The Drones

N'importe qui peut le faire !

» Interview

le 31.12.2005 à 06:00 · par Eric F.

Entretien par e-mail avec Gareth Liddard, le chanteur d'une des révélations de cette année 2005 : The Drones, groupe australien, auteur de l'album Wait Long By The River And The Bodies Of Your Enemies Will Float By paru chez ATP cette année (chronique ici).

Comment avez vous formé le groupe ?

Ca s'est lentement mis en place. J'ai rencontré Rui au lycée et ça fait maintenant des années que l'on fait de la musique et que l'on habite ensemble. Tout est arrivé sans que l'on ne le prévoie vraiment.

Pourquoi avoir choisi The Drones comme nom ? Je suppose que les gens ne s'attendent pas à un tel genre de musique car il y a une forte connotation musique expérimentale dans votre nom. Encore plus en étant signé sur ATP Records

On a choisi ce nom il y a bien longtemps. J'ai rencontré Rui il y a 16 ans et on a trouvé ce nom peu de temps après. Plus personne ne se souvient comment. Très franchement ce n'est pas quelque chose à laquelle j'attache beaucoup d'importance. Ce nom sonne mieux que Gaz, Rui, Mike et Fi'. Ca m'irait si le groupe s'appelait comme ça, mais on ne trouverait sûrement pas de concerts comme ça.

Comment vous êtes vous retrouvés sur ATP ?

Ils sont venus nous voir jouer à Melbourne et ont beaucoup aimé le concert. Concert qui avait par ailleurs été plutôt catastrophique. Donc ma réponse à ta question est : je n'en ai aucune idée !

Ont-ils prévu de ressortir Here Come the Lies, votre premier album ?

Non, ils ne nous en ont pas parlé. Le disque n'est pas disponible en Europe mais tu peux le trouver en vente sur notre site (thedrones.com.au).

Cet album a la particularité de contenir beaucoup de reprises, ce qui est assez inhabituel. C'était pour rendre un hommage aux groupes qui vous ont inspiré ?

On s'est retrouvé en studio à jouer tout ce que l'on savait jouer à l'époque. On enregistrait tout. Parfois, on avait un riff mais pas de textes alors je prenais un vieux texte de blues et je m'amusais avec. Quoi que ce soit qui puisse faire l'affaire. Ce qui importe c'est que ce soit bon, que ce soit moi l'auteur ou pas importe assez peu. Pour moi, un album n'est pas une démonstration de songwriting de la part d'un groupe. Fuck that ! Je sais que je peux écrire une chanson; Chuck Berry aussi. Quelle différence cela fait si l'on joue une des miennes ou une des siennes ? Ce n'était pas vraiment un hommage, c'était juste histoire de s'amuser.

Peux tu me dire quelles différences tu vois entre Here Come the Lies et Wait Long by the River... ?

Here Come the Lies est beaucoup moins contrôlé. C'est un album très long et assez horrible qui ne veut pas que tu l'écoutes. On a fini par en faire un exercice d'aliénation pour quiconque le met dans son lecteur CD. Wait Long by the River... est un album un peu plus détendu, moins rentre-dedans.

Y a-t-il des choses que tu aurais souhaité faire différemment sur ces disques ?

Oui, il y a sûrement quelques trucs que je changerais volontiers, mais ces disques sont ce qu'ils sont. Tu pourrais très bien faire dix versions d'une même chanson et même si elles sont toutes bonnes, elles auront forcément quelques défauts. L'enregistrement n'est jamais parfait, mais ça fait partie de la beauté de la chose. Je pense qu'un disque comme White Light / White Heat en est le parfait exemple, tu vois ce que je veux dire ? Je suis persuadé que le Velvet Underground pense qu'il est à chier. Enfin peut être pas John Cale... Mais pour moi, ce disque est génial car je ne m'attendais pas à ce que ça sonne d'une autre façon. Je n'ai pas eu à l'enregistrer...

Pourquoi avoir racheté les droits de Wait Long by the River... à votre ancien label ? Comment avez-vous réussi à trouver l'argent ?

On a acheté les masters histoire d'en être les propriétaires, ainsi que pour nos futurs albums. On a réussi à payer en faisant un sacré paquet de concerts, en mendiant, en empruntant et en volant. C'était sacrément cher, tu peux me croire !

Te sens-tu à ta place dans le contexte du rock australien ? Il semblerait que vous ayez plus de succès aux Etats-Unis et en Europe. Quelles sont les différences de public ?

Oui, je pense que le groupe est à sa place. Enfin à sa place dans l'underground. L'Australie a une grande tradition de groupes punk un peu bizarres comme X, Nick Cave, The Scientists et The Beats, tous avec un son bien particulier. On peut aussi rajouter Rose Tattoo et AC/DC. Je pense que l'on fait partie de ça. On a plus de succès en Australie qu'ailleurs, mais c'est un pays qui compte très peu d'habitants, c'est pour ça que l'on part très souvent en tournée à l'étranger.

J'ai quand même lu que tu disais te sentir sous-estimé en Australie. Pourtant Wait Long by the River... se retrouve dans pas mal de classements de fin d'année. Penses-tu que le statut du groupe soit en train de changer ?

Oui, je pense que ça a changé depuis un an et quelques. Dieu seul sait où ça va nous mener...

J'ai tout de suite trouvé que vous sonniez très australien, ce qui est un peu étrange, mais c'est peut-être lié au fait que j'écoute plus du rock underground que Powderfinger...

L'underground est qualifié comme tel quand il n'y a pas d'attente populaire autour. C'est la même chose en Australie que partout ailleurs. La plupart des fans de musique en Australie ont entendu parler des Saints ou de Radio Birdman ou des Powdermonkeys. Ce qui est vraiment étrange, c'est qu'on commence à être connus tout d'un coup. On ne va pas avoir autant d'importance que Powderfinger mais c'est un sacré putain de changement de la part de l'industrie musicale australienne que de porter ne serait-ce que la plus petite des attentions sur The Drones. Ce n'est pas comme si on s'était mis à faire des choses que l'on ne faisait pas avant. Je n'arrive pas trop à comprendre pourquoi ça nous arrive tout d'un coup.

J'ai été assez surpris de vous voir apparaître dans les classements de fin d'année de la radio Triple J (NDLR: il s'agit de l'équivalent australien du Mouv'). Je suppose que vous passez beaucoup plus sur le réseau des radios communautaires ? J'ai eu l'impression quand j'étais en Australie en écoutant Triple J que la radio passait quelques groupes indés histoire de se donner bonne conscience.

Je m'en accommode de mieux en mieux jour après jour. Le fait que ça aide à payer nos factures n'y est pas étranger. Mais je ne pense pas que l'état de la musique australienne soit si génial. Ceci dit, il se passe toujours des choses très cool à Melbourne. C'est là que l'on trouve les groupes. Enfin, je veux dire ceux qui sont intéressants.

Il y a des références assez évidentes à Nick Cave, mais d'un autre côté vous êtes aussi fans du Dirty Three, ce qui souligne bien votre versatilité...

A vrai dire, les Bad Seeds sont le groupe le plus important de tout un tas d'autres formations qui sonnent pareil. Si on a le même son, c'est que l'on ressemble aussi à Crime & The City Solution, Laughing Clowns, The Wreckery, Kim Salmon, These Immortal Souls et les Beasts of Bourbon et tout un paquet d'autres groupes. On n'entend jamais aucun de ces groupes sur Triple J, donc je suis aussi surpris que toi que l'on nous passe régulièrement.

Comment s'est passé votre concert en première partie de la performance d'Ocean Songs par Dirty Three à Londres ?

Ca s'est très bien passé. La salle était superbe et c'était génial de voir le groupe jouer cet album en intégralité. Surtout avec Nick Cave au piano. C'est un excellent souvenir et on s'est bien amusés.

Mudhoney vous a invité au festival ATP. Leur sélection promet une soirée très rock'n'roll (NDLR: le groupe de Seattle a également invité Black Mountain, The Scientists et Comets on Fire, entre autres). Y a-t-il des groupes sur cette affiche avec lesquels vous vous sentez particulièrement proches ?

C'est le cas avec The Scientists. Aucun des groupes qui passe le jour de Mudhoney ne serait ce qu'ils sont sans The Scientists. Qu'ils en soient conscients ou pas. Je sais que Mudhoney l'est. Ce sont The Scientists qui sont à la base de tout ça. Je les ai vus plusieurs fois sur scène et c';était incroyable. On dirait des scientifiques nucléaires sous LSD, speed et smack. Je suppose que c'était ce qu'ils étaient il y a vingt ans. Je ne suis pas trop sûr en ce qui concerne le reste. La vie est trop courte pour s'intéresser vraiment à ça. On peut être extrêmement énergiques ou très calmes. On peut faire tout et son contraire le lendemain. Notre quatrième album sera sorti à ce moment là et il est très calme. On fait tout et n'importe quoi et on le fait mal. Ceci dit, j'aime beaucoup les groupes qui passeront ce soir là.

Si on te demandait d'organiser le line-up du festival, tu inviterais qui ?

J'ai déjà donné ma liste à Barry (NDLR: Barry Hogan, co-fondateur de l'ATP Festival), elle est assez longue. On retrouverait Pink Floyd avec Roger Waters et Syd Barrett, Black Sabbath, Led Zeppelin (avec une boîte à rythmes), Chuck Berry, The Stooges (le line-up de Raw Power), Bob Dylan, Neil Young & Crazy Horse, The Band (avec Mike Watt à la basse), Joy Division (avec Shane McGowan), Thin Lizzy (avec Andre 3000), AC/DC, Tom Waits, Leonard Cohen. The Drones seraient la tête d'affiche.

Votre musique évoque beaucoup la violence que l'Australie a connu tout au long de sa courte histoire. Irais-tu jusqu'à dire que vous avez des côtés politiques ? J'ai l'impression par exemple qu'un morceau comme Locust évoque le problème aborigène.

Je ne pense pas que ce soit politique. Locust ne parle pas uniquement du problème aborigène. Il s'agit de toutes sortes d'autres choses qui sont ignorées en Australie et ailleurs (NDLR: Gareth fait référence au génocide tasmanien).

Je suppose que les événements récents de Sydney rendent un morceau comme Locust toujours d'actualité, je pense par exemple au passage qui dit "The whites complain the pay was better shooting the blacks in the war".

Oui, c'est vrai. Je pense malheureusement que ce genre de paroles risque d'avoir du sens pendant encore très longtemps.

Les paroles sonnent assez amères en général. Est-ce une façon d'évacuer tes frustrations ?

Je n'irai pas jusqu'à dire que mes textes soient amers. Tu deviens amer une fois que tu as tout perdu. Les textes ne sont que des choses sorties de ta pensée. Ils sont ce qu'ils sont. Ce que je pense qu'ils sont est moins important que ce que tu penses que je pense qu'ils sont.

D'un autre côté, le titre de l'album est assez zen. C'était pour le faire contraster avec le contenu du disque ?

Wait Long by the River and the Bodies of Your Enemies Will Float By est un vieux proverbe indien, ça sonne presque bouddhiste. Je ne me rappelle plus très bien pourquoi ni comment on l'a choisi. Ceci dit, tu as raison, ça marche bien à ce niveau.

Y a-t-il une sorte de métaphore sur Shark Fin Blues ? Je te pose la question parce que je suis fasciné par les requins et ils représentent également l'Australie...

Je voulais juste écrire une chanson de marins. Sinon, le morceau peut être tout ce que tu veux qu'il soit.

J'ai lu beaucoup de chroniques de vos disques qui employaient des termes différents. Ca te va d'être vu comme un groupe de rock ou tu préfères que l'on insiste plus sur le côté garage ? Pour ma part, je trouve l'appellation « heavy blues » plutôt judicieuse.

Je n'ai aucun problème avec les étiquettes car je me soucie assez peu de ce que les journalistes ont à dire sur quoi que ce soit et ça ne me gêne pas que l'on nous considère comme un groupe de rock'n'roll car qu'est-ce que c'est ? Est-ce Gene Vincent ? Est-ce Einstürzende Neubauten ? Ou The Eagles ? Est-ce Phil Collins ? Ou GG Alin ? Le rock, c'est tout ça à la fois. Mais certaines autres étiquettes ne veulent plus dire grand chose. Prenons l'exemple de "garage". Est-ce que le garage c'est les Fugs ou un type avec des rouflaquettes et un tatouage qui joue des power chords sur une Les Paul toute neuve branchée sur un ampli Marshall tout neuf ? Et le punk ? Qu'est-ce que ça peut bien être aujourd'hui ??? La réponse est que le punk et le garage sont, s'ils sont quoi que ce soit, du rock'n'roll. Et le rock n'est ni le jazz, ni la musique classique.

J'aime beaucoup les différentes textures vocales. Ta voix me fait un peu penser à un Bob Dylan très en colère alors que la voix de Fiona est un parfait contrepoint harmonique, avec un aspect plus pop. Etait-ce une volonté de jouer là dessus ?

Si ce n'était pas le cas à nos débuts, il ne nous a pas fallu longtemps pour nous en rendre compte.

Je suppose que ça doit être assez contraignant pour toi de pousser ta voix tous les soirs sur scène pendant les tournées ?

Je ne sais pas comment, mais elle tient. Un jour, je finirai peut-être par me réveiller muet et je ne pourrai plus jamais sortir un seul mot. On vient de faire une cinquantaine de concerts en deux mois et ma voix s'en est bien sortie. Elle est à toute épreuve. Mais ça ne veut pas dire que je sache chanter.

Tu as déclaré que l'étrange fin sur Locust était surtout due au fait que vous jouiez totalement bourrés. Jusqu'à quel point est-ce que l'alcool ou les drogues influencent le processus de création et d'enregistrement ?

Il ne faut jamais dire jamais.

A propos de ce passage au violon sur Locust, comment avez-vous créé un tel son ? S'agit-il de boucles ? Cela créé une ambiance assez étrange.

Nous avons simplement utilisé un violon avec un micro. Ce n'est rien qui n'ait déjà été fait...

Essaies tu d'atteindre une certaine idée de classicisme rock dans tes chansons ? The Best You Can Believe In (surtout sa structure), par exemple, me fait beaucoup penser au Cortez the Killer de Neil Young.

Ce n'est pas vraiment mon cas, non. Ce qui marche, marche. La plupart des chansons de Wait By The River... proviennent des premières ou deuxièmes prises. A part pour moi, c'était aussi la première et la deuxième fois que l'on le jouait et donc qu'on l'entendait. On n'a pas vraiment beaucoup pensé à ce que l'album allait donner. On dit parfois que nous ressemblons au Crazy Horse. Mais n'importe quel groupe pourri qui apprend à jouer un morceau et qui enregistre une seule et unique prise va sonner comme Crazy Horse. C'est très facile.

Il y a une bonne répartition entre les morceaux longs et atmosphériques et des morceaux plus courts et intenses. Y a-t-il un côté vers lequel la balance risque de pencher dans le futur ?

Ca dépend essentiellement de ce que l'on ressent le jour de l'enregistrement. Si on voulait vraiment faire quelque chose, ce serait tout. Mais on n'a pas le temps pour ça.

Tu dis être fatigué des studios d'enregistrement traditionnels, pourquoi ? Allez vous vraiment enregistrer sur un studio-bateau ? Vous pourriez ainsi attendre longtemps au bord de la rivière et votre nouvel album finirait par flotter jusqu'à vous...

Très amusant ! Nous avons déjà enregistré notre quatrième album dans une ferme hantée en Tasmanie. Nous avons enregistré dans un moulin construit par des détenus à l'époque où l'Australie était une prison. Le disque s'appelle Gala Mill. Il est assez différent de ce que l'on a pu faire à présent. En ce moment, enregistrer notre cinquième album est la chose la plus éloignée qui soit de mon esprit. On l'enregistrera sûrement dans un véhicule blindé à Bagdad.

Peux tu nous parler de cet album de raretés qui vient de sortir ? Que dirais tu pour me convaincre de l'acheter ?

Il s'appelle The Miller's Daughter et contient toutes les chansons qui ne sont pas retrouvées sur Here Come the Lies et Wait Long by the River... ainsi que quelques singles sortis en 33 tours. C'est aussi bien que les autres disques que l'on a pu faire avant. C'est sorti en Europe sur le label espagnol Bang Records. Tu n'es pas obligé de l'acheter.

S'il y a quelque chose que je ne t'ai pas demandé dont tu voudrais parler, vas-y !

The Drones seront de retour en France début février.

(Un grand merci à Tim Hegarty pour sa précieuse aide).

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