Elysian Fields

+ Nadj

Grenoble, Le Ciel - 30.09.2003

» Compte Rendu

le 02.10.2003 à 12:00 · par Antoine D.

Malgré une mise en vente des places six jours avant le Jour-J, et sans grande promotion, la salle du Ciel (Grenoble) accueillait à guichets fermés Nadj et les new-yorkais d'Elysian fields, preuve que le bouche-à-oreille avait bien fonctionné durant la semaine. Il s'agissait de la seconde venue d'Elysian fields au Ciel, deux ans après un concert qui avait amené Jennifer Charles à écrire sur le site officiel du groupe : "Grenoble has the most gorgeous scenery. I'd recommend it to anyone". Il est vrai que Le Ciel est une salle qui offre des conditions optimales pour la musique d'Elysian fields : intimisme (150 places environ) et places assises (fauteuils, s'il vous plait) idéales pour se faire pleinement absorber par le son. Si l'on ajoute la politique de prix (8€ la place), et l'excellente qualité acoustique, force est de constater que tous les éléments sont réunis pour passer une excellente soirée.

La première partie est confiée à la chanteuse d'origine lyonnaise, Nadj, accompagnée par un bassiste et un batteur lookés à la Iggy Pop (jeans et torses nus), la qualité de jeu en moins. Le trio débute par trois morceaux allant crescendo vers le rock énervé, avant que Nadj ne troque sa guitare électrique pour une guitare électroacoustique pour deux titres en solo, qui resteront les plus réussis du set (notamment le titre Les cibles). Pour la dernière ligne droite, ses deux compères la rejoignent, pour renouer avec des compositions proches des trois morceaux d'introduction. Si l'on se doit reconnaître les qualités techniques de la voix et du jeu de Nadj, l'ensemble reste malheureusement trop décousu et linéaire, en raison du manque de richesse de la section rythmique. A leur décharge, on plaidera le manque de cohérence de la programmation : la musique de Nadj n'étant vraisemblablement la plus appropriée pour introduire Elysian fields, d'autant plus que les lacunes du bassiste et du batteur ne seront que plus apparentes lorsque les musiciens virtuoses d'Elysian fields entreront en scène.

Vers 22h, c'est au tour d'Elysian fields d'investir Le Ciel. Tandis que chaque membre du groupe rejoint son poste, Oren Bloedow, coiffé d'un bérêt qu'il ne gardera pas longtemps en raison de la chaleur ambiante, nous fait profiter des différents effets planants de sa guitare, avant que Jennifer Charles ne sorte nonchalamment de l'ombre pour se saisir du micro et entamer un Tides of the moon pétrifiant : sa voix éthérée plonge alors la salle entière dans une atmosphère cotonneuse, où le public n'a d'yeux que pour cette silhouette en robe et gants noirs. Visiblement heureuse d'être sur scène comme en témoigne son "C'est bon d'être ici" (en français dans le texte, et sans accent), Jennifer Charles est entourée d'un quartet de grande classe : un batteur dans la plus pure tradition jazz dont le toucher et la diversité de jeu vont jusqu'à rappeler Jorge Rossy (Brad Mehldau trio), un bassiste (Shahzad Ismaily) gardant la plupart du temps les yeux clos et murmurant les paroles tout en imprégnant des notes particulièrement intenses, un claviériste (Thomas Bartlett) officiant au Fender Rhodes et à l'accordéon, et enfin Oren Bloedow, sublime guitariste de bout en bout. Mélangeant les morceaux du dernier album (Dreams that breathe your name , 2003) et les titres de leurs précédents opus, Elysian fields atteint des niveaux de sensualité difficilement égalables, et impose une grande diversité de jeu, allant d'un Bend your mind fiévreux, à un Off or out aux traits orientaux parfaitement dessinés par le sitar d'Oren Bloedow et les percussions de Shahzad Ismaily. Par la suite, Oren Bloedow se prête à une introduction digne d'un Grant Green, avant que Jennifer Charles ne vienne fredonner un " dou lou dou dou dou " indiquant les prémices d'une reprise des Beatles, Happiness is a warm gun (issu du mythique White album, 1968), qui verra son apogée dans une envolée batterie/guitare de toute beauté, Oren étirant les cordes de sa guitare à l'extrême. A cette furie, succède l'un des morceaux les plus réussis du dernier album, Passing on the stairs, alternance des voix d'Oren et de Jennifer, soutenue par une basse qui atteint ici la profondeur d'une contrebasse (Shahzad Ismaily a choisi une étrange position accroupie, pour ce morceau). Le set se termine sur un second rappel (When) qui verra s'exprimer la quintessence de la voix de Jennifer Charles, avant que ses yeux ne se perdent dans le vide : à cet instant, le temps semble s'être suspendu, et il lui faudra quelques secondes pour reprendre ses esprits et saluer un public conquis. Elysian fields est parvenu à transformer Le Ciel en paradis.

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Elysian fields (photo Eric Auv, http://lebonbonacidule.free.fr)

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