North Atlantic Explorers

Ground control to Major Glenn

» Interview

le 12.09.2005 à 06:00 · par Jean-Yves B.

Skylines, le premier album des North Atlantic Explorers, majestueux recueil de ballades nocturnes entre country planante et pop au ralenti, fait partie des belles surprises de l'année (voir chronique). Intrigués, nous avons décidé de poser quelques questions à l'homme qui se cache derrière le groupe.

Tu peux te présenter un petit peu?

Salut, je suis Glenn D'Cruze. Je joue de plusieurs instruments, surtout batterie, guitare et piano, je chante et j'écris des chansons. Je suis le "Musical Director" des North Atlantic Explorers. On vient de Vancouver, dans le Canada.

Qu'est ce que tu faisais avant de créer les North Atlantic Explorers?

J'ai joué de la batterie avec une série de groupes. Avec beaucoup de groupes un peu hardcore, qui jouaient fort et vite, ironiquement : j'ai fait du chemin depuis ! Il y a eu un groupe de punk rock sautillant, piano/basse/batterie, un peu comme Nomeasno, qui s'appelait Itch. On a sorti quelques albums sur le label Nettwerk et on a fait quelques tournées. Le meilleur moment pour moi, ça a été une tournée européenne : treize pays en deux mois. On a joué au festival de Roskilde, au Danemark, avec Neil Young, The Velvet Underground, Uncle Tupelo, Sonic Youth, Sugar, American Music Club, Ray Charles, The Lemonheads. Un line-up prestigieux, on peut dire...

Après ça, j'ai arrêté un moment de jouer dans des groupes. J'ai appris la guitare tout seul, et j'ai commencé, juste comme ça, à chanter et à écrire mes premières chansons. Ensuite, j'ai eu un groupe de style country, on a fait quelques concerts - la première fois que je chantais mes propres chansons et que je jouais de la guitare sur scène. Je pensais que ça allait être vraiment excitant, mais pour être honnête, j'ai trouvé que la montée d'adrénaline que j'avais quand je cognais comme un dément sur ma batterie dans mes groupes précédents n'était pas au rendez-vous. Je ne sais pas si c'était le style de musique plus doux, le passage de la batterie à la guitare, ou si je perdais la vigueur de ma jeunesse, ou quelque chose d'autre. Ca allait, c'était un apprentissage, mais ça ne m'a pas pleinement satisfait.

Comment sont nés les North Atlantic Explorers?

Je caressais l'idée de faire un disque. Au début, je n'étais pas vraiment sûr de savoir si l'idée me plaisait tant que ça. Mais je me rappelle d'une nuit où j'étais dans mon lit à quelque chose comme quatre heures du matin en train d'écouter And Then Nothing Turned Itself Inside Out de Yo La Tengo et j'ai éprouvé ce truc indescriptible en écoutant ce disque dans un état à moitié conscient ; je suppose que j'ai ressenti une sorte de buzz, quelque chose qui manquait à mon groupe précédent. Je me suis rendu compte alors que la musique ne devait pas forcément être forte et rapide pour être intense et pleine d'émotion. C'est à ce moment que je me suis dit : merde, je vais faire un disque.

Je savais que je voulais y travailler dur, prendre mon temps, et en faire quelque chose de spécial, quelque chose de plus élaboré que le format du groupe de rock habituel. Mais initialement, je faisais le disque seulement pour moi. Pour pouvoir dire que je l'avais fait et en être fier, le montrer à mes petits enfants, ce genre de choses. Mais maintenant qu'il est fait, et qu'il est sorti et que des gens l'écoutent et l'apprécient, je suis vraiment touché et encouragé par ça et j'aimerais continuer avec les North Atlantic Explorers d'une façon ou d'une autre. Je suis en train d'essayer d'assembler un groupe pour faire quelques concerts et on verra bien ce que ça donnera.

C'est plutôt un vrai groupe, ou un projet solo, pour toi?

Je suppose que jusqu'ici c'est un projet solo, vu que c'est moi qui ai fait la majeure partie du travail d'écriture, qui ai joué de pas mal d'instruments et en somme dirigé les opérations, avec une aide considérable de Jonathan Anderson, le co-producteur. Je pense que les North Atlantic Explorers seront toujours d'abord ma musique, mais je ne suis pas nécessairement opposé à l'idée que d'autres personnes interviennent dans le processus créatif, si ça s'y prête.

Je suis curieux à propos de ton nom de groupe, et aussi de toute l'imagerie géographique qui est très présente dans le disque, sur la pochette et dans les textes notamment. Tu peux m'en dire un peu plus là-dessus?

Ca m'a pris du temps pour trouver un bon nom. Je pense que North Atlantic Explorers est un nom de groupe parfait à plein de niveaux. Je suis fier d'être canadien et je voulais un nom qui ait un peu une connotation nordique ou canadienne. Je m'intéresse vraiment à la géographie. Je pourrais regarder des cartes des journées entières sans m'en lasser. Dans les paroles, il y a beaucoup de références géographiques. Quand je pense à l'Atlantique Nord je m'imagine un paysage de désolation froid, maussade, brumeux, ce qui va bien avec l'atmosphère et la tonalité presque "ambient" du disque. La partie "Explorers" est aussi très représentative du processus de l'enregistrement lui-même, qui était dans une grande mesure de nature expérimentale, une exploration. Et, encore une fois, le mot "explorers" a cette référence historique ou géographique, qui m'intéresse beaucoup. Et puis, tu vois, South Pacific Explorers sonnait trop foutrement coloré, tropical et festif.

J'ai choisi un artwork qui me paraissait représentatif de la musique et des paroles. Je pense que la photographie aérienne de la terre sur la pochette fonctionne bien. Et je trouve que c'est aussi une image très frappante, qui se remarque, et comme la musique, planante et atmosphérique.

Tu habites à Vancouver - c'est une ville qui te plaît? Comment ton environnement de ta vie de tous les jours influence-t-il la musique que tu fais, d'après toi (si influence il y a)?

J'aime bien Vancouver, c'est une belle ville. En fait, c'est bizarre. Cette toute petite section de la côte Ouest du Canada est la seule partie de ce vaste pays qui n'a pas des hivers invariablement durs, extrêmement froids. Même si l'hiver ici peut devenir un peu glauque après des mois de pluie froide. J'appelle ça la mousson. Je suis sûr que des gens vont penser que le temps gris et pluvieux affecte directement la musique lente et triste que nous faisons mais je pense que je jouerais probablement la même musique si j'étais à n'importe quel autre endroit. Hmm, tu me fais douter maintenant. Le Canada est un pays riche et varié : on a trois océans, les Rocheuses, les champs de blé des Prairies, des lacs, des lacs et encore des lacs, des centres urbains tentaculaires, des rivières aux puissants courants, les collines et les vallons du côté Atlantique, sans oublier l'Arctique. Mais est-ce que l'environnement influence la musique? Je ne pense pas, en fait. Mais c'est une bonne question. Si je vivais en Jamaïque, est-ce que je jouerais du reggae? Si je vivais au Mexique, est-ce que je serais dans un groupe de mariachis? Hmm...

Les premières paroles du disque c'est : "I'm gonna pack up everything I own/Move to the greener side of town/I might settle down high atop Mount Everest/Or on the dark side of the moon" - les paroles en général semblent beaucoup tourner autour du thème du voyage, de l'évasion, le désir de voyager, de s'échapper. C'est quelque chose dont tu te sens proche personnellement?

Oui, absolument. Je suis sûr que des gens en écoutant les paroles vont penser que j'ai beaucoup voyagé, mais en fait pas tellement. J'ai traversé le Canada en voiture une ou deux fois. Il y a quelques années j'ai fait un voyage en voiture, j'ai fait à peu près 10000 kms en huit jours. Quasiment sans m'arrêter nulle part, je conduisais et c'était tout. Cette tournée européenne de deux mois a été mon plus gros voyage. J'adorerais vivre dans un pays étranger, me plonger dans un environnement complètement différent - une langue différente, les coutumes, la nourriture - et voir comment je m'en sortirais. Ce genre d'expériences, quand tu prends des risques et que tu te sors de ton cocon, sont celles qui sont les plus enrichissantes et gratifiantes, elles te donnent les souvenirs les plus forts de ta vie. Ceci dit, autant que j'aimerais faire quelque chose comme ça, je ne le ferai sûrement jamais. Je serai probablement un habitant de Vancouver toute ma vie. En fait, je suis un vrai pantouflard. Mon grand but dans la vie, c'est de ne jamais avoir à quitter ma maison, juste glander en pyjama. Je ne suis pas sûr d'avoir bien répondu à la question.

Comment as tu choisi les deux reprises qui figurent sur Skylines?

I Will Not Leave You Alone vient d'un des EPs de Lloyd Cole. Cette chanson s'est trouvée passer sur ma chaîne à un moment où j'avais une guitare dans les mains. Pour m'amuser, j'ai cherché les accords et ça donnait super bien.

Tonight You Belong To Me vient du film de Steve Martin, "The Jerk". Le film est vraiment niais et mièvre, et il y a cette jolie petite chanson enjouée au milieu du film, que Steve Martin joue à l'ukulele et qu'il chante avec Bernadette Peters. C'est curieux. Encore une fois, j'ai simplement réussi à jouer une version approximative de la chanson, qui sonnait bien. Ironiquement, je n'ai jamais appris à jouer que six ou sept reprises dans ma vie. Je commence seulement maintenant à apprendre les histoires de tons, quels accords sont dans quels tons et tout ça. Si j'entendais une chanson à la radio, je ne savais jamais comment trouver la manière dont elle se jouait pour la faire à la guitare, avant. De toute façon en général ça ne m'intéresse pas outre mesure d'apprendre à faire des reprises. Ca ne veut pas dire que je refuse d'en faire, c'est juste que je ne sais pas en jouer beaucoup et qu'en général je n'ai pas le temps ou la patience de les apprendre.

Les chansons de Skylines sont incroyablement produites, et la biographie sur ton site raconte que tu as fais beaucoup de retouches, que tu as été très attentif aux détails. Tu peux me parler plus en détail de l'écriture - par exemple est-ce que tu écris tes chansons sur une guitare? Et aussi de l'enregistrement de l'album?

Presque toutes les chansons ont été composées sur une guitare, en fait, ce qui est un peu bizarre vu que les guitares ne sont pas particulièrement proéminentes sur le disque. C'est drôle d'écouter l'album quand on sait que les chansons étaient à la base si différentes et tellement plus simples. Les chansons et les arrangements ont beaucoup évolué, oui.

Je pourrais passer des journées à parler de l'enregistrement. Ca a été enregistré sur une période de plusieurs années, pour diverses raisons. La plupart des chansons ont commencé assez simplement, avec basse, batterie et guitare. Certaines ont bien marché tout de suite mais il y en a eu d'autres qu'on a enregistrées et jetées, réenregistrées et de nouveau jetées, plusieurs fois. Oui, je suis un perfectionniste. Je voudrais vraiment ne pas l'être. Au fur et à mesure, on a ajouté toutes sortes d'instrumentations aux chansons : trompettes, cordes, boucles, samples, banjo, piano, orgue, xylophone, accordéon, vibraphone, etc. Je voulais que ça soit très mélodique. Je voulais que tous les sons aient de la personnalité, du caractère. Parfois ça n'avait pas d'importance si quelque chose sonnait bien sur le plan technique, tant que ça sonnait cool, si tu vois ce que je veux dire. On a beaucoup expérimenté et essayé beaucoup de choses différentes, parfois elles n'ont pas marché, mais quand elles ont marché, les résultats ont souvent été géniaux. Je n'ai pas souhaité consciemment que l'album soit aussi lent et ambient qu'il l'est finalement, je pense. On a abandonné trois chansons qui, par hasard, se trouvaient être plus enlevées. Les chansons qui restaient semblaient aller bien ensemble, elles marchaient ensemble de manière satisfaisante, et l'album paraissait tout d'un coup beaucoup plus cohérent. C'est un résumé bref de l'enregistrement.

Quels sont tes disques ou artistes préférés en ce moment?

Sufjan Stevens - Illinois est vraiment formidable, très beau. J'écoute beaucoup de trucs pop en ce moment : Josh Rouse - Nashville, Pernice Brothers - Discover A Lovelier You et Ben Folds - Songs For Silverman. Un groupe du coin de Toronto, qui s'appelle Kepler, vient juste de sortir un super album, Attic Salt. Ca vaut le coup de l'écouter. Telepopmusik - il y a des trucs vraiment jolis sur Angel Milk. Lloyd Cole - le nouveau, Music In A Foreign Language, est peut-être bien son meilleur. Et j'écoute beaucoup de vieilleries sur mon autoradio : Dionne Warwick est une de mes nouvelles préférées et j'aime beaucoup de choses de Burt Bacharach. J'ai hâte d'écouter le nouveau Cardigans aussi.

Et tes préférés tout court?

Lloyd Cole - Don't Get Weird On Me (surtout la face orchestrale). Teenage Fanclub - Songs From Northern Britain est peut-être l'album pop le plus parfait de tous les temps. Les Replacements ont été mon groupe préféré pendant des années. J'aime presque tout ce qu'Idaho a sorti et j'ai entendu qu'un nouvel album sort bientôt ; j'attends TOUJOURS la suite du Loveless de My Bloody Valentine. En gros, tout ce que sort Mark Kozelek est génial : Red House Painters, Sun Kil Moon, et les trucs solo. Je pense que Sufjan Stevens va rentrer dans mon panthéon : ses disques Michigan et Seven Swans sont aussi excellents. Je suis impatient d'entendre ses 48 autres albums sur les états des Etats-Unis.

Tu as des influences, ou sources d'inspiration artistiques autres que la musique?

Ce n'est probablement pas la réponse excitante que tu recherches mais non, pas vraiment. J'écoute de la musique presque constamment, dès que je me lève le matin, toute la journée, jusqu'à ce que je m'endorme. J'aime tellement la musique. Je ne m'en lasse jamais. Donc ça n'est pas une réponse très sexy mais c'est la musique elle même qui est la source d'inspiration principale de ma musique. En fait, je trouve la météo intéressante aussi, peut-être que c'est une inspiration indirecte : les levers et couchers de soleil, la foudre, les éclairs, les tempêtes de neige, les nuits étoilées, des trucs chouettes comme ça. Je suis en plein milieu d'un gros orage en ce moment même. Le courant est coupé et une bonne partie de la ville est complètement dans le noir.

Qu'est ce que tu vas faire dans les prochains mois? Tu as prévu de partir en tournée, d'enregistrer un deuxième album?

Ma priorité immédiate, c'est de former un groupe pour jouer quelques concerts pour promouvoir le disque. Je sais que je suis un peu en retard mais, je ne te dis pas, qu'est ce que c'est dur de trouver des gens bien avec qui jouer! J'aimerais bien tourner un peu ici et là. J'adorerais retourner en Europe et y jouer. C'était si excitant la dernière fois. Mais j'anticipe. D'abord, il faut que je trouve un vrai groupe de scène.

Comme je l'ai déjà dit, initialement je voulais juste faire un vraiment bon disque, pour moi-même. Mais maintenant je pense qu'en le faisant je suis devenu un peu accro. J'ai de la musique qui m'excite et beaucoup d'idées pour un deuxième disque. Je pense qu'il y a une bonne chance pour qu'il y ait un deuxième album des North Atlantic Explorers.

Deux extraits MP3 de Skylines sont écoutables sur le site officiel : When My Ship Comes In et I Will Not Leave You Alone.

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