Six Organs of Admittance

+ Af Ursin

+ Boris

+ Caroliner

+ Dirk Freenoise

+ Kiss the Anus of a Black Cat

+ Magik Markers

+ The Microphones / Mt. Eerie

+ The Skygreen Leopards

+ Smegma

+ Träd, Gräs och Stenar

+ TV Resistori

+ Urdog

Hasselt (be), (K-RAA-K)3 Festival - 12.03.2005

» Compte Rendu

le 23.03.2005 à 06:00 · par Erwan M.

Le (K-RAA-K)³ Festival, à la qualité croissante d’année en année, est en passe de devenir une véritable institution en Belgique. Fort d’une programmation noise-folk éminemment exigeante, le festival joue à merveille son rôle de défricheur de nouveaux talents, tout en ayant l’excellente idée de remettre au goût du jour des groupes cultes injustement oubliés. Rapide survol de l’édition 2005, marathon musical d’une petite douzaine d’heures, entrecoupé par d’excellents breaks vidéos.

Après les déflagrations bruitistes des belges Dirk Freenoise en guise d’apéritif musical (une junk-noise jemenfoutiste perforatrice de tympans), les choses sérieuses débutent avec Urdog, trio de Rhodes Island, et auteur en 2004 du fiévreux Garden of Bones. Urdog distille un psych/prog rock frénétique, avec guitare hypnotique, martèlement rythmique efficace de la chanteuse/batteuse, et orgue ancestral propice aux déambulations sensorielles. Musique excitante et psychotrope, qu’on jurerait produite à la fin des années 60 (le très bon titre Ice On Water), le résultat sur scène est probant; ces américains sont définitivement en place.

Après cette excellente prestation, les Caroliner Rainbow Of Admiring Failure déboulent dans la seconde salle. Caroliner, ou comment mettre en scène les effets néfastes de l’ergot de seigle sur la jeunesse californienne. Au fond de la scène, une multitude de tissus fluorescents pendouillent en tous sens. Le décor est planté, on peut s’attendre à tout. Le rideau tiré, une demi douzaine de musiciens costumés entament un show stroboscopique complètement arty et conceptuel. Décrire ce qui se passe sur scène relève du défi : gloubiboulga narcotique, country noise banjo-dronesque, surchargée et indigeste, qui invite Alice au pays des merveilles à forniquer avec l’extra-terrestre Sun Ra dans un bain d’acide bruitiste. Un conseil : éviter d’écouter ce groupe avec la gueule de bois.

Retour au calme dans la salle principale avec les bien nommés Kiss The Anus Of A Black Cat (tout un programme). Compositions folks et atmosphères sombres caractérisent la prestation intime de ce jeune groupe belge qui surprend lors de son dernier morceau, longue composition dilatée où résonnent clochettes, guitares post-rock et funestes soli de piano.

Quelques minutes plus tard, les Magik Markers viennent enflammer la foule et raviver un esprit rock n’roll qu’on croyait mort et enterré. Le trio (deux punkettes à guitare et un batteur) récemment signé sur le label de Thurston Moore, Ecstatic Peace, ferait passer Sonic Youth pour un club de grabataires bons pour l’hospice. Les fûts sont brutalisés, les guitares malmenées, la chanteuse Elisa Ambrogio n’hésite pas à haranguer la foule à coup de jets de Duvel chaude avant d’utiliser la bouteille vide comme médiator. Energie brute, extatique, et son radical pour cette jeunesse sonique qui n’en finit pas de se réapproprier le bruit blanc.

Autre salle, autre atmosphère : Af Ursin, projet solo du flamand Timo Van Luijk, séduit par son approche minimaliste et mystique. Assis sur un tapis, au milieu d’un bric-à-brac d’instruments recyclés, (clochettes, jouets, tourne-disque, verre à pied), les compositions atmosphériques d’Af Ursin sont une ode à l’introspection. Ses improvisations naturalistes où le silence joue un rôle primordial prouvent que l’on peut exprimer l’essentiel avec finalement très peu.

On quitte ces micro-symphonies bouddhistes pour écouter les TV Resistori, jeune groupe finnois signé chez Fonal. La formation de Turku, située à l’extrême opposé de la scène weird-folk finlandaise (Kemialliset Ystävät, Avarus) a parfaitement intégré les formules éculées qui font le succès de la pop anglaise depuis des décennies : mélodies sucrées et naïves (ici chantées dans la langue de Kaurismaki), arrangements au synthé quelque peu surannés, le tout à la sauce stéréolabelisé. Loin d’être la performance inoubliable de la soirée, les TV Resistori ont le mérite de rafraîchir l’atmosphère.

On reste en Scandinavie pour l’un des meilleurs sets du jour: Träd, Gräs Och Stenar, groupe culte suédois, trente ans de carrière au compteur, et une influence majeure sur tous les continents. Les anciens combattants jouent ce soir leur premier concert en Belgique, et ils ne semblent pas en revenir. Psych-rock au son dense et parfaitement maîtrisé, joué par quatre musiciens à la complicité évidente, les morceaux joués varient en longueur et en style (entre longues pièces instrumentales et planantes et airs traditionnels chantés en suédois). Une seule constante : le plaisir évident de jouer devant un jeune public qui en retour, est conquis et en redemande.

N’étant pas foncièrement fan de drone-metal, je ne m’attarderais pas sur la prestation heavy des japonais Boris. Après dix minutes de riffs glaçants et de rythmiques claquantes, je décide de faire une fleur à mes tympans en m’éloignant de la guitare à deux manches du leader; j’en profite pour marquer une pause dans la salle vidéo où depuis le début d’après-midi une excellente programmation est déclinée en continu : mention spéciale aux collages visuels de Gustav Deutsch (Film ist), qui a puisé dans les archives du cinéma européen pour développer une réflexion poétique et surréaliste sur le médium cinéma.

Il est bientôt 22 heures quand Phil Elvrum (aka Mt. Eerie aka The Microphones) arrive seul sur scène. Généralement bien entouré sur les albums de tous ses projets respectifs, les morceaux des Microphones sont ce soir complètement dénudés, seule demeure une guitare amplifiée pour accompagner la voix d’Elvrum. Ambiance intimiste, à mille lieues des décharges doomesques de Boris. Le chanteur (au timbre de voix proche d’un Will Oldham, quand il s’évade dans les aigus), distribue sans parcimonie son lot de micro-chansons (dépassant rarement deux minutes) face à un public religieusement recueilli. Entre second degré percutant et sincérité déconcertante, les courts textes du conteur se terminent souvent en pirouette déstabilisante, Elvrum s’excusant presque de se livrer autant. L’auditoire est séduit, en redemande et salue une excellente prestation qui donne envie de se replonger dans la discographie du monsieur (à commencer par le passionnant Seven New Songs of Mount Eerie).

De retour dans la salle principale, les Skygreen Leopards sont en train d’accorder leurs douze cordes respectives. Glenn Donaldson, le pape de la secte Jewelled Antler (Thuja, Blithe Sons, Ivytree) et son compère Donavan Quinn (Verdure), se sont adjoint ce soir les services de la percussionniste Christine Boepple (Franciscan Hobbies) pour rythmer leur collection de folksongs pastorales. Le groupe reprend en cœur les mélodies champêtres du dernier album Life and Love in Sparrow's Meadow, première sortie largement distribuée du collectif californien (sur Jagjaguwar). Morceaux acoustiques très accessibles, mélodies vaporeuses, la performance se révèle lumineuse et paisible, même si sans surprises.

A peine la prestation des Leopards terminée, c’est au tour de Ben Chasny (Six Organs of Admittance) de se présenter sur scène. Après une introduction pendant laquelle le guitariste s’approprie l’espace dans une sorte de trance quasi chamanique sous les feedbacks de son ampli, Chasny empoigne sa guitare acoustique pour un florilège d’accords vaporeux et enivrants, à l’instar de son dernier album School of The Flower. Le set ne se limitera pourtant pas à une prestation classique d’un guitariste acoustique talentueux, Chasny n’hésitant pas à utiliser différents effets afin de boucler les lignes d’accords de sa six cordes et démultiplier les strates sonores dans une progression cyclique de la mélodie. Richesse de l’écriture musicale, timbre vocal touchant, la prestation s’avère pourtant par moments très chaotique, Chasny semblant vraisemblablement très tendu. L’utilisation d’une seconde guitare (électrique) comme autant d’irruptions anarchiques à la surface du magma acoustique renforcera le sentiment de malaise qui émane de la scène. La courte performance rendra une porte partie du public confus, voire hébété.

En guise de cerise sur le gâteau, après quasiment 11 heures à errer dans les sombres couloirs du KC Belgie, les Smegma mettent un point final à la programmation orgiaque du (K-RAA-K)³ festival. Premier concert européen pour ce collectif culte américain, malgré plusieurs décennies d’activisme underground. Pionniers d’un style psychédélique où rock, noise, improv et ska se partagent la vedette au milieu d’une pléthore d’instruments plus incongrus les uns que les autres, les Smegma symbolisent à travers leur musique la finalité du festival : un éclectisme et une créativité qui, sur plusieurs générations ravit les passionnés.

NB: Initialement prévu au programme, Nmperign a dû finalement annuler sa tournée européenne.

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Festival (K-RAA-K)3

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