The Nits

+ Ignatus

Rennes, Aire Libre - 19.04.2004

» Compte Rendu

le 22.04.2004 à 12:00 · par Arnault B.

La perspective d'assister à un concert dans une salle de théâtre comme l'Aire Libre a quelque chose d'alléchant. Et même si leur programmation des plus éclectiques ne ravit pas tout le monde, ce soir ce sont les Nits qui investissent la scène. Le public est plutôt âgé. On y voit même des parents avec leur progéniture. The Nits fêtent tout de même ses 30 ans cette année, finalement rien d'étonnant à ce que le public suive.

Ignatus débarque rapidement dans une veste en rouge et noir claquante, en précisant qu'il n'est pas supporter du PSG. Le décor est planté, on va avoir affaire à un extravagant comique. Musicalement, c'est très sommaire, puisque qu'il possède un clavier avec différents samples programmés dessus, et six poupées de 30 cm de haut environ (qui vont des grands parents aux petits-enfants), dont il va enfoncer la tête pour déclencher quelques samples également. Pour dédramatiser, il fait de l'auto dérision, en expliquant les petits détails de ses réglages, et en profitant de nos applaudissements soutenus pour régler ses lumières. Les applaudissements sont plus polis que soutenus, et d'ailleurs on va vite comprendre, notamment par ses paroles, que le monsieur vit beaucoup dans son monde. Les textes sont plus réfléchis et ont plus de contenance et chez son poulain Jean Luc Le Tenia, mais on est pas non plus chez Bénabar tout de même. Ignatus dérange, malmène, maltraite, avec l'excuse du simple constat. Il a une façon assez maligne de nous faire comprendre les paroles avec le dernier mot de ses chansons; comme quand il raconte l'histoire d'amour d'une boule de pétanque et d'un cochonnet, ou bien qu'il nous fait balader dans le monde complètement décalé de ses songes. Pour résumer, c'est rigolo à regarder (je vous passe la fausse guitare et la veste musicale) et c'est pas franchement désagréable à entendre. Mais musicalement ça reste tout de même assez déconcertant, surtout en live où la volonté de show-man du personnage est sciée à la racine par ses propres remarques.

Peu après arrivent The Nits, avec d'emblée une déception : par rapport à leur tournée 2001, la chanteuse pétillante et la bassiste sont absentes. La basse est jouée par son ancienne partenaire, blonde aussi, mais au clavier elle, et à d'autres instruments utilisés de manières plus épisodiques (violon électrique, bell-lyre). Un nouveau membre, également au clavier, occupera le côté gauche de la scène. Par contre le batteur est toujours là, monté sur son piédestal, au bord droit de la scène, et tourné vers le clavier. Au centre on retrouve le charismatique chanteur guitariste, impeccable comme à son habitude, et respirant la bonne humeur. Le premier morceau tombe aux oubliettes : un problème de micro et un son d'un goût douteux sortant du clavier laisseront une sensation crispante et de mauvaise augure. Malgré tout, dès le deuxième morceau, on retrouve la cohésion du groupe. Le chanteur fait un peu penser à Leonard Cohen, avec sa voix apaisante et sa guitare acoustique prête à s'envoler, mais il garde les envolées pour plus tard. Pour l'instant c'est avec une guitare électrique qu'il décide de décoller, pour un morceau qui renvoie d'emblée aux grands espaces américains. Et si le son très "western" de cette guitare était plutôt bien accueilli, il sera aussi très rare puisque sa guitare électro acoustique fétiche ne le lâchera presque plus.

C'est donc en voyage que The Nits nous emmène durant les deux prochaines heures. Avec des morceaux bourrés de rebondissements, de rythmes effrénés alternant avec des passages plus intemporels, le tout ponctués de passages quasi psychédéliques. Le clavier se rattrape de bien belle façon, et à plusieurs reprises, avec des passages au piano tantôt mélancoliques, tantôt surexcitées. C'est d'ailleurs dans les moments surexcités que le batteur s'éclate le plus; spectacle à lui tout seul, il a un jeu puissant et impressionnant, qui contraste fortement avec son âge. C'est un vrai bonheur de le voir sourire à tout le groupe quand il surenchère sur l'un ou l'autre des instruments. Le guitariste n'est pas en reste, et sous son smoking blanc de crooner, il cache une dose incroyable d'énergie. On continue de voyager, en évoquant Robert Smith dans un hôtel allemand qui dit des mots japonais devant son miroir. Ou bien une promenade improbable dans l'au delà ou le chanteur va parler à sa fille d'un aquarium qu'ils visitait du temps de son vivant. Pour ajouter à l'ambiance, chaque morceau possède sa série de boucles vidéo, qui sont projetés simultanément derrière la scène sur une multitude d'écrans de tailles différentes. Les poissons de cet aquarium défileront donc sous nos yeux, après que le chanteur ait insisté sur leur ressemblance avec Raffarin (sic).

Même le groupe se met à voyager, puisque le chanteur et la multi instrumentiste vont s'effacer au fond de la salle, laissant le champ libre à un morceau solo chanté et joué au piano par le clavier. D'un coup l'homme suscite un regain d'intérêt considérable de par sa prestation, et le concert va basculer un temps vers une ambiance plus intimiste.

Puis c'est au tour du batteur de descendre de son piédestal pour rejoindre trois cymbales suspendues à des fils, qui descendent soudain sur la scène. Et c'est à Lambchop qu'on va penser, grâce à une chanson langoureuse, crépusculaire, magnifiquement interprétée par les quatre membres du groupe, et clôturée de manière insolite par une pluie de petites boules en papier sur les cymbales de la batterie abandonnée. Cette fois le clavier, vraiment talentueux dans les parties pianos, a définitivement chassé les pénibles souvenirs du premier morceau. Plus tard, c'est vers le Mexique qu'on va lorgner, avec une guitare folk en feu. Ensuite, c'est d'un banjo qu'il s'empare, pour un morceau à connotations indiennes. Chaque morceau nous pousse donc vers un nouvel horizon, ainsi les Nits ne s'encombrent pas de reprises pour nous faire voir du pays, et ne tombe pas non plus dans les raccourcis "world". On refuse la facilité chez les Nits, et c'est à leur ingéniosité que l'on doit une si grande diversité d'interprétation.

Cette ingéniosité se ressent aussi dans la construction des morceaux. Pourtant la précision dans les enchaînements est vite oubliée grâce à la complicité et la bonne humeur permanente que les quatre membres dégagent. Malgré les contretemps et autres cassages de rythmes dont ils sont friands, et les interventions parfois inattendues du clavier, on ressent par dessus tout une forte cohésion du groupe. Et les Nits vont convaincre définitivement les plus hermétiques, au coin du feu, ou plus exactement assis sur le bord de la scène, pour trois morceaux en acoustique magnifiques, plus poignants que le reste encore. Une guitare, deux accordéons et deux malheureux shakers vont mettre la salle dans un état de béatitude avancé. Si béat qu'on osera même pas les rejoindre sur le refrain, malgré leurs invitations aux chants.

Enfin, ce n'est qu'au bout de trois rappels qu'on viendra à bout de ces acharnés. Le public finira debout, applaudissant à tout rompre. Et à vrai dire, ça faisait déjà un moment que leur pèche, leur bonne humeur communicative, leur malice et leur talent nous avaient conquis. Finalement on sort de la salle aussi fatigué et heureux qu'après avoir fait un tour du monde.

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