The Kadane Brothers

+ Loyola

Strasbourg, Le Molodoï - 10.11.2004

» Compte Rendu

le 20.11.2004 à 06:00 · par Eric F.

Les frères Kadane se font tellement rares sur les scènes européennes qu'il aurait fallu beaucoup plus que huit heures de train pour me dissuader d'aller les voir jouer : après tout, quand on aime on ne compte pas (les kilomètres). Et puis c'est aussi l'occasion de découvrir une nouvelle salle, le Molodoï située juste derrière sa grande soeur la Laiterie, où la programmation du soir semble mélanger du rock de bikers et du métal, vu la "faune" à l'entrée. Pas de tout cela pour ce concert des Kadane... Première surprise dès l'entrée : la salle a été coupée en deux, une soirée techno prenant le relais à minuit (sic). Du coup, les instruments et amplis sont posés à même le sol, la proximité entre les artistes et le public étant du coup totale.

C'est au groupe local Loyola que revient la lourde tâche de commencer les festivités. La sobriété est de rigueur chez ce groupe : une guitare acoustique, une basse et une petite batterie. Autant être honnête, le temps était parti pour sembler long pour quelqu'un qui traverse toute la France pour voir son groupe fétiche. Eh bien, que nenni, dès le premier titre, le trio strasbourgeois gagne une grosse côte sympathie. On sent bien l'influence post rock du bassiste (il joue également avec Drey) qui n'hésite pas à recouvrir l'acoustique de ses notes chaudes et rondes, allant même jusqu'à assumer quelques "leads". Si le chanteur ressemble à un mix parfait entre le chanteur des Shins et André Herman Dune c'est bien du coté des franco-suédois qu'il faudrait chercher une quelconque filiation. Seulement ici, pas vraiment de gimmicks fortement marqués par la campagne américaine, le groupe donnant l'impression de se forger son propre espace. Certes, il n'y a pas grand chose entre les morceaux, mais peu importe tant ils se suffisent à eux même. De l'"hymne" Loyola à Chestnut Tree (que l'on vous recommande fortement de télécharger sur le site de leur label, Herzfeld), pas une minute d'ennui ne pointe le bout de son nez. Une véritable découverte donc, doublée d'une réussite. Pas mal comme "amuse-gueule".

Et puis quelques courts instants après, voilà que Matt et Bubba Kadane débarquent, jouant sur une non-scène improvisée et entourée de bougies. Un décor fort adapté aux splendides titres du duo. Comme un retour vers le passé idéal, ils entament leur set par Crushing, extrait du tout premier disque de Bedhead. Voilà qui ne nous rajeunit pas, mais la chanson, elle, n'a pas encaissée une seule ride. Et c'est un vrai délice que de découvrir ces morceaux dans une version quasi nue qui ne laisse plus que la part belle aux superbes arpèges cristallins des Telecasters. On ne sait même plus trop si elles jouent des notes compliquées qui sonnent simples où l'inverse, mais c'est tellement beau qu'il vaut mieux ne pas y penser. Et ça continue en beauté avec un What's Missing divin où Bubba semblerait presque tirer à contre coeur le morceau de sa torpeur. On aura également droit au rare Dead Language (tiré du Four Song EP), un brin en dessous. La sauce remonte bien vite avec un Lares & Penates où les notes finissent par déboucher sur des rythmiques claires en forme de douces vagues nostalgiques. Puis Bubba (parfait en sosie de John Lennon) passe au micro pour un Simple Life tiré du premier album de New Year. Impossible de discerner sa voix de celle de son frère, mais qu'importe. Matt lui prend un malin plaisir à triturer de longues distortions à l'aide de son e-bow. Puis vient le premier "gros" morceau du concert avec Bedside Table, la tonitruante montée finale se tirant plutôt bien du traitement épuré imposé par le concert. Matt, dans un français hésitant demande au public s'il a des envies de titres particulières. Question piège tant on pourrait lui demander toute la discographie de Bedhead et de New Year. Qu'importe puisqu'ils ne se sentent pas capables de jouer à deux les morceaux demandés. Les deux frères optent donc pour Alter Ego et personne ne s'en plaint. Bien au contraire. Une telle sincérité se dégage et il y a une complémentarité évidente entre ces deux guitares que les Kadane pourraient jouer la Zoubida en bulgare que l'on baverait quand même. Le temps de délivrer un somptueux Roman Candle qui voit Bubba s'asseoir pour mieux maîtriser son bottleneck que le duo doit déjà (!!!) songer à plier son set. Ca se fera sur des chapeaux de roue avec les deux derniers titres de Newness Ends, le premier album de New Year. Maudite soirée techno commençant à minuit ! Mais qu'importe, ce fut plus qu'un énorme plaisir de voir les Kadane délivrer des titres du défunt Bedhead sur scène, et qui plus est, pas des plus évidents (et oui, pas de Dark Ages ni de The Rest Of The Day). Et tant pis aussi si le formidable The End Is Near n'aura pas eu de représentant ce soir. Il ne reste plus qu'à espérer que cet "oubli" soit réparé bien vite...

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