Jon Spencer Blues Explosion

+ Hawaii samurai

Angers, Le Chabada - 29.03.2004

» Compte Rendu

le 31.03.2004 à 12:00 · par Eric F.

Un rendez vous avec le meilleur groupe du monde de New York, ça ne se refuse pas ! Tant pis si Jon Spencer et ses deux compères n'ont rien à nous vendre pour cette tournée (hormis quelques T-shirts), leur visite dans notre pays est toujours bonne a prendre. Mais avant que le trio ne prenne possession du sympathique et accueillant Chabada, les Hawaii Samourai assurent la première partie. Le look de cet autre trio laisse songeur : un bassiste en sosie parfait de Stephan Eicher (on a du lui le dire "140 fois dans la journée" apparemment) un guitariste cagoulé et un batteur aux lunettes de soleil version yeux de mouche. Dès les premières notes, on a l'impression de se trouver en face de Dick Dale tant le groupe envoie un surf rock instrumental péchu mais somme toute peu original. Le public a pourtant l'air d'apprécier. Le son est parfait et parfois "monstrueux", on se dit que le set du JSBX sera sûrement puissant... Mais en attendant il faut donc se coltiner ces samouraïs parfois bien pitoyables lorsqu'ils assènent de drôles de coups de pied de karatekas en l'air. Le guitariste cagoulé se la joue gros dur en beuglant les titres de chansons que le bassiste annonce, parfois avec un humour qui se fait plus efficace que les morceaux eux-mêmes. Les Hawai Samourai prennent bien soin de nous rappeler que c'est "l'incommensurable Jon Spencer" qui prendra la suite mais il est bien dur de ne pas trouver le temps long, malgré un Mariachi's Fever un peu trop cabossé pour ressembler à Calexico et un instrumental nommé La Bruta assez amusant. Le rock fuzzé des Hawaii Samourai convainc donc à moitié et le dernier titre semble durer une éternité et comble du cliché, le groupe jamme sur le Pumpkin' And Honney Bunny de Dick Dale, popularisé par Pulp Fiction. Après tout, ce n'est peut-être pas un mal puisqu'on a pensé à ce morceau pendant tout le set... Ce semi calvaire terminé, le public se prépare pour la venue du Blues Explosion avec enthousiasme.

On se demande bien ce qui pousse les new yorkais a être parti en tournée sans aucune actualité : tournée sous forme de greatest hits ou bien concerts de rodage pour nouveaux morceaux ? Toujours est il que le groupe n'aura pas beaucoup d'efforts à fournir pour se mettre le public dans sa poche : la foule est en délire à peine le trio arrivé sur scène. Jon Spencer porte son traditionnel costume avec un pantalon de cuir noir surmoulant et une chemise très flash, Judah Bauer se fait beaucoup plus classe malgré ses étoiles sur les côtés de son jean, quant à Russell Simins, la sobriété vestimentaire est de mise. Une spécialité puisque le batteur s'installe derrière des fûts réduits au strict minimum. Quant aux guitares, elles sont bien présentes entre la Telecaster de Bauer et la guitare bien trash de Spencer dont on se demande bien comment elle peut tenir depuis toutes ces années. Démarrage en trombe : le groupe se lance dans un Shaking Rock And Roll Tonight de circonstance, enchaîné à un She Said qui ravit la foule. Seul problème : la voix de Jon Spencer est quasiment inaudible au premier rang, ce qui s'avère ne pas être le cas dans toute la salle. Comme pour compenser, la guitare de Judah Bauer déchaînée explose tout sur son passage, surtout les oreilles de l'auditoire ! Spencer a beau se démener comme un beau diable, faire le show avec ses légendaires pliés de genou, il ne fait aucun de doute que le musicien le plus talentueux du groupe est bien Bauer, qui arriverait presque à faire passer Keith Richards pour une minette. Comme une réponse aux interrogations sur le bien fondé de cette tournée, le groupe balance deux nouveaux titres forts enthousiasmants qui donnent le ton : une quinzaine de nouvelles chansons sera jouée ce soir ! Il n'y a aucun doute, le Blues Explosion est là pour se faire plaisir mais aussi pour confronter ses compositions au public. Et vu sa réaction, on peut dire que le test s'avère largement concluant.

Mais les nostalgiques sont aussi comblés puisqu'ils ont droit à un enchaînement Brenda - Afro digne des plus grandes heures du groupe new yorkais sur scène. Autant être franc : on craignait un peu que le rythme ait baissé d'intensité, que le trio ne se la joue beaucoup plus "pépère". Et si on a droit à moins d'enchaînements que par le passé et les morceaux sont presque tous joués dans leur intégralité, rien qu'aux sons de guitares abrasifs, on sait que le Blues Explosion est encore loin de la retraite. Russell Simins est une preuve parfaite de cette légère subtilité que le groupe a ajouté à sa musique : le batteur ne passe plus son temps engouffré dans sa batterie, mais il n'en reste pas moins un redoutable cogneur. On n'aimerait pas être à la place de ses baguettes ! Les nouveaux morceaux sont livrés dans un esprit assez proche de Plastic Fang et il ne fait aucun doute que le prochain album contiendra de grands titres, dans la lignée de Rolling Stones hargneux, rôle qui va si bien au groupe. Et on avait rarement entendu les trois new yorkais autant assumer l'héritage du blues tant certains passages de guitare nous rappellent la musique du diable originelle. Un des grands moments de ce concert sera la version trépidante du pétardant Point Of View, criminellement absent de la version européenne de Plastic Fang : on se demande encore pourquoi ce titre n'a pas pu faire mieux que face b du single She Said tant il donne envie de sauter partout. Après un 2 Kinds Of Love passé à la moulinette, trois inédits sont livrés en pâture dont un magnifié par l'ebow de Bauer (une nouveauté) qui assume une construction assez proche du Sticky de Now I Got Worry, sauf que là, c'est à tomber par terre de bonheur ! Histoire de finir en beauté le set, voila le Blues Explosion Man qui déboule, Spencer s'y faisant parfait dans son rôle de monsieur loyal du rock, démontrant que s'il n'est pas le meilleur auteur du rock, il n'en reste pas moins sacrément efficace pour improviser. Après un jam étendu et bruitiste, le groupe se retire.

Pas pour longtemps, le trio donnant avec un plaisir non dissimulé un rappel d'une demi-heure où on aura le plaisir de se prendre une doublette Chicken Dog - Wail ahurissante de force et d'enthousiasme, Bauer assurant de parfaits coeurs derrière un Spencer toujours aussi captivant, exhibant fièrement une ceinture dorée portant les lettres JSBX. Il ne fait plus aucun doute que le groupe est resté une sacrée machine de guerre pour ce qui est des concerts et vu la tournure que prennent les nouvelles compositions, on se dit qu'il est assez raisonnable de s'attendre à un prochain album tutoyant les sommets. Trois nouveautés seront donc dévoilées pendant ce rappel, la fin laissant plus de place à des titres connus mais récents : Money Rock And Roll et le parfait Down In The Beast nous mènent tout droit à la parfaite conclusion qu'est Magical Colors : Bauer se débrouille tout seul pour assurer la rythmique pendant que chef Spencer se barre dans un délire rock and rollien qui fait plaisir à voir. Enfin à genoux, le bellâtre semble ne plus vouloir quitter la scène. Même terminé après une extension ravageuse, le chanteur continue à beugler ses "yeah" traditionnels que les spectateurs reprennent en coeur. Et comme une certaine vaisselle, quand il n'y en a plus, il y en a encore : le groupe repart dans un délire bruitiste qu'on souhaiterait ne jamais entendre se terminer. Mais toutes les bonnes choses ont une fin et les new yorkais finissent par rendre les armes, quittant la scène sous les ovations. Même si on sait bien qu'un concert de rock n'a plus trop le pouvoir de changer la vie des gens, il ne fait aucun doute que cette prestation du Jon Spencer Blues Explosion est de celle qui marque les esprits et nul doute que les quelques cinq cent personnes présentes au Chabada s'en souviendront longtemps.

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