Do Make Say Think

Quand Constellation s'ouvre à d'autres styles musicaux...

» Interview

le 16.11.2003 à 00:00 · par Eric F.

Comment s'est formé le groupe ?

A la base, Justin (guitare) et James (Payment, batterie) se connaissent depuis qu'ils ont 6 ans, ça fait longtemps qu'ils sont amis, ils ont joué dans pas mal de groupes ensemble. Ils ont déménagé pour Toronto tous les deux au même moment et ils y ont rencontré Charles (Spearin, basse) et ont fini par habiter ensemble. Charles, David (batterie) et moi avons également joué ensemble pendant des années, dans trois ou quatre groupes avant Do Make Say Think. Le fait qu'il y ait ces trois musiciens dans la même habitation les a bien sur poussé à jouer ensemble. Je venais voir Charles de temps en temps et j'ai fini par devenir ami avec Juystin et James, le groupe s'est formé à partir de sessions-maison puisqu'à l'époque Charles avait un 8 pistes. On a donc commencé à jouer ensemble et un jour un concert a été organisé, il a donc fallu que l'on trouve une structure pour reproduire nos morceaux en live car notre musique était à ce moment là beaucoup plus basée sur l'improvisation. Le groupe s'est donc formé à partir de deux groupes d'amis.

Tu disais que vous jouiez tous dans d'autres groupes avant Do Make Say Think qui avaient tous un style précis. Comment avez vous évolué vers ce mélange de genres qui caractérise Do Make Say Think ?

On était tous dans des groupes de métal au lycée, on a grandi en écoutant du hard rock et du métal, les groupes précédents étaient donc plus spécifiques. D'un autre coté, David, Charles et moi étions dans un autre groupe pendant la première année de Do Make Say Think où nous utilisions déjà de l'électronique et des effets sonores.

La variété des genres dans Do Make Say Think vient-elle de tous les membres du groupe ?

Oui, pas mal. Certains ont des origines différentes mais il n'y a personne dans le groupe qui soit fixé sur un seul style. On apprécie tous une gamme très large de musiques. On peut écouter de la soul, des disques Motown, avant de passer à Oval Parker ou du classique, puis un autre va mettre un vieux John Zorn ou du Coltrane avant d'écouter Slayer, puis du punk. Certains membres du groupe ont une formation particulière, par exemple, je viens du classique, d'autres du jazz...

L'ouverture d'esprit est donc indispensable au groupe ?

Complètement ! C'est une des raisons pour laquelle nous continuons toujours à faire de la musique ensemble, on est tous ouverts d'esprit, mais il n'y a pas que ça : en fait nous apprécions la musique; il y en a de la bonne et de la mauvaise dans n'importe quel style. Quiconque crache sur le jazz a un raisonnement stupide : comment peux tu critiquer le jazz si tu n'as jamais écouté Miles Davis ou Coltrane ? Quelqu'un peut dire qu'il déteste le death metal alors qu'il n'a jamais fait l'expérience avec Slayer, n'a pas ressenti leur énergie. Bien sur il y a des milliers de mauvais groupes de métal, mais il y en a quelques très bons. Pareil que ce soit pour le punk ou la musique classique...

N'importe quel genre en fait...

Exactement ! Quand c'est bon, il y a une raison pour laquelle ça l'est et en tant que musiciens nous respectons énormément cette idée, la fonction dont les gens font de la musique en fonction de leurs possibilités.

J'ai lu que votre première expérience commune a été l'enregistrement de l'accompagnement sonore d'un documentaire sur des enfants et que le nom de Do Make Say Think vient de là.

Pas tout à fait. Je crois que c'est comme ça que Charles et Justin se sont rencontrés et qu'ils ont fini par devenir colocataires, ça n'avait rien à voir avec la musique, ils travaillaient avec une agence gouvernementale de la ville sur la mise en place d'une pièce de théâtre pour enfants sur les méfaits de la drogue, ce qui pourrait sembler quelque peu ironique (rires). Ils sont allé dans cette école où la devise était "Do Make Say Think" comme moyen d'inspirer les enfants, je crois même qu'ils en ont fait une chanson. "Aujourd'hui je ferais quelque chose de spécial, je dirais quelque chose de spécial, je penserais quelque chose de spécial" : cette idée nous a beaucoup plu, c'est très positif et constructif, ça a une bonne énergie. On ne voulait pas d'un nom sombre ou effrayant...

Pas comme Godspeed...

(Rire) Oui, même si on les adore ! Notre musique est un peu plus ouverte que la leur je pense, moins pesante.

Je pense que les gens vous comparant le font surtout par paresse puisque Godspeed base ses morceaux sur des longs crescendos qui mènent invariablement à une explosion, tandis que votre musique semble beaucoup plus libre, moins prévisible.

Oui, je pense que c'est plus facile pour nous. Godspeed est devenu très important et c'est difficile pour eux d'aller dans de nouvelles directions car il y a tellement de gens mélés à leur musique. Bien que je ne puisse pas pouvoir parler pour Godspeed, notre relation dans Do Make Say Think n'est pas née d'une annonce "Je recherche un bassiste et un batteur pour former un groupe" qui finirait par rassemble plusieurs gens ensemble. Le groupe est né de notre amitié commune ce qui rend notre communication beaucoup plus facile quand nous devons faire face à notre musique, quand nous jouons, on comprend facilement où chacun essaye d'aller. On forme vraiment un ensemble, en général on compose ensemble et on peut facilement aller dans des directions différentes.

On considère souvent que la musique de Godspeed, bien qu'instrumentale, soit porteuse d'un message politique et social. Y a-t-il quoi que ce soit que Do Make Say Think tente d'exprimer à travers sa musique ?

Au niveau politique, non. Ce qu'on essaye de faire, c'est de transmettre de l'énergie. Si la musique que l'on joue nous touche, alors il y a de la chance pour que ça soit le cas avec d'autres gens. Il peut s'agir de n'importe quel sentiment que nous ressentons quand nous composons, que l'on soit dans une mauvaise passe, que l'on se sente heureux ou agressif. La musique, comme toute forme d'art, n'est qu'une extension des émotions humaines. Notre musique peut à des moments différents faire ressentir tout ce que l'on peut éprouver durant une journée.

A quoi aimerais tu que vos auditeurs pensent quand ils écoutent Do Make Say Think ?

Quoi que ce soit ! Je ne voudrais pas qu'un de nos morceaux dise quoi penser à celui qui l'écoute, c'est en partie pour ça qu'on n'a pas de paroles. On préfère l'idée de créer un paysage sonore, une atmosphère où tu peux t'intégrer et penser à ce que tu veux, ce qui t'es arrivé ce matin, comme rompre avec ta copine ou bien en trouver une, t'être fait embaucher ou bien virer.

Des choses du quotidien donc...

Tu peux poser sur les morceaux ce qui se passe déjà dans ta tête.

Si vous en veniez à avoir des paroles sur votre musique, qui aimerais tu avoir pou les chanter ?

Qui dans le groupe ?

Pas forcément.

Je n'aurais pas vraiment envie d'imposer qui que ce soit, car la règle de Do Make Say Think est qu'il n'y en a pas. On a quatre albums sans qu'aucun n'ait de textes, c'est peut être... Je ne sais pas, si quiconque venait nous voir en nous disant qu'il a quelque chose d'important à dire et qu'il veut le faire par dessus notre musique, ça ne nous gênerait pas. Tu me demandes que le membre du groupe serait plus à même de le faire ?

En fait, je pensais plus à d'autres musiciens.

Si jamais on écrit des textes un jour, ils seront sûrement chantés par l'un de nous. Je ne suis pas très favorable à l'utilisation d'éléments extérieurs, les paroles ou la musique d'autres gens. Je trouve que beaucoup trop de gens le font dans la musique electro, rajouter des samples par dessus leur propre musique...

C'est quand même très courant également avec les groupes du même genre que Do Make Say Think...

Oui, c'est vrai. C'est aussi pourquoi on ne veut pas le faire puisque c'est sensé être typique de ce genre de musique. Je préfère encore qu'un groupe s'exprime par des paroles en ayant la possibilité de les mettre par dessus sa musique.

Est ce que le fait d'être un groupe instrumental ne donne pas plus d'importance aux titres des morceaux ? Ont ils une signification particulière ou bien sont ils le fruit du hasard ?

Un peu des deux. Le titre nous renvoie généralement à un événement proche du moment où le morceau a été composé. C'est vrai qu'on peut s'exprimer à travers ça, mais ça n'est pas si important pour nous. On essaie de faire en sorte que la politique reste en dehors de notre musique car on apprécie la musique comme un concept de sons et d'émotions. Ca n'est pas que nous n'avons aucune opinion politique mais on fait de la musique juste pour le plaisir d'en faire. Les titres nous viennent comme ça et ça nous convient. il y a également quelques morceaux comme Fredericia ou Reitschule. Fredericia est une petite ville du Danemark ou nous avons eu quelques jours de repos pendant notre dernière tournée, et c'est là que nous avons composé ce morceau. On l'a appelé comme ça pour remercier les gens qui nous ont laissé jouer pendant ces deux trois jours dans la salle où on avait donné le concert. Même chose pour Reitschule, qui se trouve en suisse. L'Auberge Le Mouton Noir est un hôtel à Québec.

Justement, j'ai trouvé ce morceau parfaitement tiré car il est aussi chaleureux que sombre et menaçant...

Oui, je comprends, et puis il y a l'idée du mouton noir, du rejeté. On essaie quand même de concentrer toute notre énergie sur la composition de la musique plutôt que sur les titres.

Le nouvel album m'a paru être un retour vers un Do Make Say Think plus classique.

Un retour vers Enemy Airship ?

Exactement. Etait ce une réaction par rapport à & Yet & Yet ?

Jusqu'à un certain degré, oui, en effet. Personnellement, je trouve que & Yet & Yet, bien que pas mal de gens semblent l'avoir apprécié, avait des morceaux qui étaient trop facilement détachables les uns des autres. Je pense qu'à une époque où le téléchargement tue les albums et que les singles et les groupes d'un hit prennent de plus en plus d'importance, il est encore plus important pour nous d'y preter attention, notre musique jouant sur les atmosphères. J'aime l'idée de mouvement sur un album, pas seulement dans un morceau, mais d'un titre à l'autre. On voulait vraiment faire un disque qui allait fonctionner comme un album, qu'il faut écouter du début jusqu'à la fin pour bien l'assimiler. Ce nouvel album est donc une réaction à & Yet & Yet même si on n'a pas fait ce dernier de cette façon intentionnellement. Ca nous a aidé à avoir une vision de ce qu'on voulait faire par la suite. il y a tellement de choses q ui peuvent influencer la composition.

Est ce pour ça que le vinyle a trois faces ? Comme une progression ?

Oui, mais ça ne s'est pas imposé directement à nous. Ca serait super de pouvoir demander à notre inspiration de nous faire passer de rien à un disque en un coup. Au fil du temps les choses se passent et tu commences à réaliser où tu vas, tout finit par prendre forme. Après avoir eu assez de morceaux il a fallu penser à l'ordre que nous allions leur donner et cette règle de trois s'est imposé à nous, on trouvait que l'album coulait vraiment bien comme ça, chaque trio s'apparentant à une spécificité de notre musique. Avec les limitations physiques du vinyle, on avait un peu peur que la qualité sonore ne souffre si on faisait un double vinyle, on a donc eu l'idée du disque à trois faces. On a donc demandé à Don et Ian de constellation si c'était ok pour eux et comme ça l'était, on l'a fait.

Penses tu que l'utilisation de drogues soit nécessaire pour le type de musique que vous jouez ?

Pas pour moi car je n'en prends pas, il y en a deux autres dans le groupe dans la même situation. Ca n'est vraiment pas nécessaire même si certains en utilisent. Il y a cette idée répandue qu'il faut que tu sois stone pour apprécier des morceaux instrumentaux ou longs, mais c'est faux ! De la bonne musique est bonne que tu sois sobre ou pas ! Ca fait plusieurs albums que j'enregistre dans un état normal donc ça n'est pas une nécessité (rires). Certains membres du groupe aiment fumer un peu d'herbe avant d'enregistrer, mais jamais avant de monter sur scène.

J'ai pourtant lu que vous le faisiez sur scène.

Non, je ne fume pas du tout à vrai dire. Je suppose qu'il y a toujours des rumeurs...

Mais n'as tu pas besoin de quelque chose pour supporter la vie d'un groupe en tournée ?

Tu sais, c'est comme tout, il faut s'y faire. On a l'occasion de voir beaucoup d'endroits différents et on fait avec. Je ne dis pas qu'il ne faut pas prendre de drogues, si tu veux le faire vas-y, mais on peut aussi faire sans. C'est surtout de faire de bons concerts qui nous aide le plus : si tu joues jour après jour devant un bon public, c'est plutôt motivant, tu continues ainsi sans problèmes. Il nous est arrivé de jouer devant presque personne ce qui peut déstabiliser et démotiver. Il faut également profiter au mieux des jours de repos et c'est là que notre tour manager entre en jeu, qu'il veille à ce qu'on ne passe pas des heures et des heures sur la route entre deux concerts. Le fait d'être dans ce groupe avec des gens pour qui j'ai beaucoup de respect est important pour moi, ça nous permet de nous tirer hors de situations tendues. Si tu ne t'entends pas avec les autres, la vie en tournée ressemble vite à visiter les enfers (rires).

C'est votre deuxième tournée avec Berg Sans Nipple ?

En fait c'est notre première vraie tournée avec eux comme première partie. C'était presque un accident sur la tournée précédente, on les a rencontré à Paris et nous ont proposé de jouer avec eux. Je ne me rappelle plus trop comment ça c'est passé mais on s'est vraiment bien entendu avec eux en tant que musiciens mais aussi en tant que personnes, notre tour manager a également beaucoup apprécié leur musique. Comme on avait 7/8 concerts sans première partie lors de notre dernière tournée, il leur a proposé de nous accompagner, ça c'est très bien passé, on a joué ensemble. Je suis vraiment heureux qu'on puisse les aider à avancer et à trouver un public plus large.

Es-tu des membres du groupe qui ont participé à leur premier album ?

Oui, Justin aussi.

Quelles sont les différences entre jouer avec Do Make Say Think et un autre groupe ?

A vrai dire, ils nous ont envoyé des bandes parce que j'ai un studio où on enregistre pour Do Make Say Think et donc ils n'étaient pas avec nous. On a ajouté des parties à ce qu'ils nous avaient envoyé et puis ils les ont emmené dans une toute autre direction.

C'était comme avoir du travail en rentrant de l'école...

Exactement ! C'était plutôt amusant de procéder de cette façon.

C'est le moment de la fameuse question John Peel...

Je n'avais jamais entendu parler de ça auparavant. Je suis un peu surpris...

Comme je te le disais tout à l'heure, je ne me rappelle plus où j'ai lu ça, mais il a déclaré que si il pouvait être quelqu'un d'autre il serait guitariste dans Do Make Say Think.

Waow ! Ca me plait (rires).

Est ce que tu prêtes attention à ce que disent les médias sur le groupe ?

Je trouve qu'on a été chanceux dans le sens où on ne s'est jamais vraiment fait démonter. si quelqu'un a pu dire des choses négatives sur nous, c'est qu'en général il n'aime pas ce style de musique quel que soit le groupe. D'un autre coté il peut y avoir des situations assez bizarres, comme si tu étais de retour au lycée et qu'untel décide de qui est populaire et tente de t'imposer ses vues. Il suffit de lire le NME pour comprendre à quel point c'est ridicule : "C'était la première tournée européenne de ce groupe et ils ont vomi partout, sinon ça c'est bien et ça, ça craint". N'importe quoi ! Je pense que les médias sont bons seulement si tu fais confiance à la personne en face de toi. Je préfère quand une personne critique nos albums suivant un cheminement que j'arrive à comprendre. Etant dans un groupe dont la presse a pas mal parlé et ayant beaucoup d'amis dans le même cas, je trouve effarant le nombre d'erreurs que je peux trouver quand les gens écrivent sur nous. Je ne sais pas, on leur passe notre disque, il faut qu'ils écrivent dessus, c'est leur job, je ne sais pas moi...

Ne crois tu pas que la façon dont les groupes Constellation fonctionnent n'aide pas à la confusion avec tous ces groupes formés par des gens de différents groupes ?

On est un peu en dehors de ça puisqu'ils sont à Montréal et nous à Toronto, on est séparé de cette scène par six heures de route et maintenant que Polmo Polpo n'est plus sur le label, on est le seul groupe de Toronto. Ceci dit j'aime beaucoup ce principe et j'adore Constellation qui pour moi se résume à Don et Ian, ce sont des types super qui ont une excellente attitude envers la musique et j'aime également Godspeed en tant que musiciens et personnes, mais j'aime aussi le fait d'être loin d'eux et de ne les voir que quelque fois dans l'année quand ils jouent à Toronto ou nous à Montréal. Je ne pense pas qu'il puisse y avoir de confusion avec nous car on est quand même séparé des autres groupes du label.

Tu me disais tout à l'heure en avoir marre de toujours avoir à répondre aux mêmes questions, donc qu'aimerais tu qu'on te demande ?

Heu, c'est une bonne question... Celle là ! (rires).

C'est une réponse facile !

Je ne sais pas, que l'on me pose des questions différentes rend la chose intéressante. Si il y avait vraiment une question que je voudrais qu'on me pose j'en aurai aussi marre au bout de plusieurs fois. Tu peux me demander tout ce que tu veux tant que c'est intéressant et différent !

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Charles Spearin

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