Grand Drive

+ Mercury Rev

Bruges (be), Concertgebouw - 06.11.2004

» Compte Rendu

le 10.11.2004 à 00:00 · par Thomas F.

Autant l’avouer d’entrée : c’est sur la pointe des pieds que je m'étais fourni ma place puis quittais Bruxelles dans l’après midi pour la dernière soirée du festival flamand Music in Mind. Dans une hémorragie d’annulations de concerts belges automnales à peine vraisemblable (The Czars, Bloc Party, Polyphonic Spree…), comment croire en effet qu’un groupe confirmé comme Mercury Rev ait sérieusement pu réserver la primeur de sa première tournée européenne depuis des lustres à la ville de Bruges, touristiquement charmante mais ne constituant pas a priori économico-musicalement parlant un haut lieu stratégique ? Pourtant pas de mauvaise surprise en entrant dans l’imposant forum Concertgebouw ce soir du 6 novembre, les américains sont bien maintenus à l’affiche.

C’est donc soulagé et confortablement assis que le public assiste à l’entrée en scène des trois anglais de Grand Drive en charge de la première partie. Menée par deux frères Wilson, cette formation semble toutefois plus influencée par Simon and Garfunkel, Springsteen ou Mark Knopfler que les Beach Boys. La voix du principal chanteur fait également parfois écho à Cat Stevens. Ceci dit, nul doute qu’ils auront moins de mal que ce dernier à franchir la frontière américaine tant leur musique est de celle qui voudrait nous faire croire, un peu en vain, que l’Angleterre est une réplique des grands espaces du pays de l’Oncle Sam. Très appliqué, le set, tout en restant plaisant, ne décolle jamais vraiment, trop sage et systématique, même sur la reprise finale de l’imparable No One Knows des Queens of the Stone Age. A vrai dire, si je n’étais pas si hostile à tout ce qui, dans l’étriqué univers pop rock, tend à ne pas séparer image et musique (et récemment encore valait à l’album des Concretes une des chroniques les plus méprisables de l’année dans une revue pop moderne que l'on ne nommera pas), je conseillerais volontiers à ces gentils garçons, visiblement pas manchots, de mettre un peu de vin dans leur eau…

D’ailleurs, après un court intermède où se sont entre autres succédés un classique de Sonic Youth, le I Wanna Be Sedated des Ramones et le tristement d’actualité Teenage Kicks des Undertones, c’est justement ballon de vin rouge à la main et tirés à quatre épingles que les cinq musiciens de Mercury Rev font leur apparition. Jonathan Donahue, oscillant entre anxiété, hilarité et délectation, prend place au centre de la scène frottant inlassablement ses mains encore dépourvues d’instrument. Il confesse qu’après tant de temps sans avoir sillonné les routes, le groupe se sent comme un adolescent amoureux hésitant à faire l’inéluctable premier pas et s’excuse par avance pour d’éventuelles anicroches. Pourtant une fois la machine lancée, l’illusion est plus que parfaite et nul accident ne sera à déplorer pendant les 75 grosses minutes de spectacle : la section rythmique sur le flanc gauche brille par son efficace sobriété, Grasshopper, lunettes noires, à droite, rudoie plus que jamais sa guitare comme Joe Pesci défouraille les mafieux dans les films de Scorsese, en extrayant les sons les plus improbables tandis qu’un peu en retrait Jeff, le beau gosse de la bande, écrase avec entrain les touches de son clavier, sa bouche grande ouverte et ses larges mouvements d’épaules lui conférant l’allure d’un psychopathe de GTA désireux de n'épargner aucun piéton. En chef d’orchestre volant sur fond monochromatique, Donahue fait majestueusement s’enchaîner les classiques toujours aussi intenses de Deserter’s Song et (surtout) All is Dream (Tonite It Shows, Spiders and Flies, Tides of the moon…). S’accrochant parfois à son pied de micro enguirlandé comme une vigie à son mât de navire, scrutant l’horizon de la salle, il semble, dans une de ces mises en abîme seulement rendues possibles par la magie interactive du live, aussi ébahi et revigoré par l’accueil enthousiaste de la grosse poignée d’inédits distillés ça et là que nous par eux. Croisements dynamisés et à la puissance accrue des deux opus précédents (lire toujours aussi célestes, mélodramatiques, délicats et habités), ces nouvelles compositions laissent présager le meilleur pour le prochain album, The Secret Migration, à paraître en janvier 2005.

A titre personnel, cela faisait longtemps que je n’avais pas éprouvé une telle sensation de plénitude lors d'un concert. A vrai dire, il faudrait sans doute remonter à la dernière prestation parisienne des cousins germains, les Flaming Lips. Sauf que. Sauf qu’usant moins d’artifices spectaculaires que le gourou Wayne Coyne, Mercury Rev offre tout l’espace à la musique, rendant plus vibrant et palpable que toute autre formation un univers plus beau, plus simple et plus infini encore que le notre. A tel point qu’après un impeccable Goddess on a Hiway en première salve de rappel, j’en ai presque voulu au chanteur de nous avoir ramenés brutalement à la réalité en mentionnant dans son remerciement "la dure semaine" de réélection américaine avant de conclure, le plus judicieusement et donc amèrement du monde, par un magistral The Dark is Rising. A l’heure où Gollum W. Bush dispose de 4 ans de plus pour relancer sa précieuse Guerre des Etoiles, on devra se consoler simplement en se disant que la lumière existe et que ce côté demeure le plus mystérieux et attirant. Comme par hasard un papillon figure sur la pochette du prochain album du groupe...

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Photo Concert Mercury rev, Bruges (be), Concertgebouw, le 06.11.2004

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