Bedhead

+ The Kadane Brothers

+ The New Year

Brothers in arms

» Interview

le 26.06.2009 à 06:00 · par Eric F.

Voilà une interview publiée avec une vitesse comparable à celle avec laquelle les frères Kadane nous offrent des nouveaux disques de The New Year... Dire qu'ils n'étaient pas vraiment dans leur assiette à Lyon serait un doux euphémisme. Entre un concert livré tard la veille après un époustouflant passage de Come et un trajet Castellon - Lyon pour le moins longuet, il faut dire qu'il y avait de quoi être fatigué. Ce qui ne les a bien sûr pas empêchés de nous recevoir dans leur loges sans jamais quitter la gentillesse qui les caractérise si bien. L'occasion était rêvée de faire le point avec eux sur le retour tant attendu de The New Year.

Matt Kadane : C'est chouette que ces loges soient non-fumeur. Nous avons toujours joué avec au moins une personne qui fume, mais même ces gens-là ont horreur de la fumée dans les salles de concert.

Il a fallu attendre votre retour pendant de longues années. Qu'avez-vous fait entre The End Is Near et The New Year ?

M.K. : On a fait ce qu'on a toujours fait jusque-là, à savoir travailler. Rien de spécial ne s'est produit pendant ces quatre années. J'ai déménagé mais ça n'a été un évènement majeur que de courte durée pour moi. On est très pris par nos emplois, c'est pour ça que le disque a mis tant de temps à voir le jour.

Quand avez-vous commencé à travailler sur The New Year ?

M.K. : On a commencé pour le réveillon du jour de l'an 2005. On est entré en studio en août 2007 et on a terminé début 2008.

Bubba Kadane : Ca n'a pas pris quatre ans à faire ce disque entre le moment où le premier morceau est né et la fin de l'enregistrement. Ca a du durer deux ans à peu près, avec des périodes de relâche. Ca s'est pas mal étiré.

Ce disque est intéressant dans le sens où il reprend les mêmes codes esthétiques que les précédents comme l'artwork ou le titre mais alors que le premier disque était "le disque de la batterie" celui-ci est plus "le disque du piano", non ?

M.K. : Oui, c'est vrai. On n'y réfléchit pas vraiment en ces termes mais je reconnais que c'est une observation fondée. C'est la différence principale, mais c'est assez drôle car les gens nous disent soit que ce disque est très différent alors que d'autres ne voient pas beaucoup de changement. Personne ne nous avait encore dit qu'il y avait des deux. Je pense que tu as raison d'ailleurs. Le processus est identique mais il y a quelques légers changements, on n'avait pas forcément de plans par rapport à ça. Je trouve que cet album s'inscrit dans la continuité de ce que nous faisons.

Il semblerait que vous vous soyez plus concentrés sur les chansons en elles-mêmes, il n'y a plus vraiment de morceau "épique".

M.K. : Folios est sûrement le morceau qui se rapprocherait le plus de ça, mais c'est à peu près le seul, effectivement.

B.K. : Beaucoup de gens ont commenté l'enchaînement des titres du disque. Ca n'est pas quelque chose que les gens analysent d'habitude. Même le reste du groupe, en découvrant l'ordre final, a réagi là-dessus en premier. Je pense que c'était l'enchaînement parfait. Je pense que le disque peut avoir un côté épique par sa conclusion.

Vous êtes-vous mis d'accord sur les thèmes des chansons que vous avez écrites ? Je pose cette question parce qu'il me semble que le disque représente l'histoire d'une personne unique.

B.K. : Je n'avais jamais entendu dire ça avant, c'est une façon intéressante d'aborder le disque.

M.K. : On ne pourrait pas le réduire à ça désormais. Il y a quatre ou cinq thèmes sur ce disque et c'est en partie pour ça qu'on ne lui a pas donné de titre. On ne savait pas vraiment quel dénominateur commun il fallait donner. Je pense que tous les morceaux parlent de choses qui finissent par se relier d'une façon ou d'une autre.

Chaque chanson semble continuer une histoire.

M.K. : Et quel serait le scénario de cette histoire selon toi ?

Il y a cette personne sur Folios qui ne doit pas beaucoup apprécier sa vie et qui décide de s'en aller dans l'espoir de jours meilleurs. La chanson d'après, on le voit sur la route pour aller vers autre endroit, synonyme de nouveau départ. La situation déboule finalement sur une conclusion pessimiste avec l'enchaînement My Neighborhood - The Idea Of You qui sonne comme un constat d'échec quant à l'évolution de ce personnage.

M.K. : Il y a ce besoin de partir, oui. Ton analyse me paraît assez sensée.

B.K. : Je n'avais jamais pensé à ces chansons liées de cette façon...

M.K. : On vieillit et on a de plus en plus de regrets (rires).

Il y a un peu d'amertume dans les paroles, alors que la musique semble plus optimiste.

B.K. : C'est vrai, surtout sur ce disque. Je pense que les gens qui ne prêtent pas trop d'attention aux textes vont trouver ce disque assez optimiste.

Certains morceaux pourraient même être vus comme des chansons pop.

M.K. : The Company I Can Get est la chanson la plus pop et la plus optimiste que nous ayons pu écrire.

Peux-tu nous expliquer d'où viennent les paroles ?

M.K. : Le premier couplet vient de ce trajet que je faisais souvent, le second d'un autre. Le vrai sentiment dans cette chanson est que je voulais tuer tout le monde sur la route. Je me suis dit que c'était un peu faible, j'ai donc pris la liberté d'ajouter d'autres choses, mais c'est le mythe du morceau. Non, je rigole.

Qu'est-ce qui vous a poussé à donner une si grande importance au piano ?

M.K. : J'ai commencé à en jouer tout petit. J'en ai acheté un il y à quinze ans, mais je n'avais jamais eu de place, ma mère le gardait. Je l'ai récupéré il y a trois ans, beaucoup de chansons du disque sont nées sur ce piano.

Est-ce que Folios est une sorte de clin d'œil à Bedhead ? Je trouve qu'elle ressemble beaucoup à The Present.

M.K. : Oui, on nous l'a déjà dit. Je ne pense pas que c'était volontaire. Ces deux titres partagent ce changement en plein milieu du morceau.

B.K. : Je pense que c'est l'extension de la structure d'accords qui fait cela, ainsi que le fait que la voix arrive assez tardivement.

M.K. : La progression d'accords ne change pas ceci dit, alors qu'il y en a deux dans The Present. Donc pour te répondre, ça n'était pas fait exprès. Si nous trouvons que ça ressemble un peu trop à quelque chose que nous avons déjà fait, nous cherchons des moyens pour que la similitude s'estompe un peu. Mais oui, puisque ces chansons viennent de nous, je pense qu'on peut y voir une continuité.

Y a-t-il des groupes qui vous ont influencé pendant l'enregistrement du disque ?

M.K. : On a tendance a se fermer en général.

B.K. : On n'écoute pas vraiment de groupes récents à vrai dire. On n'a pas vraiment le temps d'écouter de la musique quand nous sommes en studio. On ne traîne pas à jouer aux jeux vidéos ou je ne sais quoi. On ne s'arrête jamais pour tout coucher sur bande. Il y a eu tellement de parties de guitare sur ce disque ! Je me rappelle m'être senti débordé avec plus de deux cent parties musicales à enregistrer avec un son à définir pour chacune d'entre elles. Il faut ensuite s'assurer que tout colle bien. Nous n'écoutons donc pas grand chose d'autres que ce que nous faisons, il faut que tout soit préparé avant d'entrer en studio car le temps est limité. On s'investit énormément dans ce que l'on fait. Je n'ai absolument rien écouté d'autre pendant l'enregistrement. La seule fois où c'est arrivé fut pendant le mix, histoire d'avoir des références au niveau du son. Si je connais un disque dont j'ai toujours pensé qu'il sonnait très bien, je vais l'écouter pour m'assurer que tout le spectre sonore que nous recherchons y est.

M.K. : Et c'est toujours les mêmes vieilleries. Je pense qu'on essaye de garder à l'esprit quels disques nous ont vraiment plu au niveau du son. Il y a quelques groupes que nous avons écouté, ça n'est pas comme si on était totalement hermétiques non plus. J'aime beaucoup Deerhoof. On reçoit souvent des disques par Touch & Go et il y en a beaucoup qui me plaisent. J'écoute beaucoup de musique en tournée, sûrement plus qu'à n'importe quel autre moment. Je ne sais pas toujours ce que j'écoute mais j'essaye de me tenir informé. J'essaye vraiment de m'y remettre.

B.K. : C'était étrange, j'avais une heure pour aller au studio où on mixait. Alors que je pensais que c'est là que j'en aurais le moins envie, c'est à ce moment que j'ai commencé à mettre de la musique dans la voiture. Je voulais vraiment entendre des choses différentes, mais ça m'a surpris que je veuille écouter de la musique.

Matt, tu as récemment fait une interview où tu devais dire ce qui passait sur ton I-Pod...

M.K. : Oui et l'appareil est quasi mort juste avant l'interview (rires). J'ai dû le retrouver, je l'ai préparé et il a commencé à me mettre plein de signes bizarres juste à la fin de l'interview, des trucs que je n'avais jamais vus. Quand on me l'a offert, je l'ai branché sur mon ordinateur et j'ai transféré toutes les merdes que je n'écoutais jamais dessus. C'est utile en tournée, car quand tu essayes de dormir dans le van, c'est souvent ce moment que tout le monde choisit pour se mettre à parler. J'essaye de noyer tout le bruit, j'ai même acheté des nouveaux écouteurs. J'ai écouté pas mal de trucs que j'ai récupéré sur l'ordinateur d'un ami mais rien ne me semblait avoir un son correct. Le seul que j'ai trouvé vraiment très bon, c'est le premier Black Box Recorder, England Made Me. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai toujours aimé ce disque. J'aime beaucoup la voix de Sarah Nixey.

A ce propos, vous n'avez jamais pensé à rajouter des voix féminines sur vos morceaux ?

M.K. : Il y a deux notes sur My Neighborhood qu'on n'entend pas vraiment. Le clavier est doublé par une voix féminine, donc techniquement on l'a déjà fait (rires). On l'a mixé très très bas. C'est ma femme qui chante et sa voix est loin d'être parfaite on a donc dû la baisser. Quand elle l'a écouté elle n'a pas réussi à s'entendre.

B.K. : Tu l'entendras sûrement si tu la réécoutes désormais.

M.K. : Il faudrait qu'on trouve quelqu'un avec qui ça collerait bien. En tout cas on ne mettrait pas forcément un véto dessus. Pareil pour un solo de sax (rires). Il faudrait que ça soit le bon. Et c'est très rare.

En effet, j'essaye d'en trouver un bon là...

M.K. : Roxy Music, il y en a toujours des bons chez David Bowie...

B.K. : Walk On The Wild Side.

M.K. : Ca doit être tout (rires). Je pense que nous avons tous la même liste réduite. Il y a ce morceau de XTC, It's Nearly Africa qui a un incroyable solo de sax. C'est vraiment fini ce coup ci.

Je ne m'attendais pas à plus de noms !

M.K. : On joue beaucoup au jeu du "Et si..." dans le van. Juste avant d'arriver ce soir, Chris Brokaw nous a demandé : "Préfèrerais-tu jouer du clavier avec Tracy Chapman, de la basse avec Lisa Loeb ou du sax soprano avec PJ Harvey ?". Je pense qu'il y a un côté très douloureux dans chacun de ces scénarios (rires) mais j'ai choisi PJ Harvey même s'il n'y a rien de plus écœurant qu'un sax soprano. Ne sachant pas comment en jouer, ça pourrait être intéressant.

Votre nouvel album a encore été enregistré par Steve Albini...

M.K. : C'est un peu le salopard de grand frère qu'on n'a jamais su qu'on avait (rires). On n'arrive plus à se passer de lui. Ce qui est chouette quand tu as un frère, c'est qu'il t'empêche de faire des conneries et je pense qu'on empêche également Albini de mettre à exécution ses idées foireuses à propos de notre musique.

Quel genre d'idées foireuses peut-il avoir ?

B.K. : Il est de ceux qui croient fermement dans les premières prises. Il ne prend pas de décisions sur la production. Quand on arrive à lui faire comprendre qu'on doit refaire une prise, il préfère toujours la première. C'est ridicule.

M.K. : Mais il dit "Maintenant que je sais ce que vous cherchez, c'était une parfaite version de ce que vous cherchez. Vous allez sans doute beaucoup aimer cette version" (NDLR : Matt imite à la perfection le maître de l'Electrical Studio). Il se peut que l'on devienne excessif également sur ce genre de choses.

J'allais justement vous demander si ça ne clashait pas trop avec votre obsession pour les détails...

B.K. : Si, mais ça nous aide plus qu'autre chose.

M.K. : On passe de si bons moments quand on enregistre avec lui. On s'amuse presque trop. La première fois qu'on a enregistré avec lui, en 1995 je crois, Extramundane et More Than Ever, on a voulu les ré-enregistrer. Il était un grand fan de Bedhead à l'époque et on avait tout fait sans se voir. Quand il a vu comment on fonctionnait il s'est mis à nous dire : "Je ne comprends vraiment pas pourquoi vous faites tout ça, ça n'est pas comme ça que je conçois votre musique". Il sait désormais qu'on ne peut pas faire moins spontané que nous et doit probablement nous détester pour ça (rires).

B.K. : Il a été interviewé il n'y a pas très longtemps et il nous a cité avec Neurosis comme étant les groupes avec lesquels il a travaillé qui savent le plus où ils vont avec leur musique quand ils rentrent en studio.

M.K. : Il dirait sûrement "Par rapport à ce qu'ils veulent faire, ils sont très très forts". Je rigole...

B.K. : Pour poursuivre l'analogie sur les frères, je pense qu'on se foutrait constamment sur la gueule si on avait quatorze ans.

M.K. : Et on continue à retourner chez lui pour encore plus se mettre dessus (rires). Ce sont des coups instructifs.

Avez-vous un clavier pour cette tournée ?

M.K. : Non, on traduit ces parties sur scène cependant.

B.K. : On joue ce soir ? Je viens juste de me réveiller (rires). Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il peut être. A ce moment de la soirée j'aurais déjà dû voir la salle dans laquelle on va jouer.

On va donc s'assurer que tu quittes cette pièce et que tu ne restes pas au lit ! Je me souviens que vous nous aviez dit que vos concerts étaient le plus proches possible de vos albums. Comment avez-vous fait pour ce disque ?

M.K. : On a pris la décision de ne pas s'en soucier ! Ca a été la décision la plus radicale que nous ayons pris avant d'enregistrer le disque. Nous refusions toujours jusque-là d'enregistrer quoi que ce soit que nous n'aurions pas pu reproduire à l'identique sur scène.

Trouvez-vous que vos concerts aient changé depuis cette décision ?

M.K. : Dans un sens, ils ont changé. On fait en général le même set, ne serait-ce parce que le groupe change au fur et à mesure de la tournée à cause des emplois du temps de chacun et qu'on n'a donc pas le temps de tout apprendre à tout le monde. Ceci dit, on commence vraiment à bien l'apprécier, ce qui nous pousse également à le garder en l'état.

Lors de vos récents concerts en duo aux Etats-Unis, vous avez une nouvelle fois exhumé des morceaux de Bedhead. Est-ce le cas sur cette tournée également ?

M.K. : C'est vrai que Bubba et moi aimons bien en ressortir quelques uns de temps en temps, mais nous n'en jouons pas sur cette tournée, ne serait ce que parce qu'il fallait déjà apprendre les morceaux de The New Year au bassiste pour cette tournée. Ca n'a plus beaucoup de sens pour nous de les jouer en groupe.

B.K. : A vrai dire, notre set ne change quasiment pas d'un soir à l'autre, nous nous concentrons pas mal sur le nouveau disque.

Vous avez eu la chance d'assister à la reformation de Come en Espagne hier soir. Vos impressions ?

M.K. : C'était juste incroyable de pouvoir assister à ce concert, dans de si bonnes conditions. Nous avons été si bien reçus. Chris et Thalia n'ont pas perdu leur complémentarité. Le fait que ça soit un concert unique a rajouté un petit quelque chose en plus.

B.K. : Nous avons joué juste après eux, ça n'était pas évident... Encore moins pour Chris qui aura donc enchaîné deux concerts à la suite (rires). Heureusement qu'il fait un set acoustique ce soir...

J'imagine que ça n'aura pas suffi à vous convaincre de relancer Bedhead ?

M.K. : Tu as tout à fait raison.

C'est dommage, car le groupe se sera rarement produit en Europe...

M.K. : C'est malheureusement vrai. Nous avons très peu joué en Europe, et même jamais en France.

B.K. : Si, nous avions fait quelques dates, dont une à Marseille.

M.K. : Ah oui, c'est vrai ! Une expérience bien étrange d'ailleurs. Nous avions joué dans cet endroit un peu bizarre tenu par des gens louches en costume. On a toujours pensé qu'il s'agissait de la mafia.

B.K. : On avait dormi sur place après le concert, c'était très étrange. On avait presque peur qu'ils nous mettent des choses louches dans nos affaires. On n'a pas tardé à partir le lendemain... Ca nous fait rire maintenant, mais sur le moment c'était beaucoup moins drôle.

M.K. : Je me souviens aussi de cette date à Lyon où nous avions joué avec Oxbow il y a quasiment dix ans jour pour jour. Eugene avait fait... du Eugene Robinson, c'était une expérience très étrange. Du coup on se demande si Acetate Zero ne va pas également se masturber sur scène ce soir (ndlr : perdu !).

On repassera pour le soi-disant côté romantique de la vie en tournée...

M.K. : J'invite quiconque à ce point de vue à partir en tournée dans notre van ! Le plus dur c'est de dormir et de se réveiller en bon état. J'ai eu peur l'autre jour quand je me suis rendu compte que le sang ne circulait plus dans mes veines. C'est dans ce genre de moments là qu'on se rend compte que nous ne sommes plus très jeunes...

J'espère malgré tout que le concert de ce soir sera bon et que vous reviendrez vite !

M.K. : Merci, nous aussi !

B.K. : Merci. Bon j'irais bien me recoucher...

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