Mendelson

+ Jandek

Paris, Cabaret Sauvage - 23.05.2013

» Compte Rendu

le 28.05.2013 à 06:00 · par Gaël P.

Pour qui était venu voir Jandek, américain originaire du Texas, dont la discographie a débuté à la fin des années 1970 (dans le sillage creusé par l'unique album, home-made également, de Kenneth Highney, Attic Demonstration) et qui depuis a cultivé l'art de la discrétion sinon du plein mystère, l'événement de ce premier soir du week-end Villette Sonique - apparemment son premier concert en France - ne fut pas à la hauteur des espérances. En entrant dans le chapiteau du Cabaret Sauvage, tout juste à l'heure, il me fallut d'abord quelques temps avant de discerner, tapi dans l'ombre, le chapeau vissé sur la tête, la silhouette de Jandek aux côtés d'autres musiciens (une partie du Lune Argent Ensemble). La première interrogation qui me vint à l'esprit fut celle de la nécessité de ce collectif : était-ce l'homme de Corwood Industries qui avait demandé à être accompagné ou bien était-ce un pari de la part des organisateurs ?

Toujours est-il que, une fois quelques morceaux lentement égrenés, il fallut bien se rendre à l'évidence, les applaudissements se faisant d'ailleurs très discrets : l'alchimie ne prenait pas du tout, notamment parce que le chant d'Emmanuelle Parrenin était trop peu convaincant (presque hésitant) et en raison d'une ligne de basse trop éloignée du jeu de distorsions et autres effets de Jandek. Pourtant, les autres musiciens savaient bien avec quelle pointure ils jouaient (ils se tournaient d'ailleurs très régulièrement vers l'américain pour bien indiquer leur révérence et, en quelque sorte, leur mise à son service) mais on était bien loin, très loin même, de l'intensité des concerts de blues rock décharné de Glasgow avec Richard Youngs à la basse et Alexander Neilson à la batterie (se procurer Glasgow Friday et Glasgow Sunday pour comprendre). Certes, le genre musical était bien différent (une sorte de rock languissant lorgnant par moments même vers le dub) mais la fonction de Jandek au sein de ce quatuor ne revenait seulement qu'à celle d'un bon guitariste d'accompagnement. Une fois le set achevé, on se prit à rêver d'un retour sur scène de l'américain, seul avec sa guitare, histoire d'entendre quelques unes de ses plus belles plaintes, mais malheureusement c'en était fini. Immense déception.

Pour autant, la soirée n'était pas terminée et le groupe suivant - pur produit de ce que l'on fait de mieux dans l'hexagone en matière de rock - prit la relève sur l'étroite scène du Cabaret Sauvage. Mendelson venait défendre son dernier album éponyme très largement acclamé par la critique (lire la chronique de Sébastien D. dans nos colonnes ici) et il ne me fallut d'ailleurs pas longtemps pour comprendre qu'une grande partie du public était en fait venu voir le groupe français plutôt que Jandek. Le nombre de déçus de la première partie n'était donc peut-être pas très important.

Toujours enclin à quelque ironie, le chanteur et parolier Pascal Bouaziz souligna, par quelques mots prononcés en introduction, que Mendelson c'était "le pays de Candy après Jandek". Pourtant, ce soir-là, c'est bien la bande à Bouaziz qui fit le plus bel éloge de la noirceur, démarrant son set par La Force Quotidienne Du Mal et ses paroles loin de tout optimisme. Dès les premiers morceaux, c'est bien le caractère dense et fouillé de l'instrumentation qui rendit compte le plus fidèlement possible des importants efforts effectués sur le dernier album et l'écart manifeste avec le genre, bien trop étroit pour eux, de la chanson française. Chaque musicien pratiquant d'ailleurs plus d'un instrument, cela rendit certains passages du concert pleinement imprévisibles. N'hésitant pas à s'aventurer hors des chemins battus, le groupe se targua même d'un long passage d'expérimentations avec ambiance drone et spoken words en avant au risque de perdre une partie des spectateurs les moins avertis.

Néanmoins, sachant manier fort bien le clivage des émotions et des sentiments, Mendelson revint, sur sa fin de set, vers des climats plus apaisés avec, d'une part, l'aérien et épique Il N'y A Pas D'Autres Rêves sur lequel Bouaziz donna dans le profil guitar hero et, d'autre part et in fine, en guise de rappel, le nostalgique 1983 (Barbara) (sommet du précédent album Personne Ne Le Fera Pour Nous) magnifiquement interprété ici avec un progressif emballement du synthétiseur et de la batterie après un début dépouillé et minimaliste. Moment étonnant ainsi que cette soirée où Mendelson fit oublier - voire rendre presque banal - un musicien important de l'histoire du folk-rock américain.

Retour haut de page

Photo Concert Mendelson + Jandek, Paris, Cabaret Sauvage, le 23.05.2013

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.