James Leg

Lyon, Marché Gare - 04.11.2015

» Compte Rendu

le 28.12.2015 à 06:00 · par Rebecca L.

20h28. Je suis carrément à la bourre. Texto de Camille : « J’ai froid. Je t’attends à l’intérieur ». La connaissant, ça veut dire qu’elle est énervée. On avait dit 20h15. Je me sens petit lapin blanc, en retard, en retard, en retard. Je marche à vive allure sous une pluie fine, dérape sur un passage piéton et manque de me faire écraser par un van grisâtre au tournant d’une allée. Klaxon. Derrière les vitres, deux hommes aux cheveux longs et au regard fatigué. Celui qui est sur le siège passager ressemble à s’y méprendre à James Leg. Il me fait un signe de tête, les sourcils froncés, comme un mélange d’excuse et d’approbation. Je plane l’espace d’une seconde. Le James Leg en question doit être sur le point de monter sur scène à l’heure qu’il est. J’interprète cette vision comme une sorte de délire d’avant concert d’une fan très en retard, et je me remets à courir…

Le Marché Gare est en vue au bout de la rue. Il est 20h32, je touche au but.

- « Excusez moi, mademoiselle ? ».

Damned ! Le sort s’acharne. Je prends sur moi, pour répondre poliment à ce petit mec au visage sympathique et boutonneux, sorti de nulle part.

- « Est ce que tu pourrais me filer un coup de main pour me tenir cette affiche ? ».

Je vois alors sa pile d’affiche de LUKE et ses rouleaux de scotch transparent. J’aurai encore préféré lui dessiner un mouton. Je m’excuse en bredouillant que je suis vraiment TRES pressée et continue ma route. Je suis déjà à 2 mètres de lui quand il me balance un très subtil « Connasse ! » qui sur le coup me fait relever les sourcils mais qui, quelques minutes plus tard, quand j’arrive enfin dans la salle, me reste carrément en travers de la gorge. Je n’étais quand même pas OBLIGEE de rester avec ce blondinet sous la pluie à coller ses affiches poisseuses ?

Comme dit le commandant dans Y’a t’il un pilote dans l’avion ? : « C’était vraiment pas le jour pour arrêter de fumer ». Que ferait le révérend James Leg à ma place ? Il boirait un bon whisky, ou à défaut une grande pinte de bière. Hallelujah. Je m’apprête à commander à la serveuse quand je le vois, derrière moi, poussant tant bien que mal, au travers de la foule, un énorme ampli basse sur roulettes. Il me regarde et m’adresse un petit hochement de tête en signe d’approbation. Surréaliste. Un homme aux cheveux longs le suit avec une grosse caisse dans les bras, et un troisième avec un chariot rempli de matériel. J’interroge la serveuse, pour savoir si elle aussi vient de voir James Leg passer ou s’il faut vraiment que je prenne rendez vous chez un spécialiste.

Elle m’explique que, oui, c’est bien James Leg qui vient tout juste d’arriver, que ça faisait plus de trois heures que toute l’équipe de la salle l’attendait, qu’il avait apparemment cassé l’embrayage de sa camionnette et que tout le monde se demandait si le concert allait avoir lieu, mais que tout va bien maintenant, que ça va le faire, et que ça me fait 5 euros pour la pinte… Rock n’roll.

Je retrouve Camille dans le couloir qui mène à la salle, elle me fait un peu la gueule pour la forme mais ça ne dure pas longtemps. On entend à travers la porte un vacarme du feu de dieu qui dure lui en tout et pour tout cinq minutes grand maximum. Une balance éclair, histoire de voir si tout marche bien je suppose, et les portes de la salle s’ouvrent finalement à 21h. Deux minutes plus tard, 300 personnes sont compactées devant la scène, James Leg et son batteur entrent sur le ring. La fête peut commencer.

James Leg est sur la gauche, de profil, fait face à son batteur, le français Mat Gaz, lui aussi de profil, sur la droite. Ils se regardent droit dans les yeux en jouant. L’un martèle ses fûts, l’autre son Fender Rhodes. Ca joue fort. Ca joue bien. Voix rocailleuse. Claviers saturés. Hurlements. Le révérend impressionne par sa virtuosité aux claviers. Un bassiste dans la main gauche et un guitariste dans la main droite, qui accompagnent une voix qui n’a rien à envier à un Screamin Jay Hawkins ou à un Tom Waits. Les morceaux des deux albums défilent, ceux du récent Below the belt, et ceux du premier disque Solitary Pleasure, sorti quatre ans plus tôt. Le rythme du concert est parfait. Les boogies endiablés s’enchainent, font place à une ballade crépusculaire qui permet à tout le public de reprendre son souffle, et tout s’emballe à nouveau. On transpire. On rigole. On est bien. On hurle comme si on avait 15 ans aux premières mesures de Drink it away. L’air est brûlant. L’atmosphère est moite. Et déjà le concert se termine. Avant de quitter la scène, James Leg m’attrape du regard et me fait un petit hochement de tête en signe d’approbation.

La messe est dite. Je me retrouve dehors les oreilles lourdes et les jambes en coton. Au coin de la rue, je tombe sur l’affiche du petit boutonneux. D’un geste magistral, je l’arrache des deux mains devant le regard médusé d’une prostituée dont je n’arrive pas à déterminer le sexe avec certitude. Ca c’est pour le connasse de tout à l’heure, petit. Je m’allume une cigarette en regardant les étoiles. Le révérend serait fier de moi.

Crédits photo :

1 – Erich Zann

2 - 3 - Sev / Shoot me again

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Photo Concert James Leg, Lyon, Marché Gare, le 04.11.2015

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