Silencio

L'Eglantine et le Silence

» Interview

le 22.02.2010 à 06:00 · par Janf R.

Julien, tu es à la fois fondateur du label Eglantine Records et membre, avec Nicolas Lecocq, de Silencio. Quelques mots sur ton label pour commencer. Un rapide historique peut-être ? En particulier, quelles motivations, quelles envies au moment de créer un label ? Avais-tu des modèles (sur le plan artistique et "éthique") ?

Eglantine a débuté pendant l'été 2002. On était deux à ce moment-là, avec ma copine de l'époque. Nous n'avions quasiment pas de fonds, donc le but à l'origine était clair : sortir des CD-R limités en se démarquant au niveau du packaging. D'où l'idée des pochettes en tissu et au design original. L'investissement était minimal, le travail manuel, et les échanges humains... c'est tout ce qu'on voulait. Musicalement, il était (et est encore, je pense) question de musiques acoustiques instrumentales, ou d'electronica mélodique ("indietronica"), ce genre de choses. Même encore maintenant, le seul mot qui me vient à l'esprit pour définir Eglantine dans sa totalité est "fleuri".

Et puis j'ai du continuer l'affaire seul. Il y a eu quelques petites périodes d'inactivité, quelques choix peu pertinents, jusqu'à ce que les choses reprennent avec l'aide d'amis en 2005 et 2006. Depuis, nous nous efforçons de sortir des CD au tirage un peu plus important... bien que nous n'ayons pas encore dépassé les 500 exemplaires... tout en essayant de soigner un aspect esthétique fort et de continuer à sortir les CD-R avec ces pochettes tissu avec lesquels est né le label. Tout ça est évidemment purement associatif, "familial", et ne provient que de la volonté de faire découvrir des choses qui nous touchent, avec le moins de contraintes matérielles possibles. Beaucoup d'amis nous aident bénévolement, et notre activité dépend surtout de notre temps libre.

Quelles sont les plus grandes difficultés pour créer un label, lui donner une identité et lui faire une place ? Quelles ont été les plus grandes galères ? D'un côté plus positif, quelles ont été les plus grandes joies ou fiertés ?

Je pense qu'il est toujours difficile de créer un label, et encore plus dur de le faire perdurer. Chaque structure à ses ennuis propres, je pense, en fonction de l'angle sous lequel elle approche les choses. Nous n'avons presque aucun attachement aux artistes géographiquement proches de nous, et cela à beau être un choix dans une certaine mesure, ça rend la promotion locale du label assez difficile, d'autant plus que nos artistes font somme toute peu de concerts.

Des galères... en y pensant, je ne pense pas qu'il y ait eu tant de galères que ça, enfin, pas d'événements en particulier. Mais il est vrai que c'est dur de reprendre après une période de vide, de se remettre en question, de recentrer les choses. Et de se dire qu'il est important de continuer même s'il y a de moins en moins de gens qui achètent des disques !

Par contre, je pense qu'on est assez fiers de l'identité visuelle du label, et aussi d'avoir pu passer du format CD-R au CD : c'est bien souvent l'inverse qui a lieu, quand les labels survivent, évidemment. Et en y réfléchissant, je suis heureux et fier qu'Aurélie nous ait rejoint dans ce projet, ne serait-ce que pour avoir permis à Eglantine de continuer à produire des CD-R aussi jolis !

Quelle est l'actualité d'Eglantine Records ? Quels en sont les projets ?

Nous préparons actuellement la sortie du nouvel album d'Immune, Not Until Morning. C'est un disque beaucoup plus acoustique que son prédécesseur (Sound Inside, sorti chez Stilll en 2005) et plus mélancolique que ce qu'on a pu sortir dernièrement. C'est prévu pour le mois prochain !

Ensuite, on doit sortir le prochain album de Bacanal Intruder à l'automne, et pour après, je ne sais pas bien encore. Peut être un nouveau CD-R, et peut être un projet que je mijote depuis un bon moment. Ce serait la première fois que je sors ma musique moi-même. A suivre...

En une phrase, peux-tu faire la chronique (ou plutôt l'accroche) de 3 références Eglantine ?

Eh bien je mettrai en avant l'album de Teamforest récemment sorti, recueil de dix lettres d'adieu touchantes, le CD-R de Won, comme rêverie jazz rafraîchissante et décomplexée, et Free Bees Full Of Light, son album en collaboration avec Christophe Bailleau, voyage sonore dans un imaginaire champêtre et contemplatif.

Quels artistes rêverais-tu de voir sortir un album sur Eglantine ?

Je ne pense pas vraiment en ces termes, mais je dirais Mark Kozelek ou Helios.

Silencio à présent. Peux-tu nous présenter ce projet musical ? Quelle en est la démarche ? Quelles en ont été les motivations, les influences ?

La motivation première a clairement été le besoin de le faire, et j'essaie de continuer à fonctionner comme ça. J'ai commencé seul, et bien que Nicolas et moi ayons fonctionné en duo à proprement parler pendant un temps, force est de constater que c'est maintenant mon projet, ou j'exprime beaucoup de choses qui me sont très personnelles, mais souvent avec l'aide de mes amis. Je le vois comme quelque chose de très narratif, même si je pense que ça ne doit pas énormément transparaître, sauf dans le dernier disque, peut être.

Pas vraiment de démarche particulière, je pense. La spontanéité y est importante ; le fait de ne jamais faire le même disque aussi.

Les trois albums de Silencio sont sortis sur trois labels différents (Grand Téton, Carte Postale et Music Made By People) mais pas chez Eglantine ? Pourquoi ? Que penses-tu de la démarche de Make Mine Music (label-coopérative tenu par Scott Sinfield, de Portal et Jon Attwood, de Yellow6) ?

Je n'ai jamais vraiment souhaité produire moi-même ma musique dans le passé, et je pense que si je me pose la réponse la question "la musique de Silencio correspond elle à Eglantine", la réponse est généralement "non".

Je comprends très bien une démarche autarcique comme celle de Make Mine Music, dont les artistes ont semble t-il eu pas mal de problèmes avec divers labels. Je dois bien admettre que les choses n'ont pas toujours été au beau fixe à ce niveau en ce qui nous concerne non plus, ce qui me donne ces temps-ci bien plus envie de faire de la musique que de la partager... mais pour en revenir à MMM, je ne sais pas si je pourrais personnellement fonctionner comme ça.

Silencio, à travers pochettes et site web, c'est aussi indubitablement un univers visuel. Cette association entre univers musical et visuel est flagrante sur votre dernier album ("Where You Are..."). Comment s'est déroulé son enregistrement ? Quelles en ont été les sources d'inspiration ?

Je devais aller rejoindre Nicolas à la frontière Polonaise (Allemande) pour faire de la musique avec lui, en passant par la Scandinavie, pour un petit voyage avec mon père. On peut dire que l'itinéraire comportait des endroits clés d'un point de vue personnel pour moi, et ce voyage fut aussi l'occasion de faire certaines rencontres, ou de revoir des gens que je connaissais ou que Nicolas et moi connaissions. Le field recording a donc été un moyen de capturer ces ambiances afin de les mettre en musique, mais aussi plus précisément pour moi de mettre en musique un parcours qui m'a poussé à faire le point sur certaines choses, en fonctions de jalons que j'y posais sous la forme d'enregistrements audio.

La réalisation du disque s'est donc faite à partir de ceux-ci, mais, tout comme pour Grünezeit, d'ailleurs, d'une manière extrêmement spontanée, dans une seule pièce, où tous les éléments importants du disques ont été mis à plat en un peu plus d'une semaine.

Quel avenir pour Silencio ? D'éventuels autres projets musicaux pour toi ?

L'avenir de Silencio a été incertain pendant un moment, mais je crois qu'il s'agit d'un projet où je continuerai à exprimer des choses bien précises. Donc je pense que je serai toujours à l'origine de ce qu'on pourra y faire, en collaboration avec les gens qui gravitent autour de celui-ci : Nicolas, bien entendu, Malthruyst (qui a sorti son album sur Eglantine, et nous a accompagné à la batterie lors des concerts de Silencio que nous avons fait en groupe), et certainement Baptiste Fichaux, avec qui j'ai enregistré Botaniska Trädgård, figurant sur la dernière compilation du netlabel Tripostal.

Et cela mis à part, j'aimerais sortir un album d'electronica mélodique, plus enlevé que Silencio, sur Eglantine, lorsqu'il sera fini. Parallèlement à ça, je prépare également un album sur mes voisins (et amis), entre drone, field-recordings et enregistrements plus acoustiques.

Une question à laquelle tu aimerais répondre ?

Celle que tu aurais oublié de me poser ?

Interview par mail réalisée en mai 2008.

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