Jesse Sykes

Grenoble, Le Ciel - 21.10.2004

» Compte Rendu

le 06.11.2004 à 06:00 · par Antoine D.

Après avoir parcouru la France au printemps dernier pour honorer la sortie de son deuxième album (Oh, My Girl), Jesse Sykes livrait une nouvelle série de dates dans l'hexagone, accompagnée de son Sweet Hereafter. Si les deux albums empruntent allègrement des chemins folk, ils ne sont pas sans cacher le passé "coutrysant" des différents membres du groupe: des réminiscences qui ne sont pas toujours les bienvenues tant elles ont parfois tendance à rendre le mélange quelque peu adipeux. Là où le dernier opus fait appel à de nombreuses contributions instrumentales (piano, violon, percussions, pedal steel...), le live est une occasion de présenter un line-up resserré sur les acteurs principaux: Jesse Sykes (guitare acoustique, chant), Phil Wandscher (guitare folk), Bill Herzog (contrebasse) et Kevin Warner (batterie). Notons par ailleurs que le temps de trois morceaux en début et en fin de set, Kevin Warner cède sa place à Bill Herzog (le contrebassiste est aussi batteur aux côtés de Joel Phelps) afin de se saisir du banjo et de fournir un contrepoint harmonieux aux deux guitares. Hormis cette modification, les quatre membres restent à leurs postes et on apprécie tout d'abord la finesse fort adaptée de la section rythmique, où les cymbales résonnent en douceur tandis que la contrebasse fait parler sa classe dans un jeu très aérien.

Mais le simple fait d'être réduit au quartet a surtout le mérite de mettre encore plus avant la complémentarité du duo de guitares, un duo instrumental qui se pose par ailleurs en support idéal pour la voix de Jesse Sykes. Sur scène, la formation évacue ainsi une bonne partie des influences country et déploie un folk plus agile qu'en studio notamment grâce à la dynamique impulsée par Phil Wandscher, guitariste dont la diversité de jeu lui fait éviter tout aspect systématique. Car au cours des cent minutes de ce concert, Jesse Sykes et ses partenaires enchaînent les titres en faisant parler une certaine pluralité, à travers des ambiances mélancoliques et épurées (You Are Not Gotten Here, Birds Over Water, Oh my girl, Grow a new heart...), la traversée des grands espaces (The Dreaming Dead, Lonely Still...) ainsi que via quelques morceaux agrémentés de choeurs discrets tels que Troubled Soul (dont la version live voit parfois Phil Wandscher glisser, l'air de rien, la mélodie de la Panthère Rose sur la dernière partie). La complicité du duo Sykes/Wandscher se révèle bien souvent éclatante, comme en témoignent les courbes tracées par la guitare folk qui entourent la voix de Jesse, son timbre suave, délicat mais aussi particulièrement sombre et grave. Néanmoins, si cette noirceur s'avère effectivement omniprésente, elle n'est pas pesante pour autant dans la mesure où elle incarne l'ambiance générale pendant que les instruments proposent des interventions contrastées au lieu de sombrer dans la redondance. Cette atmosphère, alliée au côté intimiste de la prestation, permet de découvrir Jesse Sykes et le Sweet Hereafter sous un autre jour, et pourquoi pas de réviser les quelques réticences que certaines versions studio suscitent ça et là. On passe en tout cas, un très bon moment en leur compagnie.

Retour haut de page

Jesse Sykes

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.