Shellac

Porto (pt), Optimus Primavera Sound Festival - 08.06.2012

» Compte Rendu

le 16.06.2012 à 06:00 · par Mathieu M.

Shellac, Shellac, Shellac...

Heureux sont ceux qui n'ont PAS ENCORE vu Shellac en concert. Heureux certes, mais à condition d'y remédier car Shellac occupe une place de choix dans le palmarès des concerts les plus fous, les plus massifs, les plus percutants. Un concert de cinglés, et tout est résumé. A conseiller à... tous ceux qui n'ont PAS ENCORE vu Shellac en concert justement.

Le groupe de Chicago est bien connu... : de par la place prépondérante qu'il occupe dans la scène noise rock minimaliste, au même titre que ses confrères américains Slint, Fugazi, Kepone, Shipping News et consorts. Mais bien connu aussi de par ses membres, avec l'inévitable Steve Albini, gourou producteur "do it yourself" de tant de groupes dont Nirvana, Pixies, Pj Harvey, Electrelane, Elysian Fields, The Ex, Les Thugs, Shannon Wright et j'en passe sûrement des bien meilleurs. Bob Weston est lui aussi ingénieur du son et compte pléthore de groupes engagés auprès desquels il a travaillé avant de rejoindre le groupe Mission of Burma et de travailler comme animateur radio de l'émission américaine culte Wait Wait... Don't Tell Me. Enfin, l'énigmatique Todd Trainer est lui-même auteur et multi-instrumentiste au sein de son projet Brick Layer Cake et assure souvent la place derrière les fûts avec Scout Niblett.

Côté disques, Shellac est muni de quatre solides albums cultes rangés dans un tiroir et le dernier, Excellent Italian Greyhound, date de 2007 chez Touch & go. Rien ne se profile à l'horizon depuis, mais qu'importe. Avec pareil pédigree, Shellac n'a rien à prouver, rien à promouvoir, rien d'autre à faire que d'envoyer des concerts furieux et massifs. De bien rares concerts d'ailleurs puisqu'il devient exceptionnel de les croiser en Europe ou aux États-Unis lors d'une quelconque tournée classique.

Des concerts au coup de cœur et pour le fun, sans la moindre pression, c'est bien le mode opératoire que le groupe privilégie désormais. La seule occasion de les croiser sur scène chaque année passe par le lien d'amitié qui lie le groupe à l'organisateur anglais All Tomorrow's Parties qui s'occupe de la programmation d'une scène aux Primavera Sound Festivals. A Barcelone, pour ce festival gargantuesque, Shellac y joue chaque année depuis 2007. En 2008, sur scène, entre deux morceaux déchaînés, Bob Weston déclarait : "Jouer ici pour le Primavera Sound Festival est probablement la chose la plus excitante que nous faisons chaque année et nous ne comptons pas vraiment passer notre tour." Personne n'a vérifié si cette phrase fait partie des flagorneries habituelles mais on imagine mal le groupe flattant et complimentant gratuitement, bien au contraire. Depuis, chaque année, c'est le même rituel : même scène, même créneau horaire, même show, même play-list ? On n'est pas loin de la vérité, en effet. Ce constat ne devrait que réjouir le futur spectateur car pour mémoire : Heureux sont ceux qui...

En tout cas aujourd'hui, pour cette nouvelle édition jumelle à Porto, une semaine après leur concert de Barcelone, le groupe ne donne pas dans l'inédit mais plutôt dans l'efficace. Et l'on s'en délecte.

Au changement de plateau, Steve Albini arrive débraillé comme à son habitude, lunettes de travers et jean au dessus des chevilles. Il arbore fièrement un vieux t-shirt noir avec un chef indien dessus, ou un loup, ou un truck américain, on ne sait plus. Le mythe du rockeur en prend un coup mais grâce à ses amplis qu'il bricole lui-même (selon la légende!) et à son son volontairement bien sec et bien criard, il ne sera pas le seul à repartir décoiffé du concert.

Sobriété, simplicité et droit au but : Shellac donne tous ses concerts les trois musiciens alignés sur la même ligne, au bord de la scène. Tous les néons du plateau sont allumés, sans couleur, sans fumée, sans artifice, et fait ainsi l'économie du light-jockey. Pas de quoi redresser l'emploi au Portugal, c'est à noter.

Todd Trainer prend possession de sa batterie. Elle est minuscule, les fûts et les cymbales sont réglés à plat, c'est la classe. Lui a sa tête des jours furieux, et avec cette perpétuelle lueur de pure folie dans les yeux, ses baguettes vont passer un sale moment. Le jeu de batterie de ce type est un monument d'énergie brute canalisée par une précision machinale. Un jeu minimaliste mais hyper-créatif développé par un mec en transe, possédé comme un démon qui s’emploie à faire sonner chaque coup à la perfection.

Jeu de batterie massif et gros son de basse encore plus massif et bien devant, c'est bien du Shellac, pas de doute on y est. Bob Weston ne ressemble à rien lui non plus. Trois bouclettes désordonnées qui battent la mesure et le bide qui sort du pantalon, pas besoin de plus pour faire bouger deux mille personnes dès que son médiator s'énerve.

Les morceaux s'enchaînent, avec les vieilles ficelles comme Prayer to god, The end of the radio, Squirrel song, Dog and pony show, A minute. La foule est à bloc, le job est fait, et comme d'habitude avec la manière. Leurs petits jeux sur scène sont les mêmes (Steve et Bob qui sortent de scène tout en jouant, qui démontent la batterie au milieu d'un morceau, Todd qui balade sa caisse claire, etc.) mais personne ne s'en soucie tellement les mecs se font plaisir et s'emploient à rendre leur concert interactif et unique. Et ce son... En campant stratégiquement au milieu de la fosse devant la console, le son est parfait, d'une puissance irrésistible. Il n'y a plus qu'à sauter au plafond.

Shellac est bien l'anti-groupe de scène. Ou du moins le groupe de l'anti-scène. Enfin, le groupe anti-quelquechose, ça c'est sûr. Radical, minimaliste, désinvolte, on est loin du show à l'américaine. Et leurs concerts sont incroyables. Une heure d'engagement maximal où seuls le gros son et l'énergie comptent. Même les personnes en apparence réticentes à la musique de Shellac ressortent de leurs concerts vidés et ahuris, mais gonflés à bloc. Cette fameuse énergie si communicative...

D'ailleurs, tout cela me rappelle que je n'ai jamais vu Fugazi en concert.

Hey Shellac of North America, see you next year.

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Photo Concert Shellac, Porto (pt), Optimus Primavera Sound Festival, le 00.00.0000

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