La Luz

Lyon, Marché Gare - 07.10.2015

» Compte Rendu

le 23.11.2015 à 06:00 · par Rebecca L.

Flash lumineux. Quatre jeunes filles tout sourire, cheveux au vent, qui roulent à 100 à l’heure dans un désert du Nouveau Mexique au volant d’une Cadillac de location. Sur le bord de la route, je regarde le Polaroïd que je viens de prendre, l’image prend son temps pour se dévoiler, comme à son habitude. Sur la photo, rien du tout, une route, un désert, le ciel. Pas de jeune fille, pas de Cadillac. Envolées. Disparues. Fantômes. J’ai vu la lumière. J’ai vu La Luz.

Si on était au début des années 60, elles seraient sans aucun doute produites par Phil Spector, elles s’appelleraient The Ronettes ou The Crystals. Mais nous sommes en 2015, le vieux Phil est en prison, et nos quatre jeunes musiciennes se sont tournées vers le prolifique et psychédélique Ty Segall pour réaliser (avec classe) leur deuxième LP. D’après les rumeurs, le disque aurait été enregistré en grande partie en condition live dans une boutique de surf à San Dimas, Californie. Ca ne s’invente pas.

Les filles de La Luz définissent leur musique comme du « Surf Noir », en français dans le texte, et cela résume effectivement très bien leur affaire. Des guitares fuzz, des harmonies vocales de toute beauté, des rythmiques twists et une énorme réverb, ça c’est pour la Surf Music. Des morceaux qui parlent de la solitude, des obsessions et de la mort, des références à l’écrivain Richard Brautigan et aux comics noir et blanc de Charles Burns, ça c’est pour le coté noir.

Weirdo Shrine est sorti chez Hardly Art (division de Sub Pop Records), label de Seattle, qui nous a notamment offert cette année l’excellent Time to go Home des Chastity Belt.

L’album est envoûtant, irréel. Au-dessus du disque, plane le spectre de l’accident de Van qui a stoppé net la tournée des filles il y a un an et demi et dont elles sont sorties miraculeusement indemnes. Les morceaux lents et aériens se partagent la galette avec des titres enflammés aux tempos explosifs. On se laisse emporter, on a l’esprit qui vagabonde et le disque s’arrête déjà.

Flash lumineux. Les petites chaussures beiges de Shana Cleveland glissent harmonieusement sur le sol, appuient d’un coup sec sur sa pédale de distorsion et reculent aussi sec vers l’ampli dont la membrane oscille à tout va. La guitare est tranchante, la basse est ronde, la batterie donne l’impression de ne plus pouvoir s’arrêter.

Nous sommes au Marché Gare, petite salle lyonnaise située dans le quartier en friche de la Confluence, derrière la gare de Perrache. Shana s’approche du micro, on retient notre souffle, même voix, même résonance. Soulagement, le caractère du disque n’était pas qu’un artifice de studio. Le son est là, le live va être bon.

Les filles de La Luz donnent tout, avec rage et élégance. Le public est conquis, quand soudain, en plein milieu d’un morceau, noir. Silence. Coupure de courant générale. Fantôme. Tout revient en quelques secondes, les filles se regardent, déroutées, puis rigolent, rassurent le public et se remettent à jouer. Le rock n roll reprend ses droits.

On se prend à divaguer et déjà les filles sortent de scène. Le groupe qui suit, Crocodiles, a l’air d’en enchanter plus d’un, mais mon esprit est ailleurs, comblé. J’ai vu la lumière. J’ai vu La Luz.

(Crédits photos = Marion Bornaz)

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Photo Concert La Luz, Lyon, Marché Gare, le 07.10.2015

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