Hawksley Workman

+ Buck 65

+ The Kills

+ La Rumeur

Paris, Olympia - 10.11.2003

» Compte Rendu

le 12.11.2003 à 12:00 · par Ludwig H.

Boulevard des Capucines, Paris, les néons rouges de l'Olympia annoncent ce soir l'affiche du Festival des Inrocks : Hawksley Workman et puis, de plus en plus petit, The Kills, La Rumeur et Buck 65. A ma dernière visite à l'Olympia un "mini big-band" d'intermittents plutôt sympathiques faisait déjà beaucoup de bruits pour faire valoir ses droits. C'était pour le concert d'un certain "senhor brasileiro" dont le volume "voix et guitare" était si fragile qu'un silence religieux régnait dans la salle. Ce soir pour le festival des Inrocks tout va beaucoup plus fort et plus vite, les lumières s'éteignent, les rideaux s'ouvrent et Buck 65 entre en scène. Sur fond de guitares dures il débite avec un phrasé atypique sa musique très personnelle. Après quelques couplets Buck pivote et se penche sur ses platines ; il en sort quelques phases scratchées avec beaucoup d'élégance. Dans son costume et par ses textes, il se promène fébrilement d'Ol' Dirty Bastard à Leonard Cohen et saisit une rose blanche -probablement en plastique- qu'il se pose sur le cœur d'une manière un peu grotesque. Il respire un grand coup, souffle et nous annonce d'une voix de crooner canadien : "Bonsoir…je suis Buck 65 et… euh, j'ai oublié mon soulier". On comprend qu'il n'est pas question de se prendre au sérieux pour l'instant. Suivent quelques morceaux de Square et de son dernier album Talkin' honky blues, peut-être une forme de blues expérimental, un peu froid et sombre voire glauque. Dans cette ambiance austère, Buck se met à genou en invoquant le souvenir du concert de David Lynch sur cette même scène l'année passé. Il reprend son rap "clope au bec" puis s'adresse toujours en français au public d'une voix noire ponctuée de "mmmh" profonds et de lancers de paillettes colorées : "…euh…euh …bisou !" et encore : "bisou… mon cœur… bébé…poubelle !! … ma petite poubelle je t'aime beaucoup… poubelle ?".

Ah, le rêveur en habit sinistre ! Toutefois la dérision a le dessus et encore une fois on se surprend à sourire comme au carnaval avec une reprise "fondamentalement country" de Woody Guthrie. On est déjà bien accoutumé à sa présence lorsqu'il annonce les groupes à venir et quitte la scène sous les applaudissements d' une bonne partie du public avec sa rose et un LP sous le bras.

Le registre change lorsque La Rumeur entre en scène : beat et attitude sont plutôt classiques, alors le salut vient des textes engagés et bien écrits, aux antipodes de groupes de rap passés sur cette même scène quelques années auparavant. C'est un show sans concession que nous livre La Rumeur parisienne où une trinité assez inédite, Police-Justice-Skyrock, en prend pour son grade dans un déluge de mots et d'attaques bien placées, qui reprennent même le "pas de justice pas de paix" des Black Panthers (ou de Fabe sur La Rage de Dire, c'est selon). Les morceaux de L'ombre sur la Mesure défilent : Les Coulisses de l'Angoisse, Le Prédateur isolé, Le Cuir usé d'une Valise. La tonalité toujours "consciente" de leurs textes, de plus en plus discrète mais pas absente dans le paysage rap français actuel, montre l'intégrité du groupe et, à défaut de connaître personnellement son univers, le public semble captivé par son énergie et son état d'esprit militant (plus que par ses insultes aussi justifiables soient-elles !). Il est encore tôt lorsque le rideau se ferme mais les rappeurs reviennent et placent un dernier morceau et quelques mots de soutien à Noir Désir dont ils ont assuré la première partie l'an passé. Cette fois encore, le groupe quitte la scène acclamé par un public qui, a priori, n'était pas vraiment le sien.

Peu à peu, la densité de population augmente aux abords de la scène jusqu' à l'arrivée sur scène de The Kills au son d'une grosse guitare accompagnée d'une rythmique prédéfinie assez moche. Le tout est assez impressionnant car le volume sonore est poussé à un niveau tel que les oreilles auront besoin de plusieurs jours pour se remettre d'un tel traitement. Visage caché par sa chevelure noire dans un jean troué aux genoux juste comme il faut, la chanteuse VV se livre corps et âme à une danse impulsive et sensuelle. Elle rejoint plus tard son camarade pour un face à face plein de tensions suggestives. Beaucoup de bruit pour deux : elle crie parfois jusqu'au larsen et l'on se bouche momentanément les oreilles alors qu'Hotel plaque deux ou trois accords en puissance sur sa guitare. Sous ces assauts le sol tremble, ondule même, et se dérobe sous les pieds. Cet énorme mur de son ne laisse pas indemne, pas de doute malgré trop de pose et d'attitude c'est un bon concert pour l'énergie qu'il dégage. Il ne reste qu'à se lamenter sur la musique en elle-même : rien de neuf malgré l'ajout de quelques sons bidouillés, et l'absence volontaire de section rythmique donne un son pauvre et répétitif voire ennuyeux. On aime le côté franc et hédoniste tout en ayant l'impression d'aller droit dans le mur.

Finalement, Hawksley Workman arrive à temps pour recueillir les faveurs d'un public qui semble déjà connaître par cœur les textes de ses chansons, il fédère et je me sens comme un "prédateur isolé". Instinctivement, je me réfugie temporairement dans le second degré et me surprend à applaudir avec un malaise profond. Du doute à l'inquiétude je me dirige rapidement vers un vrai grand moment de solitude, sans exagération. Lui "en fait des tonnes" mais sa jolie voix ne suffit pas et ses textes ne sonnent pas tout à fait juste. Workman écrit des hymnes qui lui permettront sans doute de remplir des stades. Coups de pied en l'air, bras tendus prophétiques , exercices vocaux, riffs déjà vus : tout est là. Resteront plutôt les expérimentations de Buck 65, l'engagement de La Rumeur, le rentre-dedans des Kills : le bilan de cette soirée avec les Inrocks paraît plutôt positif.

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