Susanna & the Magical Orchestra

Bruxelles (be), De Markten - 08.05.2005

» Compte Rendu

le 09.05.2005 à 12:00 · par Thomas F.

Leur premier album paru en 2004 sur Rune Grammofon paraissant bénéficier depuis peu d’une distribution belge digne de ce nom, les norvégiens Susanna and the Magical Orchestra donnaient hier leur première prestation bruxelloise à De Markten, à deux pas de la charmante place Sainte Catherine.

Précision de taille pour débuter : le Magical Orchestra qui accompagne la chanteuse (et compositrice) Susanna Wallumrod se réduit en fait à la seule robuste personne de Morten Qvenild (ex Jaga Jazzist) et à ses multiples claviers. Toujours dans la série "méfions nous des apparences", la première chose qui frappe à l’entrée sur scène des duettistes est leur jeunesse ; à vue d’œil une petite vingtaine d’années chacun, ce que ne laissait aucunement présager ni la solennité et la maturité de leur musique ni la photo de la couverture de leur album. Surtout, Susanna est encore plus belle qu’aperçue sur celle-ci… Vêtue d’une courte robe blanche en forme de cloche assez couture et d’un petit gilet tout aussi immaculé, elle véhicule une image très chic, sobrement élégante, représentative du set du duo, discrètement pervertie par des chaussures ouvertes au coloris vert fantaisie et des bas résilles noirs à losanges. Le balancement de cette brindille rousse d’une jambe à l’autre et l’ondoiement répété de ses hanches n’eurent que renforcé le caractère hypnotique de sa précieuse folktronica des grands espaces si il n’y avait eu l’excitation de croiser ses yeux brillants contrastant avec la pâleur de son visage à la manière de ceux d’une poupée en porcelaine, cherchant comme un oiseau apeuré un point à fixer dans la salle avant de brusquement se détourner pour mieux se concentrer sur les paroles. Le caractère ténébreux et affecté de ces dernières –il y est beaucoup question de mal être amoureux- peut d’ailleurs permettre de jauger à minima la profondeur de ces saisissantes prunelles. Bras gauche légèrement détaché du corps, Susanna agite ses doigts recroquevillés à la façon de la danoise Henriette d’Under Byen, manipulant on ne sait quel instrument imaginaire tandis que, c’est là certain, sa voix pétrie d’émotions qui rappelle parfois celle de Björk période Homogenic-Vespertine se joue avec facilité de nos cordes sensibles.

Entre les morceaux, le duo fait preuve d’une timidité étonnante pour un groupe qui a parait-il sillonné en long en large et en travers son pays d’origine depuis l’an 2000. Les deux complices se renvoient maladroitement l’un à l’autre les applaudissements du public et osent à peine quelques mots en anglais pour se présenter et saluer le silence religieux de la salle. M’est avis que n’étaient pas étrangers à cette ferveur la façon angélique qu’avait le visage de Susanna de prendre la lumière et les mimiques quasi-mystiques de Morten alors qu’il tentait d’extraire de ses instruments la délicate richesse des arrangements de List of Lights and Buoys. A moins que cette sagesse n'ait été plus simplement liée à la moyenne d’âge plutôt élevée de l’assistance…

Leur innocence est quoiqu’il en soit tellement désarmante qu’elle parvient à faire oublier les quelques compositions les moins passionnantes de l’album. Et si celui-ci s’ouvrait curieusement par deux reprises, les choses furent logiquement bouleversées hier soir puisque c’est après la parfaite réinterprétation du Jolene de Dolly Parton (à écouter absolument !) et un moins mémorable Hallelujah (Leonard Cohen) en unique rappel que se termina le concert. Le duo semble irrémédiablement affectionner l’exercice puisque deux autres covers avaient également été jouées au préalable : Love Will Tear Us Apart de Joy Division et Who Am I, titre d’ouverture du LP emprunté au Peter Pan de Leonard Bernstein. Au final, ce concert, à défaut de parfaitement magique ou féérique, s’est au moins révélé envoûtant confirmant les bonnes impressions laissées par l’album et justifiant un peu moins qu’aucune date ne soit encore prévue en France à l’heure actuelle !

ps : je tiens à remercier particulièrement le responsable du son. Quel plaisir de sortir sans migraine d’un concert et ce sans avoir eu à utiliser de bouchons pour les oreilles, surtout après avoir expérimenté en début de semaine au Botanique un concert d’Andrew Bird (vous conviendrez qu’on fait plus bruitiste sur le papier !) pas loin d’être catastrophique de ce point de vue (batterie absurdement forte et voix abjectement saturée).

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Photo Concert Susanna & the Magical Orchestra, Bruxelles (be), De Markten, le 08.05.2005

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