Electrophönvintage

Une guitare sous le lit de mon grand frère.

» Interview

le 02.05.2005 à 00:00 · par Eric F.

Un ado dans un costume de Neil Young à sa taille : l'attachant Rémi Parson se confie.

Quelles ont été tes premières expériences avec la musique ? Qu'est ce qui t'as fait te mettre à jouer ?

C'est très dur à raconter ; comment on se met à la musique. Une guitare sous le lit de mon grand frère... Ma famille n'est pas du tout fan de musique, ni mon père, ni ma mère. Je n'ai pas grandi là dedans, et l'influence de mon frère, qui était le seul à écouter de la musique, est très indirecte. A travers une cloison, sans réaliser grand-chose, sans curiosité particulière. Je crois que c'est un virus qui passait par là. Mais c'était spontané, sans aucun recul; A partir du moment ou la guitare a été trouvée, je me suis mis à remplir des cassettes de chansons en yaourt, avec un jeu de guitare incompréhensible. Je faisais de belles pochettes, ce qui me semblait somme toute être le plus important. On s'est mis à jouer au collège avec Anicet, qui prenait des cours de batterie. On aimait la Britpop, Blur, Oasis ou Babylon Zoo (!) J'ai pris quelques cours ensuite. Bruno est arrivé. On est devenu un peu plus traditionnel.

Tu as lancé Electrophönvintage avant de commencer l'aventure A Place For Parks. Cette expérience était sûrement comparable a celle de milliers d'ados qui enregistrent dans leur chambre. Avais tu des ambitions ?

D'un point de vue chronologique (A Place For Parks étant la version finale de notre groupe du collège) Electrophönvintage a été « fondé » bien après (fin 1999), mais c'est en revanche le premier projet à avoir sorti un disque (sous la forme d'un 45 tours sur le label Plastic Pancake en 2000). A Place For Parks a été long à sortir du garage. Quand j'ai commencé à remplir les cassettes ça s'appelait Daub, et après c'est devenu Electrophönvintage. J'enregistrais sur mon 4 pistes et j'écoutais, je trouvais ça très beau, en tout cas ça me faisait du bien. Ca venait de nulle part. J'ai donné la cassette au patron de Plastic Pancake qui était aussi mon coiffeur, j'avais déjà commencé à l'inonder un peu avec des chansons, des albums cheap. L'ambition; On aimait Blur, avoir de l'ambition, ça aurait été de sonner comme Blur, le folk lo-fi ; si c'est ça que je suis censé faire, je n'en savais rien du tout.

Comment t'es tu retrouvé dans A Place For Parks ?

A Place For Parks comme je disais, est l'aboutissement de notre groupe de lycée, on a découvert Mogwai, on s'est dit que c'était simple, beau, intéressant à jouer et on a commencé à se transformer, tout en continuant par ailleurs nos chansons pop débraillées. Qu'on n'a pas eu la chance, ni l'ambition de sortir du garage malheureusement.

Comment est née ta relation avec Unique Records ?

On a gagné un tremplin dont le prix était des jours de studio et le pressage d'un disque. Ca a donné The Bright Period. On a réussi à avoir une borne d'écoute à la FNAC. Conseillé par un ami commun, Gérald d'Unique records a écouté et nous a "signé".

Les artistes semblent assez proches sur ce label, tu parlerais de famille ?

Je ne connais que Gérald et Gilles (à la tête du projet Lunt entre autres) et Mickaël Mottet et ses musiciens. On a joué ensemble plusieurs fois. Nos liens sont amicaux, surtout avec Gérald et Gilles, on découvre Mickaël peu à peu. On a malgré tout tendance à rester dans notre coin, avec nos recettes particulières. On n'a pas forcément les mêmes méthodes et puis on est très timides surtout, jusqu'à l'autarcie. On est sans doute moins musiciens, moins fous de technique, moins perfectionnistes.

A Place For Parks m'a toujours plu par sa volonté de dépasser les carcans du post rock. Quelles étaient vos influences autres que celles trop évidentes pour être citées (du style Mogwai, GY!BE) ?

Mogwai a été un déclic qui nous a conduit à une autre curiosité, à faire des commandes incroyablement difficiles à honorer pour un disquaire de province. On est malgré tout et avant tout, s'il faut absolument se réduire, des fans de pop music. On écoutait Arab Strap, les Rachel's et The For Carnation, Empress beaucoup. Ces derniers se retrouvent peut-être sur l'album. On assume pas du tout GY!BE par contre, parce qu'on n'a jamais écouté avant d'enregistrer, on ne se reconnaît pas du tout dans cette approche. On courait plus après le dernier Super Furry Animals ou Supergrass, que dans les bacs imports Canadiens, on est passé à côté. On aimerait pas se réduire à quelques citations mais l'axe Rachel's/The For Carnation est vraiment ce que l'on assume le mieux. Le post rock est trop associé à une image technicienne, gros son qui crache, parfois. Pas évident pour nous de se reconnaître là dedans.

Cette différenciation par rapport au "reste de la meute" était-il lié à la présence des cuivres ?

Notre ami Jérôme faisait du trombone et nous a fait profiter de ses réseaux de connaissances. On n'a pas osé, peut-être, aller en studio tous seuls comme des grands, alors on a embauché tous ces musiciens et au final ; c'est vrai que ça fait ambitieux et un peu différent. En réalité, c'était moins prémédité. Tout a été joué live, avec un minimum de répétitions, le plus souvent en studio, sur l'instant, selon les disponibilités. Ca a été une expérience vraiment riche, difficile à reproduire.

Hidden Landscapes me fait beaucoup penser à Pascal Comelade. Est-ce une influence ou le reflet de ma propre interprétation ?

C'était une belle comparaison. On voulait faire une musique exténuée, fragile. Le deuxième album aurait pu être plus influencé par Matt Elliott : cette façon de ronger, détraquer des mélodies apparemment minuscules, répertoriées, sages. On aurait essayé au moins. Apparently Empty Room est le seul morceau qui soit bruyant : il est très respectueux, au moins à nos yeux de la formule post rock, les autres sont plus dûs au hasard, pas prémédités pour un sou.

C'est grâce à un tremplin rock dans le Tarn et Garonne que vous avez pu sortir The Bright Period, ça doit être rarissime pour un groupe instrumental !

The Bright Period n'est pas entièrement représentatif de nos concerts, il arrivait que l'on chante, souvent même. Ceci dit je pense que c'était un exploit encore assez rare de gagner ce tremplin sans faire de métal ou de rock hyper couillu et technique. Ca a été une chance énorme pour nous. D'autant que c'était notre premier concert.

Est ce ton expérience avec Electrophönvintage qui t'a poussé à lancer des chansons avec des paroles dans A Place For Parks ?

Le chant ne nous posait pas de problèmes éthiques particuliers. Celui de la cohérence d'ensemble par contre, oui. C'est pour cela qu'on a choisi de ne pas mettre de chansons dans The Bright Period. A ce moment là, on a estimé qu'elles étaient un peu plus faibles ou hors sujet par rapport à l'ambiance qui avait résulté des sessions.

Les "postrockeux" se tournent beaucoup plus souvent vers l'electro que le folk. Tu n'as jamais tenté de faire de la musique électronique ?

On fait juste toute la musique qui nous passe par la tête. On ne mélange pas trop par contre. Je compartimente. Mais on a des projets bossa nova, electronica, rock est-allemand. C'est une faim de loup de musique, je voudrais ne faire que ça, c'est la seule chose qui me donne du courage et du coeur à l'ouvrage.

Qu'est ce qui inspire tes textes ?

J'aime l'anglais. Je me rappelle des phrases, des tournures que je capte et puis j'ai un lexique (sans doute faux) assez caractéristique, des thématiques assez simples. Ca fait une langue de traviole, qui ferait rire les profs d'anglais. Ce n'est pas une volonté de se cacher, ou une quête d'idoles anglo-saxonnes, ça finit par être un langage dans lequel je me reconnais et je m'épanouis. En général je m'ennuie, je rêvasse, j'ai plein d'amour. Je n'invente pas des histoires tarabiscotées. Tout est là à portée de main. Ce qui se passe dans ma tête, dans mon ventre : la colère, la peur, la haine, l'absence : je ne crois pas qu'il faille pour les exprimer écrire des trucs du genre ; « mon sang se glace, mes veines m'étranglent ». La vie est très prosaïque dans ces moments là : « il n'y a rien à la télé, j'achète des raviolis, j'ai besoin de tes bras ». Et tant pis si ça ressemble à du Chris Isaak ou à 5000 trucs FM, à un truc de gamin. Ca finit par être bien moins naïf que l'on croit, et bien plus poétique. C'est très mystique en fait je suppose !

Comment en es-tu arrivé à évoquer François Mitterand sur l'album ?

The Former President est issu d'une divagation sur 4 pistes où je citais quelques icônes des 80's, juste pour me faire une idée, en quasi yaourt... Il y avait Mitterand, Groquik (de Nesquik)... quand j'ai écrit la version finale, seul Mitterand est resté. Cette chanson parle de comment on peut vivre une situation pendant longtemps sans en être marqué spécialement... mais à la fois un peu. Ce genre de situation bizarroïde, ambiguë. Mitterand, je n'ai connu que lui, j'ai vécu avec lui et pourtant il ne reste rien. C'est un peu cryptique peut-être...

Peux tu revenir sur ce qui a pousse A Place For Parks au split si ça n'est pas trop douloureux ? (tu n'es pas obligé de rentrer dans les détails scabreux, on n'est pas Voici quand même) ?

On s'est éloignés géographiquement et dans nos évolutions personnelles, chacun avec son point de vue et pas forcément avec de la haine ou du conflit. Pour ma part, j'ai souffert de la découverte d'un certain nombre de non-dits, d'une forme d'hypocrisie.

C'est dommage que le groupe n'ait pas survécu à ce premier disque prometteur...

Je suis d'accord. J'aurais voulu qu'un deuxième disque existe et paraisse pour donner une perspective, un autre angle, et surtout pour explorer les dizaines de chemins qu'on avait envie d'emprunter. Pour se soigner encore plus aussi. D'une manière que seul ce projet pouvait provoquer. C'est une frustration très grande.

Vous avez prévu de sortir vos dernières chansons comme Citror ou I Live In Poland notamment ?

Elles ne sont pas enregistrées. J'ai prévu de faire quelques cd-r. Je ne me prononce pas encore. Je voudrais en parler avec les autres.

J'aurai été loin de m'imaginer que tu étais derrière le pseudonyme Electrophönvintage en écoutant le disque. Comment expliques tu la grande disparité entre ces deux projets ? S'agit il de deux composantes opposées de ta culture musicale ?

On peut prendre chaque projet comme un médicament. A Place For Parks était le médicament d'un certain mal et Electrophönvintage celui d'un autre. Comme je suis français, je prends énormément de médicaments. Le plus possible et tout en même temps. Plus sérieusement, même si je compartimente les projets, je ne peux pas et ne veux pas parler de culture musicale parce qu'on va finir par aboutir à la fameuse phrase ; "j'écoute de tout" , et que c'est trop nul. Le besoin d'afficher ses goûts, ses influences est devenu un signe ostentatoire de richesse, une occasion de briller en société. Ca équivaut à parler de voitures ou d'ordinateurs. "J'ai un pressage polonais de Closer" = "J'ai mis un pot ninja sur mon Ciao". Electrophönvintage est en train de devenir un vrai groupe, mais jusqu'alors, c'était mon groupe à moi tout seul. C'était surtout ça. Un groupe qui fait des chansons, comme un journal intime en quelque sorte.

Est ce que le son du disque est volontairement lo-fi ? Certains morceaux acoustiques d'A Place For Parks (par exemple sur le live a Pau) sonnaient très bien. (Pas que ça soit mal de sonner lo-fi hein...)

Le disque a coûté 150 euros TTC à enregistrer. Je n'aurais pas craché sur 10000 d'euros, j'aurais sans doute su quoi faire. La pose lo-fi n'est pas un de mes principes. J'ai enregistré pendant longtemps sur mon 4 pistes et c'était une école formidable, mais maintenant j'aime bien le studio et le côté solennel de l'enregistrement. Le fait qu'il faille essayer de faire le mieux possible dans un temps imparti, même avec une angine. De plus, je ne trouve pas le disque lo-fi en fait. On s'est beaucoup appliqué, même si on devait foncer pour tout enregistrer en un jour. C'est vrai, j'ai du mal aussi avec le fignolage maniaque. Une bonne chanson pop marche à peu près toute seule quand même, il me semble. Si l'on considère l'album lo-fi parce qu'il y a peu d'arrangements, alors oui. C'est la première fois que j'écrivais vraiment les paroles, qu'il y avait moins de place pour l'improvisation dans Electrophönvintage; alors j'ai voulu faire un truc vraiment propre, simple, cru, poser les chansons. Je l'ai enregistré il y a longtemps et ce n'est plus ma vision maintenant, le prochain disque est déjà à moitié enregistré et il est bien plus arrangé. Je crois que j'ai été timide à l'époque, et c'est très bien comme ça finalement.

Qu'évoquent pour toi les ye-ye songs du titre ? Aucun rapport avec le gospel ye ye des Make Up je suppose ?

J'adore Make Up ! Ca n'a pas de rapport pour autant. Je pensais aux Yéyés, une période sur laquelle je craque un peu en ce moment, grâce à la découverte d'un magasin riche en 45 tours vintage à prix sacrifiés. We sang a Yéyé Song signifie pour moi quelque chose de minuscule mais de très intense, un instantané. Un polaroïd tremblé. Ce titre fait référence à une promenade au lac de Lourdes avec mon cousin. On s'était mis à chanter Capri, C'est Fini d'Hervé Vilard par la fenêtre de la voiture. Je me rappelle de ce moment comme quelque chose de très drôle, de très défoulant, de très intense. Pourtant ce n'est qu'une chansonnette un peu quiche. Mes chansons dépassent rarement les deux minutes, c'est facile de passer à côté, j'y mets pourtant tout mon coeur, le plus intensément possible. Ca ne va pas changer le monde. Je préfère avancer comme ça, pas vraiment envie de prouver quelque chose, de "comparer ma bite à la récré".

Pourquoi avoir choisi de sortir un album aussi court ?

Je ne choisis pas. Je suis monomaniaque de l'album de dix titres. Mes chansons étant courtes, ça fait un album très court. Et un super plan marketing pour le label ! Blague à part. Mes six autres albums faisaient tous entre 16 et 19 minutes et étaient presque tous assemblés de la même manière. 9 chansons et un instrumental. Ca me fait rire de faire mon Felt, de me fixer des contraintes, malgré tout, c'est devenu très important pour moi, comme un repère. J'ai des cas de conscience pour le prochain disque car j'ai 13 ou 14 morceaux. Je vais devoir trancher.

Quel a été l'apport au disque des tes amis invités ?

Ils ont apporté la batterie et la basse avant toute chose. Jusqu'alors, il devait y avoir un morceau avec de la batterie et quatre ou cinq avec de la boîte à rythme dans toute ma "discographie". On a joué live, sans trop répéter. Mes chansons sont assez arithmétiques de toute façon. Ils m'ont apporté plein de confiance et de soutien, et puis des choeurs californiens sur Where You're Not et un côté "chanson pop classique proprette" que j'assume très bien.

Le folk redevient assez populaire ces temps ci, qu'est ce que ça t'inspire ?

J'ai vraiment l'impression d'avoir fait un album de pop. J'aime les mélodies, quand c'est très mélodique, j'aime beaucoup. Je ne me sens pas trop folkeux en fait. Tant mieux si ça peut aider l'album, j'ai envie que ça marche bien.

Quels sont les groupes que tu préfères dans ce courant ? La scène new-yorkaise (Moldy Peaches, Jeff Lewis...) semble assez proche dans l'esprit avec ton disque.

Je ne sais pas trop quoi citer. Delphine m'a fait découvrir Bob Dylan : comme beaucoup (de Toulousains) je croyais le connaître et je faisais le malin. Je ne fais pas trop le tri sélectif en fait, j'ai appris beaucoup de choses en lisant Waiting For The Sun de Barney Hoskyns, ça parle de la scène musicale de Los Angeles. Les quelques touches folk de l'album, ça doit être un clin d'oeil, un cliché persistant du gars tout seul à la guitare, country man. Qu'on puisse me comparer à Neil Young me flatte énormément, une sorte de Neil Young ado alors. Ca devient compliqué ! Je crois que dans un autre contexte, moins folkeux, on serait peut-être allé pêché d'autres influences.

Comment vas tu aborder la transposition des chansons sur scène ? Tu joueras seul ?

On est en train de devenir un "vrai" groupe : je joue avec Delphine qui chante aussi et fait du mélodica, de l'harmonica, et Sébastien qui fait de la basse et de la guitare et qui lance la boîte à rythmes. Les chansons s'en retrouvent un peu modifiées, très Sarah Records paraît-il. Donc, tout va bien. D'ailleurs si quelqu'un veut nous programmer...

Comment vas tu combler tes sets vu que l'album est très court ? Tu composes beaucoup ? Tu fais des reprises ?

J'ai un gros sac de chansons. C'est un projet très productif. Malgré tout je me vois mal jouer 35 chansons pour arriver à aligner un set d'une heure, je pense que cela aurait un côté lassant pour tout le monde. On a décidé d'assumer ce côté lapidaire, et on fait des sets d'au maximum trente ou quarante minutes. Ca me semble plus en phase avec ce que l'on est. On a un peu de marge au cas où.

Tu as peut être d'autres projets dans le futur ?

Pour le futur très proche, nous préparons un album de notre projet avec Sébastien qui s'appelle Minimilk. Minimilk est notre projet bossa, yéyé, chanté en Français. On est en train de vraiment bien fignoler... on va faire des envois, si Unique veut ouvrir son catalogue aux fragrances Yéyé/Brésil... C'est assez beau je trouve, Sébastien est un immense guitariste, tout subtil comme Jobim. C'est simple. Sinon on travaille dur pour un projet qui s'appelle Oswaldo et où Delphine chante, superbement, il faut le dire. Je ne tarie pas d'éloges... On a un méga tube et l'album à enregistrer. Je ne sais pas pour quel label, on va chercher. C'est un peu synthétique. Boîtes à rythmes sèches. Lignes de basse. Synthétiseurs. Sec. C'est le mot. Je suis hyper enthousiaste, Delphine a quelque chose d'à part, on a de la chance. On espère sortir quelque chose avant la fin de l'année.

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