Thee More Shallows

Ask Me About Dee Kesler

» Interview

le 27.07.2006 à 00:00 · par Eric F.

Peux tu nous parler des débuts de Thee More Shallows ?

Oui, je vais essayer de faire court.

Si c’est intéressant tu peux faire long.

Je ne pense pas que ça soit le cas, c’est très banal. J’ai joué dans beaucoup de groupes pendant pas mal d’années, le genre de groupe qui allait jouer deux fois dans le même club et s’arrêter. Je jouais aussi beaucoup tout seul, chez moi. J’ai commencé Thee More Shallows avec un autre type qui est devenu procureur à Seattle. C’est moi qui écris la plupart des morceaux. On venait de terminer cet autre groupe ensemble, et comme il nous restait quelques morceaux, on a commencé à les enregistrer. C’est devenu le premier album de Thee More Shallows. Je pense pouvoir écrire de bonnes chansons, une ou deux par ci par là, mais aussi de très mauvaises chansons. Là c’était vraiment le premier bon album que j’arrivais à faire. Quand j’avais vingt ans je faisais trois morceaux plutôt pas mal et sept autres très mauvais, du genre que personne ne devrait jamais entendre. Quand j’ai fini le disque je me suis dit « Hm, tous ces morceaux sont bons ! ». Peut-être pas tous mais aucun n’était mauvais. On a trouvé un label en Angleterre qui nous a bien aidé. C’est important d’apprendre. Ce qu’il y a de marrant avec le rock c’est que certains gens sont très bons, comme un don. Le reste est un peu comme un écrivain essayant de faire un livre. Tu commences mal, tu fais des erreurs, peut-être à cause de ton ego. Tu continues et tu finis par t’améliorer. Ca demande beaucoup de travail, tu deviens bon à apprendre comment gérer ton instrument et l’enregistrement…

Et la valise !

Oui la valise aussi (rires). Tout ça est très important, mais le plus important est d’apprendre à attendre les bonnes idées et surtout ne pas les foutre en l’air.

Tu as donc fait le premier Thee More Shallows très rapidement ?

Oui, c’est exactement ça.

Il y a donc une grosse différence avec More Deep Cuts qui vous a pris beaucoup de temps ?

Oui, énormément de temps. Les gens ont exagéré, ils sont même allés jusqu’à dire qu’on avait mis trois ans à le faire.

J’ai lu que tu avais dit deux ans ?

Plutôt un an et demi en fait. C’est dû à trois choses : apprendre à se servir de notre équipement et élargir notre palette sonore. C’était très important pour moi qu’on entende plein d’instruments. Et puis en étant sur un petit label, il n’y a personne qui vient nous voir pour nous dire « Hey ho bougez-vous, faut que ça soit fini demain ». Et si il ne faut pas que ça soit fini pour demain, tu peux continuer à travailler dessus. Je sentais ma vie personnelle assez stagnante, ce dont je parle dans les chansons. J’ai enregistré de la même façon d’ailleurs, sans aller vraiment vers l’avant. J’enregistrais chaque chanson cinq ou six fois, j’écoutais très attentivement dans le haut parleur droit pour une seule partie sur laquelle je pouvais passer jusqu’à une semaine. Le nouvel album sur lequel nous travaillons est… C’est génial d'avoir des possibilités infinies mais pour le prochain, j’ai décidé que je n’aurai qu’un nombre limité d’instruments et les autres membres du groupe ne me laisseront pas rester tout seul dans le studio (rires). On aura des amis qui nous aideront pour enregistrer. Une fois que ça sera fait, ils me traîneront en dehors du studio.

Il y a aussi beaucoup d’invités sur More Deep Cuts.

Oui, beaucoup d’amis nous ont aidés. J’ai fait de la musique classique quand j’étais jeune, j’ai pas mal d’amis qui jouent des opéras.

2 A.M. a une introduction qui sonne comme ça non ?

Oui, je joue du violon avec un ami dessus. Moi je m’occupe de la partie facile (rires). Il est très doué, beaucoup plus que moi.

Tu as déjà pensé à en jouer sur scène ?

Oui, j’y ai déjà réfléchi. Je me débrouille, j’en fais depuis que j’ai quatre ans. Je pense être meilleur que beaucoup de violonistes qui font du rock, mais je suis aussi extrêmement critique avec moi-même. Je m’occupe déjà du clavier et de la guitare, plus plein d’autres trucs, donc avoir le violon et chanter, ça serait trop dur. Et comme on est un petit groupe…

Cela peut se ressentir sur scène. On avait l’impression qu’il manquait de la basse sur 2 A.M. ce soir.

Oui, c’est vrai. Je pense que c’est à cause du son. Je jouais cette partie tout en me disant « Mais où est-elle ? » (rires). Je jouais de la guitare et la ligne de basse sur le clavier, mais elle s’est fait la malle (rires). Je pense que ça sonne mieux dans les salles un peu plus grandes. On peut avoir un son meilleur.

C’est vrai que le son était beaucoup plus « clair » à la Route du Rock cet hiver.

Oui, en effet.

Je ne sais pas si tu considères l’album comme compliqué, mais j’aime beaucoup la façon dont vous rendez les morceaux sur scène, forcément d'une façon beaucoup directe, voire brute.

C'est parfois dur, je pense que si on avait de l'argent on prendrait des amis pour jouer avec nous, pour boucher les trous (rires). C'est vraiment un problème d'argent : tu viens à trois, il faut donc nourrir trois bouches, trouver trois lits... La dernière fois qu'on est venus, c'était très amusant mais encore plus dur.

Il y avait encore Odessa à l'époque ?

Oui elle avait fait la tournée avec nous.

A vrai dire, je m'attendais à la voir sur scène.

On a tous des boulots, on travaille tous pendant une certaine partie de l'année. Et puis elle a aussi son propre projet sur lequel elle travaille, Odessa. Elle ne pouvait pas travailler, tourner avec nous sans faire d'argent et travailler sur ses propres chansons. Elle sera quand même sur le prochain album. Si il sort sur un plus gros label, je pense qu'elle fera les tournées avec nous.

Vous cherchez plus de reconnaissance ?

Mouais...

Pour étendre votre musique ?

Oui, voilà ! On veut faire assez d'argent pour amener des gens en plus avec nous (rires).

D'où te vient ce besoin d'utiliser des field recordings ?

Tu penses que c'est un besoin ?

Je ne sais pas, mais il y en a pas mal tout au long du disque, qu'est que ça apporte d'après toi ?

Hm, bonne question ! Ils m'ont toujours paru avoir un sens qui explique peut-être mieux le morceau sur lequel il se trouve, ou alors qui prépare idéalement l'enchaînement avec le morceau suivant. Quand je vois Itunes je trouve qu'on est vraiment des dinosaures : tu prends une de nos chansons et tu te dis "Ouais, c'est pas trop mal" alors que si tu écoutes l'album en entier, je pense qu'il se dégagera quelque chose de beaucoup plus fort. Les sons qu'on rajoute font partie intégrante de ça. On n'est pas un groupe à singles. J'espère qu'un jour Itunes ne vendra plus nos morceaux au détail (rires). J'imagine qu'il n'y gagnerait pas grand chose...

Ta façon de jouer sur scène t'oblige donc à combler l'instrumentation réduite, et il semblerait que vous aimiez bien jouer un même morceau de façons très différentes suivant les concerts... Comme Ask Me About Jon Stross par exemple, est ce que c'est parce que vous en avez marre de toujours jouer les mêmes morceaux ?

Oh je m'en souviens très bien pour ce morceau. On l'a joué pour une session de la BBC on s'est dit qu'on allait tenter de le jouer différemment et ça nous a tellement plu qu'on a gardé cette version. Je chante très bas sur le disque, ce qui passe beaucoup moins en concert, surtout dans une petite salle.

L'intro me fait penser à Jimi Hendrix !

C'est exactement ça(rires) !

J'aime beaucoup la façon dont la guitare s'efface au fur et à mesure du morceau sur la version disque.

Du coup c'est impossible à faire sur scène, donc pour compenser je vous donne du Jimi Hendrix (rires).

Penses tu que ça éclaire le morceau d'une façon différente ?

Je ne sais pas, j'aimerais pouvoir te dire que j'ai la réponse à toutes les questions, mais je suis dans le noir, j'essaye de voir si ça marche. On se pose la question et sur scène des fois, on se rend compte que non, ça ne marche pas du tout (rires).

Les paroles sont à la fois tristes et joyeuses, voire même un peu étranges. D'une façon générale, jusqu'à quel degré mets tu de ta personne dans les paroles ?

C'est quelque chose qui est très important pour moi, je le prends très au sérieux. C'est en partie pour ça qu'il me faut autant de temps pour composer. Comme je disais, certaines personnes ont un don, les autres doivent s'accrocher pour réussir. Je joue dans Ral Partha Vogelbacher, le groupe d'un ami qui m'envoie les paroles que je lui chante et que je lui fais apprendre (rires). Il est assez étrange, il écrit très vite et c'est toujours très bon, très beau et compliqué à la fois. Je ne fonctionne pas du tout de la même façon. Il faut que je prenne beaucoup de temps, j'écris deux lignes, que je change, ça avance petit à petit. Je change encore des choses et à mi-parcours je comprends où je veux en venir. Des fois ça peut prendre une direction totalement différente. C'est assez personnel et hasardeux en même temps. Les chansons de Thee More Shallows ont toujours une signification pour moi, même si elle n'est pas toujours évidente quand je commence à les écrire.

C'est comme un puzzle ?

Oui, exactement. Je veux aussi que les paroles me fassent ressentir quelque chose, mais ça me prend toujours beaucoup de temps. Pour Ask Me About Jon Stross, c'est assez drôle : je pense que le morceau parle d'un ami qui est décédé. D'un autre côté, je suis ami avec ce Jon Stross, avec qui nous nous sommes fait des t-shirts avec le slogan "Ask me about Jon Stross" comme s'il s'agissait d'un slogan de multinationale, comme "Ask me about Coca-Cola". L'idée nous amusait beaucoup et au moment où je terminais le disque, il m'a dit que je devrais appeler un morceau comme ça. Le seul qui n'avait pas encore de titre était cette chanson à propos d'un suicide, mais je l'ai quand même fait (rires). Il était content d'avoir son nom dans le titre, mais... (rires).

Ca doit être le rêve de tout fan de musique !

Oui, mais c'est aussi un cauchemar j'imagine (rires).

Je trouve que tu arrives à tirer des côtés positifs d'évènements plutôt tristes dans tes chansons.

En effet, je ne devrais pas dire ça, mais en général je n'aime pas écouter des gens qui n'ont que de la tristesse, qui sont totalement négatifs. C'est déjà comme ça tout le temps dans ma propre tête, j'ai pas besoin d'entendre quelqu'un d'autre en parler (rires). Ici, c'est triste, mais il y a un côté drôle ou quelque chose qui dédramatise, c'est très important. J'ai ce carnet dans lequel j'écris tous les jours quand je vois que je raconte que j'ai eu des journées nulles, je n'ai pas envie d'en faire une chanson. Je veux plutôt dire : "C'est vrai que c'était pas terrible, mais il y a moyen de faire mieux". La vie est injuste, mais ça peut être pas mal de temps en temps, ce genre d'idée.

Je suis allé sur votre page myspace où vous avez listé vos influences, qui sont très variées !

Avant d'enregistrer chaque morceau on doit se demander ce qu'il est et ce qu'il va devenir. Je préfère faire ça plutôt que de me demander comme qui je vais le jouer. Le prochain album sera très différent, plus nu et rapide. Il y a très peu de cordes, je me suis rendu compte que le nouveaux morceaux n'avaient besoin que d'un peu de Casio. Quand je finis une chanson j'essaye vraiment d'en tirer le maximum.

Quels groupes ont été les plus importants pour toi ?

J'écoute beaucoup de musique classique, j'adore aussi Blonde Redhead, que personne n'entend dans notre musique. J'adore leur façon d'utiliser des grilles d'accords proches de la musique classique avec beaucoup d'énergie. J'essaye d'en trouver d'autres... C'est souvent eux que je cite. J'ai écouté beaucoup de Motown ces derniers temps. Ecouter de la musique pour moi est très différent de ce que j'entend quand j'essaye de composer. Ma femme s'est dit que ça allait être très romantique d'avoir épousé un musicien, mais souvent je n'entend même pas les gens quand ils me parlent parce que j'essaye de mettre le doigt sur une idée que je sens proche. Ma femme a horreur de ça (rires).

L'inspiration peut donc te venir à n'importe quel moment ?

Oui, vraiment n'importe quand. La plupart des musiciens que je connais ne savent pas écouter les gens. Quand tu deviens bon, tu as une tonne d'idées auxquelles tu ne fais plus que penser.

Ce qui explique pourquoi tu passes autant de temps en studio j'imagine ?

Exactement !

Tu parlais de Motown. Votre reprise d'Al Green a tout du prototype de la reprise intelligente, sans vouloir faire de la lêche...

Oh, mais je t'en prie, vas-y (rires).

La version d'Al Green semble assez optimiste, on sent qu'il croit qu'il reviendra avec sa copine. Votre version est beaucoup plus claustrophobe, on sent le personnage prêt à tout pour parvenir à ses fins.

C'est exactement ça. Pour moi, si tu fais une reprise, les paroles doivent être bonnes. La musique aussi, mais si les paroles sont bonnes, tu peux apprendre plein de choses. quand j'ai lu les paroles de ce morceau je les ai trouvé extrêmement flippantes. C'est comme ça que m'est venue l'idée de la chanter, ça me paraissait très désespéré et étrange. On reprend aussi Holiday de Madonna. En parlant de paroles bizarres ! Holiday est vraiment étrange. Je ne sais plus comment je suis tombé dessus, mais ça m'a fait bizarre. Je ne pense pas que c'est l'effet qu'elle recherchait. Elles sont également très stupides.

Considères tu que les reprises sont en quelque sorte un exercice sur la composition ?

Oui je pense. Ca t'apprend aussi à jouer un morceau, c'est très amusant de jouer la chanson de quelqu'un d'autre car c'est forcément moins personnel que tes propres morceaux, tu peux donc essayer plusieurs choses sans t'en faire. Tu peux jouer à être quelqu'un d'autre, même si je garde une partie de moi dans le morceau.

Contrairement à tous ces groupes que tu peux croiser dans les bars et qui vont te jouer Satisfaction à la note près, ce qui n'a aucun sens.

Non, aucun. Va plutôt voir les Rolling Stones (rires). Si tu peux, il y a de fortes chances pour que tu sois tout au fond (rires). Ca me rappelle une histoire amusante tiens. Quand j'étais gamin, je suis allé voir les Rolling Stones dans un stade. Il y avait un haut parleur qui émettait directement, et un autre qui avait une demie seconde car le son voyage lentement dans un grand stade, il faut donc que les gens entendent tous en même temps. Je me trouvais à l'endroit exact où chacun annulait l'autre, ce qui fait que j'ai vu jouer les Rolling Stones sans entendre un seul son (rires). On se demandait vraiment ce qu'il se passait. On pouvait se parler comme on le fait en ce moment, c'était très bizarre.

Tu pouvais faire ton propre concert dans ta tête !

Oui, "Ces gars sont à chier, mec !"

C'était intéressant ce soir la façon dont vous avez joué I Can't Get Next To You Babe qui était donc assez tendue, ce qui ne t'a pas empêché de faire quelques blagues pendant le morceau.

Le problème avec cette musique, c'est qu'elle a été écrite dans une chambre, qu'elle est très personnelle et que du coup je dois la jouer devant des gens qui sont sortis de chez eux pour essayer de passer une bonne soirée. J'ai vraiment envie d'avoir des instants relâchés quand je suis sur scène et d'autres plus intenses.

La façon dont tu meublais les blancs entre les morceaux à la Route du Rock était très intéressante, vu que tu ne parlais presque pas. J'ai eu le sentiment que ça donnait une autre dimension au concert.

Ca n'est pas vraiment normal, j'adore parler d'habitude. Les deux autres me disent toujours de la fermer.

J'ai entendu un concert où tu racontes que tu as perdu ton portable dans les toilettes...

Oh oui ! Et puis mon chien en a mangé un autre. J'en ai perdu trois : le troisième je l'ai écrasé avec ma voiture (rires).

Pour finir tu peux nous parler du prochain album ?

Oui, je suis vraiment très excité. Il faut être optimiste pour faire de la musique, tu dois toujours te dire "Ce nouveau disque va être le meilleur", ce que je pense. Les chansons sont pleines d'énergie. Elles vont dans beaucoup de directions, elle sont un peu plus heureuses, mais peut être aussi à chier (rires).

Elles parlent de ne pas se suicider ?

Oui (rires). Je suis content à l'heure qu'il est et on en parle, mais peut-être que quand le disque sortira il sera vraiment mauvais et j'aurai l'air d'un con (rires).

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Photo Interview Thee More Shallows, Ask Me About Dee Kesler

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