Kronos Quartet

Grenoble, MC2 - 10.05.2005

» Compte Rendu

le 17.05.2005 à 06:00 · par Antoine D.

Multiples collaborations, centaines d'oeuvres commissionnées ou arrangées, on ne présente plus le Kronos Quartet qui continue, plus de trente ans après sa création, d'enchaîner inlassablement les dizaines de concerts par an. En ce mois de mai 2005, leur long parcours leur faisait traverser la France pour trois dates, dont une à l'auditorium de la MC2 de Grenoble, une salle que John Zorn et ses partenaires de Masada enflammaient il y a quelques mois seulement.

Et c'est justement par un titre signé John Zorn que le Kronos Quartet débute son programme: Cat O'Nine Tails, l'une des rares compositions de Zorn pour quartet de cordes qu'il est possible de jouer en live (car par leurs variations extrêmes, toute une partie des pièces qu'il avait écrites pour le Kronos ne peut qu'être enregistrée partie par partie, puis séquencée en studio). Ce morceau, assez justement sous-titré Tex Avery Directs the Marquis de Sade (à la même époque Zorn avait d'ailleurs écrit The Dead Man, une composition inspirée par le SM), est finalement à l'image de l'excentricité et de la versatilité de son auteur. Largement influencé par l'univers des musiques de cartoons, il consiste en un enchaînement particulièrement vivace d'une cinquantaine de courtes sections (grincements, cordes martelées, courtes poursuites rythmées par un jeu en pizzicato, airs classiques...). Si cette ouverture témoigne d'une bonne dose d'humour, elle met parallèlement en avant la maîtrise technique de la formation, tant elle s'avère exigeante techniquement en matière de vitesse, de synchronisation et de précision dans l'exécution.

Direction Bollywood ensuite avec trois pièces signées du compositeur de musiques de films Rahul Dev Burman: ici, le quartet développe ses mélodies dans un esprit assez traditionnel, qu'il superpose à des enregistrements de tablas qui manquent quelque peu de personnalité face à l'intensité dégagée par les cordes. Même si ce passage laisse un certain goût d'inachevé, on reste néanmoins assez admiratif devant cette troublante capacité qu'ont les trois violons et le violoncelle à se confondre avec des sonorités typiquement indiennes (parfois à s'y méprendre avec un sitar ou un sarod). Par la suite, le Kronos Quartet s'attaque à d'autres compositions arrangées, en connaissant des fortunes diverses. D'une part, Cerulean Sweet (de Walter Kitundu, DJ et fabricant d'instruments mêlant platines vinyle et cordes... des créations plutôt fascinantes comme le montre son site) et Aha Gèdawo (du saxophoniste éthiopien Gétatchèw Mèkurya) proposent des nuances raffinées et convainquent par leur tendance plus introspective. En revanche, la version du Myself When I am Real de Charles Mingus souffre d'un arrangement qui ne restitue pas vraiment l'élégance et la fluidité de l'original. Quant au Flugufrelsarinn de Sigur Rós, qui reste un titre assez poussif, parfois plutôt mièvre, il est tout de même sauvé lors de l'envol des cordes par les qualités d'interprétation du Kronos Quartet, véritablement capable ici de donner de l'ampleur à une composition somme toute relativement anodine au départ.

Mais c'est finalement avec deux autres pièces que la formation laissera la plus forte impression. En milieu de set tout d'abord, avec Venus Upstream (tiré du Sun Rings de Terry Riley, une oeuvre à l'origine commandée par la NASA), audacieux mélange entre les cordes du Kronos Quartet et des sons venus de l'espace (en réalité, des signaux aux propriétés voisines des ondes radio, qui se propagent dans l'espace intersidéral, rien que ça !) qui invite à un voyage très intrigant, où les cordes semblent traversées par un souffle hanté à la Brent Gutzeit. Et, en guise de final, avec le Triple Quartet de Steve Reich et ses séquences minimales, répétées et assemblées, qui ne cessent de gagner en intensité au fil du temps écoulé et qui viennent offrir une conclusion tout à fait saisissante. Final, pas tout à fait, puisque le Kronos Quartet revient sur scène pour une série de rappels dont on retiendra principalement un détonant Star-Spangled Banner: car si David Harrington évoquait préalablement l'interprétation de l'hymne US par Jimi Hendrix à Woodstock, ce fut véritablement justifié tant le quartet fit couler une cascade de larsens tonitruants pour en livrer une vision sacrément rock n'roll !

La performance se révèle globalement intéressante, même si l'on souhaiterait parfois un peu plus d'audace dans les choix de la setlist, mais le Kronos Quartet convainc dans l'ensemble par ses indéniables qualités, tant sur un plan technique que du point de vue de la profondeur de son interprétation.

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Jennifer Culp (Kronos Quartet)

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