Grandaddy

+ Electric Soft Parade

+ OMR

Lyon, Ninkasi Kao - 05.12.2003

» Compte Rendu

le 10.12.2003 à 18:00 · par Antoine D.

Cette cinquième tournée des Inrocks de l’année 2003 passait une nouvelle fois par Lyon et le Ninkasi Kao, toujours avec le même concept : présenter trois groupes, l’un ayant déjà largement fait ses preuves (Grandaddy), un autre en phase de "confirmation" (Electric soft parade), et un groupe "rookie" (OMR), issu de la compilation CQFD : "Ceux qu’il faut découvrir", selon Les Inrocks… et Nokia, sûrement dans le coup pour nous apporter des sonneries de portable OMR (sans qui il n’est pas de bonheur terrestre possible, aurait écrit Desproges).

Dès 20h30 donc, dans un Ninkasi complet, OMR ouvre la soirée : le duo s’est mué en trio, et c’est dans un registre electro-rock mêlant clavier, basse, batterie et guitare que se déroule le set de ce groupe dont le premier album sortira début 2004 (on notera au passage que leur titre The way we have chosen a été remixé cette année par Console et Ellen Allien). Un set d’une demi-heure environ, ni désagréable, ni intéressant, dans la mesure où la formation n’étonne jamais, noyée dans une trop grande linéarité et une voix sans personnalité. Pour convaincre réellement, OMR devra considérablement étoffer ses compositions et par là même imposer une plus grande présence scénique. Pour l’instant, on est encore malheureusement au stade d’une musique qui rentre de façon assez plaisante, mais qui s’oublie à la seconde même où les instruments se sont tus.

Une courte pause, et c’est au tour des anglais d’Electric soft parade d’entrer en scène. Là aussi, le groupe s’est élargi, puisque la formation originelle constituée des deux frères White s’est transformée en quintet (deux guitares, basse, clavier, batterie). Le set est révélateur de l’hétérogénéité de leur discographie : tandis qu’ils sauvent plutôt bien les meubles par l’interprétation de quelques morceaux de leur premier album (Holes in the wall, 2002), la jeune bande de Brighton s’enfonce malheureusement dans le gras quand vient le tour des titres issus du second album (The american adventure, 2003), plus approximatifs dans leur construction, et souffrant d’un cruel manque d’originalité qui va jusqu’à rappeler les exaspérants Oasis ou encore quelques mauvais titres de Symposium. Certes, le fait qu’ils ne soient pas branleurs, le fait qu’ils croient en ce qu’ils font et y mettent de l’énergie (on citera leur célèbre gimmick "je monte debout sur le clavier pour faire mon malin"), les rend attachants, mais sur un plan purement musical il manque un grain de folie qui pourrait les démarquer du reste de la meute, pourquoi pas en donnant une place plus importante au clavier : eux dont le nom rappelle The soft parade des Doors, que n’attendent-ils pour glisser vers des envolées psychédéliques, de celles qui permettent à leurs compatriotes de The Coral, de tirer à peu près leur épingle du jeu. Au lieu de ça, si l’on excepte les extraits du premier album, les frangins White ne font que pousser le volume, mais la seule conséquence est de cloîtrer la formation derrière un mur du son qui ne laisse filtrer ni émotions, ni sensations. Côté public, l’accueil est mitigé : une partie du public est enthousiaste, l’autre sort seulement de son impassibilité lorsque Tom White entonne un petit air de l’A.M.180 de Grandaddy entre deux chansons. Leur potentiel technique est grand, le mélange des deux voix présage de bonnes choses, et on peut espérer qu’ils se dirigent dans les prochaines années, vers quelque chose de plus touchant et significatif qu’un bien terne revival du "worst of 1994-1997".

A peine les anglais sont ils rentrés au vestiaire, qu’est projetée sur l’écran une vidéo où des mômes déguisés en peluches indiquent l’interlude, sur un fond sonore signé Grandaddy. Avant l’acte final donc, un intermède assez long permettant les réglages côté scène, et le carton plein côté bar (précisons qu’en plus d’être une salle de concert, un restaurant, un café, le Ninkasi est aussi brasseur, et sa bière -faite maison- est toujours très prisée). Un gros quart d’heure plus tard, le gang des barbus prend place tranquillement, plus tard rejoint par un invité de marque, leur chat en plastique, dont l’immobilité est simplement due à quelques problèmes de drogue, expliquera Jason Lytle, visiblement ému sous sa sempiternelle casquette, à l’heure où s’achève une tournée ininterrompue de plusieurs mois. Une longue tournée qui permet aujourd’hui à la bande de Modesto de livrer un set rodé, où ils n’ont gardé que le meilleur de leur dernier album (Sumday, 2003) ponctué par des morceaux des premiers albums, le tout mis en images tout au long du concert. L’ouverture se fait avec Yeah is what we had accompagné d’une vidéo contant une rupture filmée à l’envers, ce qui ne fait qu’ajouter un aspect encore plus nostalgique à cette entrée en matière. Tout au long du set, les images décrivent assez bien l’univers de Grandaddy, entre les atmosphères rurales et le kitsch des cartes postales d’animaux, mais aussi dans l’autodérision, notamment sur El caminos in the west, lorsque des enfants remplacent le groupe (tournée, hôtels, signature chez V2…). Chaque vidéo est une histoire, qui illustre les paroles ou tranche avec la musique, car sur scène, Jason et les siens sont plutôt dans le registre de l’émotion, et c’est autour de textes souvent tristes qu’ils livrent de nombreux moments poignants. Sur un plan plus technique, le groupe continue sa progression, assumant l’intégralité des arrangements, affichant une belle complémentarité vocale sur The go in the go for it, où encore affirmant la force de sa section rythmique grâce à l’imparable Aaron Burtch, massivement campé derrière sa batterie et enveloppé dans le permanent nuage de la fumée des cigarettes qu’il grille au fil des titres. Sous leurs allures tranquilles, on les imaginerait bien sortis d’un film des frères Coen (par exemple, un big Lebowski où le skate aurait remplacé le bowling), mais ces californiens savent aussi varier les plaisirs, plus remuants sur A.M.180, ou plus planants sur une superbe version de Lost on yer merry way. On aurait seulement souhaité que le set de Grandaddy soit un plus long (il aura duré un peu moins d’1h30), tant ils maîtrisent leur sujet et savent transmettre leur lot de sentiments autour de l’alternance espoir/désespoir : là est la véritable dimension supplémentaire que prend Grandaddy sur scène, ce qui n’était pas vraiment le cas de tous les groupes ce soir…

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