Grails

Et si le Graal était à Portland ?

» Interview

le 14.01.2004 à 00:00 · par Antoine D.

Peux tu nous présenter Grails (membres, instruments, vos side-projects, votre rencontre…) ?

Je suis guitariste, William Slater est notre pianiste et bassiste, Timothy Horner (aka Jeez) est au violon, Emil Amos à la batterie, et Zak Riles joue lui aussi de la guitare. Emil travaille aussi au sein de Holy sons, Zak dans un autre groupe du nom de Peace Harbor, et Timothy a joué pendant longtemps avec Jackie-O Motherfucker. Nous avons commencé à jouer ensemble il y a trois ans de cela, au départ c'était plutôt un coup d'essai, comme une sorte d'expérience ponctuelle… mais ça s'est avéré bien meilleur que nous ne l'espérions.

Quelle est la raison du changement de nom du groupe, puisque vous aviez préalablement sorti 2 EPs sous le nom de Laurel canyon ?

Nous avons changé le nom du groupe et l'avons appelé Grails, en raison d'un film américain (et de sa bande origine) appelé Laurel Canyon. Le film est sorti la même année que notre premier EP, et nous pensions que ça pourrait prêter à confusion.

Votre album, The burden of hope est sorti sur le label Neurot recordings, ce qui, à première vue, peut paraître surprenant puisque les groupes présents sur ce label sont assez différents de vous. Peux tu nous donner ton point de vue là-dessus ?

En fait, les disques Neurot se diversifient pas mal du point de vue du style. Je pense que c'est indispensable que nous soyons assez différents des autres artistes du label : je trouve que les labels se limitant à un genre spécifique sont incroyablement ennuyeux. Une fois cet élément pris en considération, je ne vois pas de problèmes particuliers à déroger aux attentes des gens.

A la première écoute de The burden of hope, j'ai ressenti la présence de plusieurs influences dans votre musique, et cela m'a rappelé plusieurs groupes : l'intensité émotionnelle de Dirty Three, le coté " toujours prêt à bondir " de Jackie-O Motherfucker, certains cotés rock / folk à la Sun kil moon, et aussi des structures classiques à la Philip Glass. Mais à la fin du disque je me suis dit que vous parveniez à fournir une vision très personnelle. Au-delà des groupes avec qui l'on pourrait vous comparer, comment conciliez vous vos différentes influences musicales ? Comment les intégrez vous aux compositions ? Quelle est votre façon de construire les structures de vos morceaux et avez-vous un mode d'écriture spécifique ?

Je pense que ça n'a jamais été pour nous un acte conscient d'intégrer différents styles, il faut simplement y voir le résultat naturel de l'influence de chacun des cinq membres, chacun ayant un univers musical très différent. Chaque membre contribue et joue à partir de ce qu'il connaît, et ceci couvre un large éventail de styles et d'écoles musicales (folk, classique, hardcore, et même le jazz …). C'est juste une histoire d'avoir collectivement un large vocabulaire musical à partir duquel on peut créer. Concernant les modes d'écritures, je crois que c'est assez varié. Certaines chansons sont écrites avec beaucoup d'attention et sont très répétées, tandis que d'autres prennent forme sur l'instant, dans le studio. C'est juste que ça devait arriver de cette façon là. J'aime à penser que ces deux approches opposées sont mutuellement bénéfiques, chaque méthode apportant de l'énergie à l'autre.

La reprise de Space prophet dogon (originellement écrite par Sun city girls) est assez révélatrice de Grails : vous avez remplacé la voix par un violon qui dégage beaucoup d'émotions, et le son est particulièrement puissant, notamment la batterie. Pourquoi avoir choisi cette chanson, a-t-elle une signification particulière pour vous ?

Nous étions très fans de l'album (Torch of the mystics) dont cette chanson est tirée. C'est un disque sur lequel nous serions probablement tous d'accord pour dire qu'il s'agit d'un des plus grands disques ayant jamais été enregistrés. Je pense aussi que ça nous semblait original qu'un groupe instrumental reprenne une chanson comportant une voix. Mais maintenant que j'y repense, je ne suis toujours pas sûr que c'était une bonne idée…

Est-ce que Sun city girls fait partie des groupes qui vous ont donné envie de jouer de la musique ?

Sun City Girls fait très certainement partie des groupes qui inspirent. Ils sont de ces groupes qui possèdent un grand sens du hasard, toute cette énergie imprudente, tellement puissante, totalement enivrante. Rien que leur approche pour faire de la musique est fascinante. Un groupe comme Trumans Water en est un autre exemple. Maintenant, je ne sais pas si des groupes comme ceux là ont pu nous influencé sur un plan musical, mais ce qui est sûr, c'est qu'ils nous ont bougé le cul un paquet de fois.

Et plus généralement, y'a-t-il des artistes qui vous particulièrement donné cette envie ?

Oui, bien sûr. Cependant, je ne voudrais pas commencer à donner des noms, parce que ce serait une liste infinie. Certaines semaines, on pourrait ajouter d'autres noms quotidiennement. Aujourd'hui…Astor Piazzolla. Demain… peut-être Master of Puppets.

Lorsque j'écoute de la musique instrumentale, j'imagine que chaque auditeur (et peut-être vous, en tant que musiciens) aura une vision unique et très personnelle des chansons. Cependant, certains éléments comme l'artwork, les titres des chansons et de l'album peuvent donner des indications ou suggérer une thématique. Par exemple, The march a une ambiance très funéraire, pleine de nostalgie. Quelle est votre relation aux mots et à l'artwork ? Les titres ont-ils une signification bien définie où sont ils le fruit du hasard, une évocation d'un instant donné ?

Tu sais, les titres des chansons, c'est toujours un truc un peu emmerdant. L'autre jour, je lisais les notes d'un disque de Mingus, et il expliquait à quel point il détestait mettre des titres à ses chansons. Quoi qu'il en soit, je crois que les titres ont leur importance, mais quand il s'agit de les attribuer, ça tient plus de la corvée. Ils n'ont pas de sens particulier, leur fonction est simplement de donner un petit plus au contexte émotionnel. Vague, sans être trop vague. Nous reconnaissons juste la nature subjective de l'expérience qui consiste à écouter un disque, ce qui débouche probablement sur des analyses exagérées avec la musique instrumentale. L'artwork, nous l'avons choisi uniquement pour sa valeur esthétique. Mais heureusement, comme tu dis, tout se combine pour suggérer une sorte de thème très général, un cadre de base sur lequel chaque auditeur pourra projeter ce qu'il veut.

Y'a-t-il d'autres domaines artistiques qui vous inspirent tout particulièrement… le cinéma, la photo, la peinture, la littérature… ?

Les films, très certainement. D'ailleurs, le titre de l'album nous a été inspiré par "The burden of dreams", un documentaire sur le tournage du film de Werner Herzog, "Fitzcarraldo".

Parlons de Grails en live : avez-vous une conception différente de la musique entre le studio et les concerts ? Plus d'énergie ? Plus de place à l'improvisation ?

En studio, on enregistre principalement dans les conditions du live, alors non, notre musique ne change pas trop quand on est sur scène. C'est juste beaucoup plus fort. Certaines chansons sont partiellement improvisées à chaque fois que nous les jouons, mais on essaie de restreindre le côté brouillon à son minimum. On a de la chance dans le sens où si l'on joue vraiment bien, les gens pensent qu'on est " carrés ", mais si on joue négligemment, les gens vont considérer que c'était TOUT improvisé.

Vous allez tourner aux Etats-Unis en 2004. Et vous serez d'ailleurs en concert avec Low prochainement. J'aimerais savoir si les tournées sont favorables aux rencontres avec les autres groupes ? Est-ce que ça vous permet d'échanger vos points de vue sur la musique ?

Nous avons joué avec des groupes incroyables et rencontré des gens merveilleux sur les tournées, mais pour les groupes avec lesquels le courant est bien passé, je pense que c'était plutôt de l'admiration mutuelle, plus de la camaraderie que de l'échange de points de vue ou ce type d'interaction.

Et allez vous bientôt tourner en Europe ?

Oui, nous allons tourner en Europe cette année, à l'automne ! Nous sommes vraiment très excités à l'idée de cette tournée.

Certains membres sont impliqués dans d'autres projets. Est-ce que, justement, c'est un problème pour vous, pour composer, répéter et tourner ?

Oui, c'est un problème pour les tournées. La conséquence, c'est que notre capacité à tourner est très limitée par rapport à plein d'autres groupes. C'est un peu la guerre des calendriers. On aimerait tourner plus, mais ce n'est pas vraiment possible.

Quel est le futur de Grails ? Est-ce que vous pensez déjà à un nouvel album ? Et si oui…j'ai entendu du piano et du saxophone sur votre premier album, est ce que vous pensez leur donner une place plus importante, où peut-être faire appel à d'autres nouveaux instruments ?

Nous travaillons en ce moment sur un nouvel album. Et on espère qu'il sera prêt pour l'automne, justement pour qu'il coïncide avec notre tournée en Europe. Et sinon, oui, il fera appel à une instrumentation plus variée. Mais pas de chorale d'enfants. Pas maintenant, en tout cas.

Ma dernière question, c'est une question " playlist " :

Quel sont les albums que tu as écouté ces derniers temps ? Et quels sont tes favoris de l'année 2003 ?

Alors, pendant que je répondais aux questions :

Neil Young - Tonight's the night

Astor Piazzolla - Tango zero hour

Led Zeppelin - Physical graffiti (disque 2)

Labradford - Labradford

Sinon, je n'ai pas trop acheté de nouveautés en 2003, mais sur ce que j'ai écouté (et dont je me rappelle) :

Angels of light - Everything is good here / Please come here

La réédtion de The Ascension de Glenn Branca

Sun kil moon - Ghosts of the great highway

Alasdair Roberts - Farewell sorrow

Khanate - Things viral

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