Nicolai Dunger

Paris, La Flèche d'Or - 04.12.2010

Nicolai Dunger et ses acolytes suédois pour la deuxième édition du festival ÅÄÖ

» Compte Rendu

le 20.12.2010 à 06:00 · par Mathias K.

Décembre à Paris : la neige qui fond trop vite, le froid méchant. Heureusement, il existe, même en cette période d'hiver précoce, des festivals pour se réchauffer. ÅÄÖ (prononcez O-AI-E) est de ceux-là et il tombe fort bien, puisqu'il a vocation à représenter à l'intérieur de nos frontières la musique qui se fabrique actuellement en Suède. Mais le festival s'éloigne des sentiers les plus connus (The Hives, The Knife et Radio Dept) pour aller explorer des choses habituellement moins exposées sous nos lattitudes.

Pour cette deuxièmes édition, le festival ÅÄÖ s'est déployé sur cinq dates à Paris, du mercredi 1er au lundi 6 décembre 2010, et couvrait des artistes venus d'horizons différents, allant de la pop au folk, en passant par le rock et la chanson.

Petit rappel de la programmation. Le premier décembre à la Maroquinerie, Jay Jay Johansson, Anna Järvinen et Prince of Assyria. Le 2 décembre, Nina Kinert et son groupe donnaient un live à l'Institut Suédois, dans le troisième arrondissement. Le 3 décembre, Yaya Herman Dune, Nina Kinert à nouveau et les très chouettes Bye Bye Bicycle investissaient le Point Ephémère. Le 4 décembre, c'est Nicolai Dunger, précédé de Frida Hyvönen et Anna von Hauswolff qui jouaient devant un public dense à la Flèche d'Or. Et le 6 décembre, retour au Point Ephémère pour le concert final de The Concretes, qui effectuaient leur grand retour, Pacific! accompagnés par Sarah Assbring du groupe El Perro del Mar.

Nous étions présents aux soirées du 4 et du 6 décembre. Petit compte-rendu.

Le samedi à la Flèche d'Or semble avoir drainé beaucoup de monde. Il faut dire qu'entre les amateurs de folk venus pour Nicolai Dunger, qui a publié récemment son très bon album Play, et les hipsters plutôt attirés par la petite réputation d'excentrique (pour situer : une tournée récente en vêtements léopards, pour servir une musique nourrie d’arrangements pour choeur ; des textes plutôt trash entre le biographique et le complètement inventé) que se taille tranquillement Frida Hyvönen, il y avait de quoi réunir du monde. Le set de la chanteuse nordique sera finalement assez peu conforme à l'image d'Epinal que les Français se font de la Suède. Loin d'être cérébrale, la musique de Frida tire vers une sorte de cabaret à la fois festif et brechtien, que n'aurait pas renié Kurt Weil et qui fait penser (la dimension électronique en moins) à ce que fait une artiste comme Kevin Blechdom en ce moment même aux USA. Soit, une musique exubérante, nourrie d'influences classiques, souvent savante malgré sa dimension immédiate et n'hésitant pas à piétiner le confort musical de l'auditeur par de brusques changements de registres, du très mélodramatique au clownesque résolu. Ce 4 décembre, entre citations de Whitney Houston, vocalises virtuoses et connivence forte avec le public, la belle s'en donne à coeur joie, même si l'instrumentation reste d'une sobriété étonnante : un piano, un violoncelle. Mais la sympathie de Frida, la justesse émotionnelle de ses morceaux se passent aisément des arrangements dans lesquels, par ailleurs, elle excelle.

Nicolai Dunger, lui, évolue dans une sphère plus familière : un folk élégant autant acoustique (superbe guitare douze cordes, au passage) qu'électrique, capable de quelques percées électriques du plus bel effet, nourri de blues et de country, et fondé sur un songwriting éprouvé. Ce soir, il joue essentiellement des titres de Play, son seizième album paru chez Fargo, déclaré par lui-même son plus abouti. Ouvrant au piano avant d'être rejoint par son groupe, l'homme est peu disert, mais chaleureux. Il enchaîne rapidement des titres qui ont pour effet immédiat de déchaîner un petit groupe de fans suédois fous furieux, qui ne tarissent pas d'éloges si l'on en juge au bruit qu'ils font. De quoi, en fin de compte, secouer un public qui se laissait facilement bercer par la douceur apaisante de ces chansons sereines, dont la tristesse semble avoir été chassée pour de bon. Entre Crazy Train, Time Left to Spend ou Razzia, il livre donc une bonne partie d'un album qui gagne à être écouté et réécouté, et qui mûrit comme le bon vin.

Le lundi 6 décembre sera plus électrique et plus festif. Joie, je croise à nouveau la bande de suédois fous. C'est l'occasion d'une petite discussion musicale dans un mauvais anglais, pour leur demander entre autres ce qu'ils font dans la vie et ce qui pouvait bien les déchaîner à ce point samedi. Où j'apprends que la Suède envoie en France beaucoup d'étudiants en biologie et d'ingénieurs en missions, que le suédois a l'alcool et le contact facile, et qu'il est fort chaleureux (il faut voir son embarras penaud lorsque je lui dis qu'il a fort indélicatement bousculé la jolie invitée qui m'accompagnait samedi !). Et les voilà qui me parlent de la musique suédoise avec une oreille et un regard suédois : le statut culte que tient là-bas The Concretes, la chance qu'on a de pouvoir assister à un de leurs lives après de longues années de silence, leur joie de pouvoir écouter sur scène un album qui a surpris tous les street kids du pays par son virage résolument disco. La conversation à peine close, le set de The Concretes commence. Guitares affutées, son nickel, basse vrombissante, groovy, dont les motifs microscopiques remuent furieusement, batterie discrète ô combien élégante, voix féminine sur la brèche : si le public est calme, on ne peut qu'être d'accord avec nos ambassadeurs et amis : c'est un excellent groupe. La formule qu'il creuse n'a rien d'inédit, mais il le fait avec une maestria et un plaisir si évidents qu'il est difficile de ne pas se laisser ravir par la musique. Et de fait : le public se dégèle vite, mouvemente son corps en cadence, bat le rappel.

Pacific! creuse le même sillon, même si le groupe débarque sur scène dans des robes de moines d'apparence bien peu discoïdes. En France, le groupe est essentiellement connu via le soutien du blog Fluokids, qui avait défendu passionnément son premier album Reveries. Les voilà qu'ils livrent une pop indé nourrie d'influences surf et sixties, avec une touche homéopathique de sons synthétiques, et surtout, nouveauté de taille par rapport à l'album, la voix omniprésente de Sarah Assbring du groupe El Perro del Mar. Les titres de Reveries s'en trouvent notablement transformés et gagnent en incarnation. Pourtant, le trio reste en retrait, comme détaché de sa musique : l'investissement qu'il jette ce soir dans sa musique semble moindre et si le set reste bon, il manque un peu de surprise et de piment. Rien qui n'empêche d'apprécier la musique à sa juste valeur. D'ailleurs, je me suis fait des copains ce soir et ce genre de rencontre transfrontalières/translinguistiques vaut tous les concerts du monde. On remet ça l'année prochaine !

Retour haut de page

Photo Concert Nicolai Dunger, Paris, La Flèche d'Or, le 04.12.2010

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.