Electrelane

Les fées et Eric

» Interview

le 13.10.2005 à 06:00 · par Eric F.

Loin de l'image du groupe "intellectuel" et dédaigneux que la presse peut parfois donner d'Electrelane, la chanteuse Verity Susman et la nouvelle et charmante bassiste Ros Murray nous racontent leur nouvel album, Axes.

Verity Susman : Ros parle très bien français, on peut faire l'interview en français si vous voulez.

Ce sera peut-être plus simple en anglais. Axes m'a donné l'impression de venir autant de votre premier album que du second, comme si le côté expérimental du premier était associé à un aspect beaucoup plus direct.

VS : Je pense qu'il est plus proche du premier en terme de structures des morceaux. C'est surtout là qu'il y a de franches similarités.

Il y a aussi un côté un peu moins pop, moins évident.

VS : Oui, on voulait repartir sur des bases plus expérimentales. D'après les réactions qu'on a pu observer, ça n'est pas le genre de disque que tu adoptes à la première écoute, je pense qu'il faut du temps. En tout cas, ça a été bien plus intéressant et bien plus agréable d'enregistrer ce disque. D'ailleurs, on en est plus satisfaites qu'avec le dernier.

Le disque a été enregistré live ?

VS : Oui, nous avons juste ajouté quelques overdubs comme ceux de la chorale ou des cuivres, mais la plupart des morceaux ont été enregistrés directement.

Vous avez une nouvelle fois enregistré avec Steve Albini.

VS : Oui, cette fois ci on a voulu procéder différemment en jouant toutes ensemble dans la même pièce, ce qui a changé beaucoup de choses. Pas uniquement le son du disque mais aussi la façon qu'on a de jouer entre nous. De jouer les morceaux dans la même pièce toutes ensemble nous a permis de nous relaxer, ça faisait un peu comme si on était en concert. Cet album est beaucoup plus live que le précédent, et c'est exactement ce qu'on voulait.

Votre procédé d'écriture a l'air très ouvert et instinctif. Est-ce que l'arrivée de Ros à la basse y a changé quelque chose ?

Ros Murray : Oui, ça a changé puisque je n'étais pas là avant (rires).

VS : Ca a été un changement très positif, je trouve les lignes de basse de Ros très harmoniques sans pour autant suivre la gamme du morceau. Je trouve que ça donne une dimension totalement différente et ça nous pousse vers l'avant. L'album aurait été très différent sans Ros, et pas aussi bon. C'était super pour nous mais je ne sais pas ce que tu en penses ?

RM : Ca a été un grand bouleversement pour moi vu que je n'étais pas dans un groupe avant, mais je trouve l'atmosphère qui se dégage quand on enregistre vraiment géniale. J'ai rejoint le groupe juste avant une tournée aux Etats-Unis, qui a eu lieu juste avant l'enregistrement, ça s'est très bien passé, je ne me sentais pas du tout intimidée. Je pense qu'on s'entend toutes bien, on se comprend parfaitement au niveau musical.

VS : Elle s'est adaptée très rapidement, la musique coulait toute seule et ça marchait plutôt bien. Ca a été très excitant pour nous aussi car je pense que Ros n'a pas forcément joué ce qu'on attendait d'elle, ce qui nous a ouvert de nouvelles portes.

Pourquoi ce choix d'avoir enterré la voix dans le mix ?

VS : Elle ne m'a pas l'air si en retrait que ça.

RM : Je suis d'accord avec lui (rires).

VS : Je crois qu'on a voulu utiliser ma voix comme un instrument supplémentaire plus que comme quelque chose qui aurait dominé par rapport au reste. Je ne vois pas ça comme quelque chose de plus important que les autres instruments. En ce qui concerne la chorale, je pense qu'elle a eu un rôle très différent sur ce disque par rapport à The Valley sur le précédent. C'était un grand défi d'obtenir un bon mélange entre un groupe de rock et une chorale, on a travaillé là dessus pendant beaucoup de temps. Comme on considère que la voix n'a pas plus d'importance que le reste, ça me paraît naturel de la mixer avec le reste sans qu'elle ne dépasse plus.

Vous avez repris The Partisan qui est votre première reprise "officielle".

VS : Oui, on en a fait deux autres mais pas sur album.

Je me demandais pourquoi vous ne reprenez que des gens assez connus comme Bruce Springsteen ou Roxy Music.

VS : Ca n'a jamais vraiment été une décision consciente de reprendre des gens connus. J'ai toujours aimé reprendre des chansons chantées par des hommes. Je n'y avais jamais vraiment pensé jusqu'à ce que je me rende compte que c'était le cas avec toutes les reprises que l'on a pu faire. On choisit tout simplement des chansons qu'on adore vraiment. Je pense que l'on préfère choisir un morceau que les gens connaissent déjà plutôt que de reprendre un titre obscur. Si l'on faisait ça, je pense que l'on aurait l'impression d'exploiter le groupe qui l'a écrit.

Il vous a fallu pas mal de temps pour sortir The Power Out, ce qui fait qu'Axes sort assez peu de temps après.

VS : C'est beaucoup mieux pour nous car The Power Out est sorti un an après son enregistrement, on était déjà passées à autre chose quand le disque est sorti. On voulait passer à autre chose mais on était plus ou moins obligées de jouer ces chansons. C'est assez différent cette fois-ci parce qu'on est beaucoup plus excitées par les nouveaux morceaux. Je pense qu'en général, on est plus motivées pour jouer live.

RM : C'est vraiment bon de jouer live avec des nouvelles chansons toutes fraîches.

VS : On a vraiment hâte de pouvoir glisser des nouveaux morceaux dans notre set également. Je trouve nos concerts meilleurs qu'avant parce que les morceaux d'Axes sont beaucoup plus faits pour être joués sur scène. On a pensé à la façon qu'ils rendraient live quand on les a composés et beaucoup d'entre eux ont été joués sur scène avant d'être enregistrés pour Axes.

J'ai vu que vous n'étiez plus trop intéressées par l'idée de jouer vos anciens morceaux.

RM : Il y en a qui sont vraiment vieux !

VS : Il y a UOR qui n'est pas récent et que nous avons toujours joué sur scène depuis qu'on l'a composé. Et le morceau a dû être fait six mois après les débuts du groupe, ce qui fait sept ans ! On joue un morceau de Power Out (NDLR : Birds) et on en fait une autre si on peut faire un rappel (NDLR : Take The Bit Beetween Your Teeth).

RM : Ca n'a rien à voir avec les nouvelles chansons car on a beaucoup pensé au live, je pense que l'ensemble des morceaux forme un vrai bloc, les morceaux de Power Out ont un style très différent.

VS : Je pense qu'ils interrompraient ce qu'on essaie de faire avec ces nouveaux morceaux.

Vous avez de nouveaux morceaux de prêts ?

VS : Non, on n'a pas encore commencé à écrire depuis l'enregistrement.

Tu comptes écrire à nouveau des chansons dans d'autres langues que l'anglais ?

VS : Je ne sais pas vraiment. Le dernier morceau du disque a des paroles en espagnol que Ros a écrites.

A vrai dire je n'ai pas compris parce que la voix était trop basse.

VS : Si on l'avait augmentée je pense que ça aurait ruiné l'alchimie du morceau. Mais d'un autre côté, c'est dommage de ne pas pouvoir plus entendre la chorale. Si on avait augmenté le volume de la chorale, ça aurait ruiné l'effet live qu'on voulait transmettre.

Comment réagissent les publics anglophones quand tu chantes en français ou en portugais par exemple ?

VS : Je ne sais pas s'ils réagissent différemment. Bien sûr, on nous considère très souvent prétentieuses dans la presse.

RM : Il faut dire que les réactions de la presse en ce qui nous concerne sont très différentes de celles du public.

VS : Je ne pense pas que le public réagisse différemment à une chanson si elle est chantée dans une autre langue. De toute façon, il y a beaucoup de gens qui me disent qu'ils n'arrivent pas à comprendre ce que je raconte (rires). Jouer Oh Sombra en Espagne nous a valu une sacrée réaction de la part du public !

Vous étiez à l'affiche du festival "Les femmes s'en mêlent" cette année. Est-ce que ça a une signification particulière pour vous ?

RM : Je pense que ce genre de festival est très important, je l'ai trouvé très bien. Il y avait une très bonne affiche et je pense qu'il faut promouvoir les artistes féminines sans pour autant rester dans un univers exclusivement féminin. On n'a pas vraiment eu cette impression d'ailleurs.

VS : Oui, en effet. Je pense que les organisateurs choisissent avant tout des groupes qu'ils apprécient et ensuite ils s'assurent qu'il y a au moins une fille dans le groupe.

RM : Il y a pas mal de groupes qui avaient plus de mecs que de filles.

Vous avez joué avec des groupes français ?

VS : Non, on a vu Regina Spektor qui a été très bonne. On a joué avec un groupe suédois et un groupe américain, c'est dommage. Mais on va en voir un ce soir (NDLR : la première partie nantaise étant assurée par Stuntman 5).

RM : Tu les connais ?

Je sais qu'il est originaire de Nantes mais je connais mal ce qu'il fait.

RM : Je croyais qu'il était parisien !

Il y a toute cette liste d'artistes féminines que vous remerciez dans la pochette de votre premier album...

VS : Ca n'était pas vraiment une liste de remerciements mais plutôt une façon de leur rendre hommage. On a voulu payer nos respects aux femmes qui nous ont inspirées. Pas nécessairement musicalement d'ailleurs, mais plutôt pour leur intégrité et aussi le fait qu'elles aient réussi.

Elles vous ont en quelque sorte montré la voie ?

VS : Je pense que ça nous a permis de prendre confiance. On a vraiment voulu les imiter en allant aussi loin que possible.

Cette liste est assez intéressante car on y croise aussi bien Kim Gordon que Simone De Beauvoir et je pense que ça se retrouve également dans vos influences musicales qui sont très variées.

VS : Oui.

RM : Oui, c'est vrai.

Vu la diversité des genres dans votre musique, y a-t-il quelque chose de nouveau que vous souhaiteriez apporter au groupe ?

RM : Je pense que ça se fait plutôt très naturellement. Ce n'est pas comme si on essayait d'ajouter de nouveaux genres car on ne réfléchit pas vraiment en terme de genre. On voit juste ce qui sort quand on commence à jouer ensemble.

VS : On ne s'est jamais concertés en se disant "faisons ci ou faisons ça". Au pire, on peut décider de faire une chanson vraiment lourde mais la plupart du temps, on évite d'en parler et on se contente de jouer. Je pense que quand tu commences à conceptualiser ta musique, tu t'éloignes des sentiments que tu tentes d'exprimer.

Je me demandais si par exemple vous pourriez faire des chansons acoustiques.

VS : C'est déjà un peu le cas sur quelques chansons d'Axes. Je ne sais pas si ça marcherait vraiment car nos morceaux sont basés sur une basse très présente...

RM : Et il y a beaucoup de bruit ajouté aussi.

VS : Et ce serait assez difficile en live je pense.

Penses tu que la littérature a eu le même impact sur ton songwriting pour Axes ?

VS : A vrai dire, je pense que cette influence est plutôt indirecte. L'influence était plutôt évidente sur Power Out, mais cette fois ci je pense que c'est un peu moins évident. On lit beaucoup et peut-être que l'on arrive a dégager quelque chose en jouant ce qui se rapproche des livres que l'on lit, mais j'aurai du mal à dire ce qui a spécifiquement influencé les paroles sur le nouvel album. On n'a jamais articulé une chanson autour d'un livre ou d'un passage précis.

Comment avez vous décidé de l'organisation des morceaux sur le disque ?

VS : On avait plus ou moins l'ordre en se rendant au studio. On a changé quelques petites choses en écoutant ce que ça donnait. Je pense que ça revient un peu à la même chose qu'établir la setlist d'un concert. Il faut construire une certaine forme d'énergie, puis monter et descendre, descendre et monter...

RM : J'ai l'impression que tout se met en place assez facilement. Ca se fait naturellement.

VS : Il y a certains morceaux qui marchent par paire pour nous.

Comme votre reprise du Partisan qui est longuement introduite et puis après vous enchaînez sur I Keep Losing Heart qui prend un contre-pied total, ce que je trouve brillant.

VS : C'est vraiment agréable de pouvoir aller là où on veut quand on veut. On considère aussi que ce que tu as déjà entendu va affecter la façon dont tu entendras ce qui suit. Les changements de dynamique, etc... on pense à toutes ces choses.

J'ai un peu l'impression qu'un de vos buts est d'aller là où on ne vous attend pas.

VS : Je ne suis pas sûre que ce soit un but pour nous. Ca a plus à voir avec le fait qu'on veut vraiment aller au bout de nos idées, se surprendre à en trouver de nouvelles. Je ne pense pas que nous ayons des buts liés à la perception des autres gens.

Je disais ça parce qu'il y a beaucoup de vos morceaux qui sont déstabilisants, on ne sait jamais vraiment ce qui va arriver.

VS : Oui, je suppose qu'on évite de faire une musique prévisible

RM : C'est aussi une façon de conserver notre intérêt pour ce que l'on fait. On préfère ça plutôt que de se demander qui va écouter nos disques.

VS : On ne pense pas vraiment aux réactions que les gens risquent d'avoir en nous écoutant quand on compose. C'est quand le disque sort et que les gens le commentent que l'on commence à y penser.

La pochette d'Axes a-t-elle un sens particulier ?

RM : C'est Emma, notre batteuse, qui l'a faite.

VS : C'est elle qui s'occupe de tout l'artwork depuis nos débuts, je pense qu'elle cherche à mettre quelque chose qui résume l'esprit de chaque disque.

RM : On avait décidé toutes ensemble que la pochette serait plutôt sombre.

VS : Mais quand tu ouvres le livret c'est plutôt plein de couleurs. Je pense qu'elle a essayé de saisir les sentiments que font passer certains morceaux.

La pochette est intéressante car la scène peut se dérouler aussi bien tôt le matin que tard le soir...

VS : Oui elle est assez ambiguë.

D'après vous, il vaut mieux écouter Axes le matin ou le soir ?

RM : (rires) Je n'y avais jamais réfléchi comme ça.

VS : Je dirais que ça s'écouterait plutôt la nuit. C'est surtout parce que j'aime bien écouter des choses calmes le matin...

RM : Pas le genre de musique que tu écouterais avant de sortir un samedi soir (rires).

VS : Sinon, je déciderai de rester chez moi...

Et quel serait l'endroit idéal pour l'écouter ?

VS : Dans le noir...

RM : J'aime bien l'idée que les gens écoutent de la musique au casque pendant un voyage.

VS : Oui, sans hésitation, en voyage.

Vous faites de la musique qui fait bouger ?

RM : Oui, on devrait être diffusées dans les aéroports (rires).

Pour terminer, vous avez écouté quoi récemment ?

RM : J'écoute beaucoup les Au Pairs, un groupe punk des années 80. Et aussi les Raincoats.

VS : J'ai un CD de démos de Kate Bush que j'écoute beaucoup. Ce sont des morceaux qu'elle a fait avant de sortir des disques, enregistrés chez elle. J'écoute Devendra Banhart aussi.

RM : Ah oui ! Sinon, on écoute beaucoup Arcade Fire.

VS : John Coltrane...

Ca inspire ton jeu de saxophone ?

VS : Oui, c'est un vrai dieu.

RM : On écoute aussi Dominique A.

Quel album ?

RM : C'est une compilation qu'une amie m'a faite. J'aime beaucoup Le Courage des Oiseaux. Il y a un groupe qui l'a reprise...

Diabologum ?

RM : Oui, je les adore ! J'aime beaucoup un de leurs groupes avant celui là...

Peter Parker Experience ?

RM : Oui, celui là ! C'était très bon.

VS : Comment s'appelle l'ancien groupe de Daniel Darc ?

Taxi Girl !

VS : Oui, je les ai beaucoup écoutés pendant une période. On a une amie française qui nous fait écouter beaucoup de musique française.

Je pense que ça va aller à moins que vous n'ayez autre chose à rajouter ?

VS : C'est pour qui ?

Le webzine Millefeuille.

RM : Vraiment ? J'ai une amie qui a voulu commencer un magazine et elle voulait l'appeler comme ça, mais elle aurait parlé de pâtisserie. Vous avez eu de la chance que ça ne se fasse pas sinon vous auriez eu des problèmes (rires).

(Interview réalisée avec Yann B.)

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