Supersilent

Bruxelles (be), VCA - 11.03.2005

» Compte Rendu

le 19.03.2005 à 06:00 · par Erwan M.

Etant donné l’emploi du temps surchargé de l’ensemble des membres du groupe, c’est toujours un événement de pouvoir retrouver Supersilent au grand complet pour une prestation live. En ce début mars, les norvégiens les plus exaltants du moment nous ont donné rendez-vous au VCA de Bruxelles – très belle salle à l’acoustique irréprochable – pour une belle leçon d’improvisation, entre jazz introspectif, énergie noise/rock ou ambient avant-gardiste.

Devant la centaine de spectateurs confortablement installée dans des fauteuils capitonnés, le groupe à peine installé, ne tarde pas à débuter. Sur l’aile gauche, Ståle Storlokken (claviers), au centre, Arve Henriksen (trompette), en retrait, Jarle Vespestad (batterie) et sur l’aile droite, Helge Sten (electronique).

Après une courte intro tissée par les claviers de Storlokken et les sonorités virales de Sten (aka Deathprod), le temps semble se dilater; le public se trouve subtilement entraîné vers une autre contrée, un ailleurs musical, rarement esquissé par le passé, entre profondeurs ténébreuses et sommets lumineux. Tout au long du set (une poignée de morceaux à durée indéterminée), le ton oscille donc entre contemplation abstraite et monceaux de rage relâchés.

Les quatre musiciens surprennent par la complicité quasi télépathique qui s’opère sur scène. Chacun dominant son pôle, très peu de regards sont échangés (Storlokken a d’ailleurs les yeux fermés l’essentiel du temps), et pourtant l’alchimie fonctionne à merveille, l’interaction est immédiate.

Henriksen a la sensibilité d’un Miles scandinave. Son jeu fluide et tempéré force le respect et l’admiration. Sa trompette, également utilisée comme filtre vocal, constitue l’élément le plus serein des créations du groupe, et ses envolées lyriques ne sont pas sans rappeler les panoramas mélodiques d’un Sigur Rós. Vespestad, en position assise ou parfois même debout derrière ses fûts, impressionne par la qualité et la richesse de ses développements rythmiques. Helge Sten, qui a du passer son temps étant petit à oublier ses doigts dans les prises de courant, invite ici à intervalles réguliers la fée électricité, entre subtiles parures sonores, rythmiques fracturées et déflagrations cataclysmiques. L’énergie brute qui s’en dégage ridiculise n’importe quel groupe à guitare ayant pour mission de sauver le rock n’ roll. Avec Storlokken, il forme le ciment du groupe, le côté obscur et tendu du collectif.

Le contact avec le public est simple et courtois. Henriksen en porte parole improvisé, présente les musiciens, et peine entre deux titres à parler des morceaux joués, puisque sans noms et sans étiquettes, libres de toute interprétation, offerts gracieusement à l’intimité et au ressenti du public ici présent. Le rappel, une dernière improvisation d’une vingtaine de minutes, constituera un condensé des émotions ressenties durant la première heure : musique saisissante, exigeante mais complètement gratifiante.

Expérience aussi physique que mentale, les concerts de Supersilent obligent le spectateur à réévaluer toute expérience scénique antérieure. Rarement une telle maîtrise des instruments, une telle complicité dans l’improvisation, a su développer ce panel d’atmosphères denses et variées. Remarquable sur disque, la musique de Supersilent est complètement bluffante sur scène. En attendant la fonte des neiges, et la sortie de 7, le nouvel album du groupe (un DVD live), surveillez le calendrier des étendards de Rune Grammofon, vous ne serez pas déçu.

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