la supporter; mais, rassurons la, il n’y avait guère d'efforts à fournir pour se laisser bercer par de si belles compositions.

Vinrent ensuite les grands attendus de la soirée. Dans la salle : que des fans de Herman Düne, de ceux qui connaissent tous les titres par cœur. Et personne n’aura été déçu par les (presque) deux heures de show. On ne peut pas exprimer autrement l'atmosphère régnant dans ce concert qu'en parlant d'une véritable ambiance de fête : en totale symbiose entre eux (en comptant les remarquables apparitions de Diane Cluck) et avec le public, la formation a offert un concert de haute volée, en imposant son style dès le début. Et que dire en tant que profane de leur musique face à une telle communion ? Juste que l’on est conquis aussitôt qu'ils commencent à jouer. Puisque les occasions où l’on peut profiter d’un live où public et groupe s’éclatent dans tous les sens du terme se font rares, il n’y a pas plus simple que de se joindre à l’enthousiasme général pour répéter les refrains (et là… on a de la chance, ce n’est pas la complexité des paroles qui les caractérise !). En dehors de cela, on pourrait certes évoquer leur allure "seventies" et leur son largement orienté lo-fi qui frôle la naïveté, mais tout cela a déjà été largement raconté ailleurs. Alors, si Herman Düne rappelle dans certaines de leurs compositions le Velvet Underground, on notera qu'ils n'en ont gardé que le côté hypnotique. Cette composante de percussions répétitives et de mélodies simples imposent des litanies qui s’étalent indéfiniment et nous guident vers la transe. Parfois plus psychédélique, parfois plus près de la chanson contestataire, le groupe garde dans ses multiples facettes ce son oldschool bien à lui. En pleine Devendra-mania (dont les sosies ne cessent de se multiplier...), il est parfois fastidieux de différencier les acteurs authentiques des simples porteurs de la collection Levi's Vintage, mais on ne court aucun risque avec Herman Düne, un groupe qui démontre clairement qu'ils étaient là bien avant la vague du renouveau folk. Le jour où cette bande là arrivera à traduire sur album ce qui se passe lors de leurs concerts, alors le monde s’inclinera devant eux. En attendant, ils ont bien raison, “they have no master”...

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