Shannon Wright

Toulouse, La Dynamo - 14.11.2010

Passage de Shannon Wright dans la ville rose en novembre dernier, pour le Festival d'Automne...

» Compte Rendu

le 27.12.2010 à 00:00 · par Rémi Q.

C'est avec une certaine appréhension que j'attendais la venue de Shannon Wright sur la petite scène de la Dynamo. Un mot sur la salle : petit bar-concert ouvert l'été dernier, faiblement éclairé, au plafond haut, avec balcon circulaire et une statue de la Vierge posée en hauteur sur l'un des murs. Un cadre à la fois intimiste et un peu mystique, peut-être le vestige d'un établissement religieux (un réfectoire ?), tailladé par la bière, la sueur, les concerts. Endroit idéal pour passer un moment intime avec Shannon, que je suis depuis plus de cinq ans sans avoir eu encore l'occasion de la découvrir sur scène.

Derrière la scène, un écran projette la photo de trois personnes âgées, assises dans la semi-obscurité d'une maison de retraite. Manière de nous dire qu'on finit tous au même endroit, qui que l'on soit ?

En tous cas, tout de noir vêtue, Shannon, accompagnée de deux garçons sobres et discrets à la basse et à la batterie, nous aura balancé en plein poire un set d'une tension quasiment insoutenable. Les concerts de Shannon Wright ont la réputation d'être particulièrement intenses. J'ai réalisé une chose ce soir là : le mot est faible.

Venue défendre son petit dernier Secret Blood, retour à un son plus agressif et torturé, Shannon ne lui fait pas forcément la part belle, et en profite pour faire remonter de son répertoire les morceaux les plus violents. Ainsi, les albums Dyed in the Wool et surtout l'inoubliable et difficile Over the Sun seront largement représentés. Shannon, possédée, manie sa guitare comme un hachoir, la batterie et la basse cognent dans l'estomac. Au milieu de cette aridité instrumentale, il y a cette voix, timide au début puis se frayant progressivement une place, s'imposant au fur et à mesure que la miss plonge dans sa musique comme dans une eau noire, oubliant peu à peu le regard du public.

Shannon est peu loquace sur scène, à peine un faible « merci » de temps en temps. Nous verrons très peu son visage. Comme rempart entre son âme, mélange de force et de pudeur, et nous, ses cheveux tombant devant son visage, lui donnant l'aspect d'un cousin Machin en version grunge et féminine. Parfois (rarement), le nez dépasse, et puis surtout cette bouche immense, grande voûte où se libère la souffrance. Un concert de Shannon Wright est un exutoire pour elle-même. Il y a quelque chose de profondément dérangeant, ressenti parfois sur les disques, d'être de trop, d'avoir ouvert une porte et de rester comme hypnotisé face à un grand déballage de reliques douloureuses, qui finalement ne nous concernent pas et que l'on aurait jamais dû voir. Je me suis donc senti malgré moi dans la position d'un voyeur. "Et les voyeurs qui payent pour voir un exhibitionniste, c'est petit" (Desproges). Le besoin de tout lâcher est trop fort et va au delà de l'exhibitionnisme pourtant. il finit par prendre le pas sur le reste, détruit toute résistance sur son passage. se matérialisant dans une série de cris amers et éplorés. La miss, hagarde, se balance, chante à fleur de peau ou vomit son amertume, cambrée sur le micro, dans une attitude de défiance suicidaire. Le public, souvent immobile de stupeur, comme pris au piège d'un poison paralysant, se dégourdit parfois pour manifester sa joie aux premiers accords entortillés et venimeux de With Closed Eyes ou se tait religieusement aux derniers souffles de You'll be the Death.

Seulement deux titres seront joués au clavier (son fameux Wurlitzer), dans un calme tout relatif, Shannon n'hésitant pas nous expédier un Hinterland secoué de rapides convulsions rageuses.

Comme je ne voulais pas perdre une miette du concert, et que mon vieil argentique gênait toute la foule autour de moi, très compacte, je n'ai pris qu'une seule photo. Je crois qu'il n'y avait pas besoin d'en faire plus vu le résultat, qui, selon moi résume tout, du noir et encore du noir :

Le concert se termine par une longue ovation. C'est à ce moment là qu'un beau moment, beau dans l'éphémère, survient. Shannon nous regarde enfin, et nous adresse un grand sourire humble, la main sur le coeur. Visiblement émue par l'accueil toulousain, elle semble revenue d'un monde dangereux, et, encore convalescente, nous remercie de l'avoir soutenue dans sa traversée de l'obscurité.

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Photo Concert Shannon Wright, Toulouse, La Dynamo, le 14.11.2010

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