Julie Doiron

La double vie de Julie D.

» Interview

le 18.12.2004 à 06:00 · par Eric F.

Comment es tu passée d’Eric’s Trip à Julie Doiron en solitaire ?

Ce n’est pas vraiment une grande histoire. On a arrêté avec Eric’s Trip, j’ai voulu continuer alors me voilà avec une carrière solo (rires). Je ne sais pas pourquoi j’ai continué à faire de la musique, j’aurais pu continuer avec une vie plus normale, mais je pense que cela aurait été étrange. C’était assez normal. La question qui serait plus déstabilisante pour moi, ce serait de me demander comment je me suis retrouvée dans une carrière musicale. C’est étonnant parce que j’étais une personne assez timide, je ne pensais qu’on allait faire des concerts, partir en tournée, ça n’est pas quelque chose que je me voyais faire. Bien sûr ça me plaît maintenant, au début aussi je pense. Eric’s Trip a fait de la musique pendant un an et demi avant de faire un concert. On répétait régulièrement, une à deux fois par semaine dans une cave. Je n’avais aucune intention de faire ça comme carrière.

Ca arrive souvent…

C’était vraiment des débuts très humbles.

Pourquoi t’es tu mise à une carrière acoustique alors qu’Eric’s Trip était très bruyant ?

Je pense que j’ai fait ça exprès. Je n’avais pas envie de refaire du Eric’s Trip. C’était quelque chose de très spécial entre quatre personnes donc je n’ai pas voulu me retrouver à essayer de dupliquer ça. C’était bien à l’époque et j’ai aimé le faire, mais le refaire n’aurait pas eu de sens. J’ai pris un chemin pas complètement opposé, car il y avait quelques chansons très calmes dans Eric’s Trip, donc j’avais un peu d’expérience avec ça. D’autres membres du groupe ont continué la musique en jouant toujours dans ce style et ils ont fini par arrêter. C’était plus naturel pour moi de faire ce que j’ai fait.

Tu écrivais déjà des morceaux que tu jouais seule quand tu étais dans Eric’s Trip ?

Je n’étais pas très prolifique, je faisais quelques chansons. Rick l’était, donc je n’avais pas vraiment besoin d’écrire des chansons. C’est quand j’ai commencé toute seule que j’avais plus l'envie d’écrire. Je gagnais plus de confiance, j’avais plus une idée de ce que je voulais faire. J’avais plus d’expérience dans la vie, il y avait plus de choses à faire ressortir.

Quelle différence fais tu entre tes morceaux en anglais et en français ?

Je ne pense pas qu’il y ait une grande différence. Pour moi, la différence je n’en entends pas. Mes paroles en français sont peut être plus simples, mais c’est vrai qu’à la base mes paroles en anglais ne sont pas très compliquées non plus. Je procède un peu différemment pour les deux, mais je ne suis pas une grande poète, même en anglais. Je choisis bien mes mots pour représenter les sentiments que je veux faire ressortir, mais je ne suis pas Leonard Cohen, ni Bob Dylan. J’aimerais bien… Je n’ai pas besoin de beaucoup de mots pour faire passer l’émotion que je décris. Je pense que ça marche. J’aime écrire dans les deux langues, même si je suis plus à l’aise en anglais, mais c’est une question de confiance. Je commence à vouloir faire des choses en français de nouveau. J’ai beaucoup écrit en français pendant ma tournée aux Etats-Unis. Je vais essayer de faire un nouveau projet en français. C’est important de faire les deux, comme mes enfants vont à l’école en français, c’est bien pour moi d’avoir du français.

Tes morceaux français sont accueillis comment par les publics anglophones ?

Ils adorent ! Ils ne comprennent rien mais ils adorent. Il y a toujours au moins une personne dans la salle qui sait parler français. Ca marche toujours très bien aux Etats-Unis, même récemment, la personne qui faisait la première partie ne chantait qu’en français et le public a adoré. Je dirais que ça marche mieux aux Etats-Unis qu’au Canada. Ils n’ont pas forcément besoin de comprendre les paroles.

Il y a quand même peu de francophones qui percent là-bas !

Ca pourrait marcher mais c’est peut être une question de goût. C’est le style de musique. Est ce qu’il y a beaucoup de groupes en France qui font ce que je fais, mais en français ? Peut-être que c’est juste pas connu. Quand il y a des choses qui se passent en français aux Etats-Unis ça marche plutôt bien. Même si on prend Stereolab comme exemple, les gens adorent quand ils font des choses en français.

En parlant des groupes qui jouent la même musique que toi, tu es sûrement au courant qu’il existe un tribute à Eric’s Trip et un autre à Julie Doiron ?

Ah oui. J’ai trouvé qu’il y avait de très bonnes choses dessus. C’est très flatteur. Je ne suis pas déçue. Il y a quelques titres qui m’ont fait me sentir bizarre, des morceaux justement faits par des amis comme le premier morceau qui a été fait par le batteur d’Eric’s Trip. Je le trouve très bizarre. Mais le reste du disque est très bien.

J’ai l’impression qu’il y a des thèmes récurrents dans ta musique comme l’hiver ou la danse.

Oui, c’est vrai. L’hiver, la danse, la nuit… C’est vrai, mais je ne sais pas quoi te dire. Ca vient juste comme ça, ça n’est pas exprès. Je dois faire mon soundcheck, on peut continuer après ? Je vais faire la balance, ça va me prendre deux minutes.

(Julie expédie en effet son soundcheck…)

Si tu n’es pas à l’aise avec la question précédente, j’en ai une autre. J’aime beaucoup le fait que tu rendes touchant des faits de la vie quotidienne. Est ce une façon pour toi d’exprimer ta vie de tous les jours ?

J’essaie de ne pas trop y penser. Ca sort juste comme ça, comme c’est ça ma vie, ça ressort dans ma musique. Je ne sais pas si c’est intéressant pour les gens, mais je ne fais pas ça pour eux, je fais ça pour moi. Si par hasard les gens n’aiment pas, ça n’est pas trop grave. C’est ma vie, mais c’est quand même ce que tout le monde fait. Il n’y a pas grand monde a vivre une vie de rock star. Et puis j’ai des enfants quand je ne suis pas en tournée, j’ai deux vies complètement différentes : en tournée et à la maison. Je m’occupe des enfants, je fais la vaisselle, la buanderie… Quand je suis en tournée je vis une vie pas réaliste. Etre en tournée et rencontrer plein de gens qu’on ne va jamais revoir, ou peut-être dans trois ans, on fait des bonnes amitiés, on fait des connexions… C’est un peu frustrant, mais c’est aussi un peu excitant. Et puis on voit des villes nouvelles presque tous les jours, même si ce ne sont que des petites parties de ces villes. Ensuite on joue sur scène, on fait ce qu’on veut pendant quarante cinq minutes, une heure. C’est vraiment ma place et puis après je vais à la prochaine ville, ce n’est pas vraiment une vraie vie. C’est de là qu’on ressort ces sentiments d’ennui et de tristesse, je pense aux gens qui me manquent. En même temps, je chante la vie de tous les jours mais aussi ma vie en tournée, je ne pourrais pas chanter sur la politique, je ne suis pas politicienne, même si j’ai des opinions. Je ne veux pas sonner trop cliché ou trop prétentieuse. Je veux vraiment faire ressortir un sentiment auquel tout le monde peut se rattacher : tout le monde est déjà tombé amoureux, des choses qui se sont passées pour le mieux, des choses qui ont été horribles, enfin pas si horribles parce qu’on a toujours notre santé, quand on pense que c’est la fin du monde pendant quelques temps et on continue. Dès fois on se réveille un peu mélancolique, il pleut, qu’est ce qu’on va faire de la journée ?

Ecrire sur la pluie ?

Oui, par exemple (rires).

Tu n’as quand même pas que des chansons tristes…

Bien sûr, il y a toujours de l’espoir. Je ne suis jamais sans espoir. Des fois, j’ai envie de revoir du monde, mais ce n’est pas sans espoir. J’ai des personnes qui m’aiment dans ma vie… Je n’aime pas trop expliquer les chansons et les paroles parce que je préfère dépeindre un sentiment et il n’y a pas grand chose à expliquer.

Mais à l'inverse de ce que tu racontais tout à l’heure sur le français aux Etats-Unis, ça ne t’embête pas qu’une grande partie de ton public français ne comprenne pas vraiment de quoi parlent tes morceaux ?

Non, ça ne m’embête pas car j’aime la mélodie. Je pense que c’est là ma force : dans les mélodies plus que dans les textes. Puisque mes thèmes sont semblables, si on réussit à comprendre le grosso modo…(rires), ça se dit ? Je dis ça pour me moquer de moi-même parce que je ne le dis jamais mais mes profs le disaient toujours. Donc si les gens réussissent à comprendre d’où je viens, ils n’ont pas besoin de comprendre tous les textes. J’attache beaucoup plus d’importance aux mélodies. Je ne pense pas qu’on a besoin de tout comprendre, la musique suffit. Je ne suis pas bonne avec les mots, je ne sais pas si j’explique bien.

Bon, on va passer à autre chose. Tu parlais de ta double vie, ça n’est pas trop dur de concilier la maternité avec le fait d’être une artiste ?

J’arrive à le gérer mais ça ne veut pas dire que c’est facile ou que c’est plaisant. Quand j’étais plus jeune, j’adorais aller en tournée, j’avais besoin de mon petit break. Là, comme j’ai mûri je préfère être à la maison, il y a plus de choses qui me retiennent et ma famille commence a en avoir marre que je sois partie aussi souvent. Je suis partie assez souvent ces jours ci. On a acheté une nouvelle maison en septembre et j’ai du y passer deux semaines depuis. Je suis partie en juillet enregistrer la basse du prochain Herman Dune, je suis partie en juin, en mai… Je suis partie assez souvent, pas nécessairement ici (rires) mais plutôt au Canada et aux Etats-Unis, même si j’essaie d’y aller le moins souvent possible.

Pourquoi ?

Là, ça marche bien, mais à un moment ça marchait beaucoup moins bien. Jagjaguwar est un très bon label, maintenant que je travaille avec eux, ça va mieux.

Et on dit comment Julie Doiron aux Etats Unis ?

Ils ne peuvent pas le dire, ça se dit n’importe comment. On dit Julie (rires). Des fois c’est « Doran » des fois c’est « Doirone » « Dorion » ou même « Dorian ». C’est pas un nom qui se prête à la gloire, c’est peut être pour ça que je ne vends pas beaucoup de disques. J’ai fait une interview récemment avec une radio anglophone au Canada, le DJ a annoncé « Yeah I have Julie D. on the phone »(rires).

Tu dis que tu ne vends pas beaucoup de disques mais est ce que tu cherches la célébrité ?

Je ne voudrais pas être trop connue mais j’aimerais bien vendre un tel minimum, comme dix mille de chaque disque. Je n’en vends pas beaucoup mais j’arrive quand même à en vivre, donc juste un petit peu plus, ça serait bien. Juste pour avoir une garantie que chaque tournée va bien marcher. Là, j’en suis encore à un point de me demander si mes tournées vont être amorties, je suis un peu trop « underground ».

Les lieux en témoignent, mais tu as quand même Johnny Hallyday derrière toi (une magnifique affiche du concert sous la tour Eiffel nous domine)

(Rires) Ouais, et puis il a joué ici, il a mis cette affiche lui-même (rires). Bon ça marche bien dans ce type de salle, mais ce n’est pas juste jouer des grandes salles qui symbolise le succès.

Surtout que ça fait grimper les prix des places…

C’est vrai, mais ça n’est pas forcément la faute du groupe. Il y a plein de services, plus tu deviens connu, plus tu as des gens à te tourner autour. C’est dommage… C’est vrai que les petites salles donnent une ambiance plus intime.

Qui correspond mieux à ta musique, d’ailleurs…

Sûrement, c’est toujours mieux d’être près du public que loin, à regarder sur un écran. Comme par exemple, Tom Waits. C’est quelqu’un qui joue encore dans des petites salles. Je jouais à Vancouver, et le même soir il jouait aussi, sauf que lui c’était complet depuis des mois, il avait tout vendu en neuf minutes (rires). Le premier soir, il est passé dans un théâtre ou j’avais joué deux ans avant en première partie de Hayden et il devait y avoir à peine mille personnes. On peut imaginer comment c’était bien son concert. Voir Tom Waits dans une salle comme ça, ça devait être trop bien. C’est au moins cent dollars canadiens. Il pourrait jouer dans des plus grandes salles. Ca fait quand même cinquante euros. Mais il y a des personnes rendues à ce point là, ça vaut quand même le coup, il ne fait pas beaucoup de tournées. Moi je le paierais, j’irais voir, lui et Leonard Cohen.

Il vieillit moyen quand même…

Arrête, je l’adore ! On ne va pas parler de lui parce que je l’adore, je le trouve génial et très beau. Il a soixante dix ans, mais il est toujours très beau et c’est un homme très sympa, calme et accueillant, moi j’irais le voir. J’ai bien aimé son dernier disque. Il y en a un nouveau mais je ne l’ai pas encore entendu. Ca dépend ce qu’on aime aussi, j’aime plein de trucs différents. Je paierais cher aussi pour aller voir Bob Dylan, mais lui il passe dans des salles beaucoup plus grandes. Je l’ai vu dans une salle de six mille personnes. John, mon mari, l’a vu deux fois en concert à Montréal. Il a eu de la chance, il a eu droit de venir se rapprocher de la scène dans une section pas très remplie. Il a payé soixante quatorze dollars canadiens pour Björk, donc quarante cinq euros à peu près. Le dollar canadien est plus faible, mais le dollar US va moins bien, donc ça n’est pas une bonne chose pour moi parce que je me fais payer en dollars US par mon label, je perds de l’argent au change. C’est un peu moins payant, mais pour y aller c’est mieux. « Who cares ? » (rires). L’euro ça vaut beaucoup, c’est le mieux, quand je suis payée comme ça et que je rentre chez moi, je suis riche ! Je suis arrivée avec cent vingt dollars US et ça m’a donné soixante dix euros.

(S’ensuit une longue conversation sur les taux de change pour arriver à la conclusion que Julie s’est faite avoir par le bureau de change de l’aéroport).

Je voulais te parler de ton premier album, où participent Doug Easley et Howe Gelb

Ca c’est mon deuxième ! Tu veux le premier ? Je l’ai ici, je vais te le passer. On a ajouté les deux premiers quarante cinq tours avec les pochettes à l’intérieur.

Merci ! Donc pour en revenir à ta rencontre avec Doug Easley et Howe Gelb

Sur le deuxième album (rires). J’ai eu de la chance pendant ma carrière musicale, ça, c’était quand j’étais sur Sub Pop. Il y avait une attachée de presse, Joyce, qui était amie avec Howe, c’est à travers elle que je l’ai rencontré. On jouait en même temps au Sub pop Festival en 1992, moi avec Eric’s Trip, Howe avec Giant Sand. Apparemment il a beaucoup aimé. C’est Joyce qui lui a suggéré de venir jouer sur le disque, c’était génial de travailler avec lui, de l’observer : il écoutait les morceaux et puis il allait de salle en salle, il partait, essayait plein de trucs, ramassait des trucs qui n’étaient même pas des instruments… On n’a pas tout gardé de ce qu’il a fait (rires). J’avais gardé le contact, j’ai déjà passé pas mal de temps chez lui, j’aime beaucoup ce qu’il fait.Doug Easley est quelqu’un avec beaucoup de talent aussi. Et en plus, Dave Schouse, qui jouait dans les Drifters était très sympa. Ils avaient vraiment tous des bonnes idées. C’est dommage, je n’avais pas trop envie d’essayer des choses, puisque c’était mon premier vrai disque en solo, j’avais dans la tête que ça sonne comme en concert. A l’époque je jouais seule et très calme, je ne voulais pas d’un grand disque avec beaucoup de production. J’ai quelques regrets maintenant, parce que j’étais entourée de tellement de gens avec de très bonnes idées, plein d’imagination, ils avaient beaucoup plus d’imagination. Si je retravaillais avec eux maintenant, ça serait un album différent, pas forcément meilleur, mais ça n’aurait rien à voir. J’aime beaucoup ce disque de toute façon. Howe a beaucoup changé depuis ce temps là aussi. Il est d’ailleurs en train de faire un disque au studio où j’ai fait ce disque, Désormais et Will You Still Love Me ?. Il enregistre ça avec Dave Draves, ça fait un an qu’ils sont dessus. J’ai écouté, c’est super, ça me plaît beaucoup. Howe s’est retrouvé dans ce studio par hasard, Dave est très fan d’Howe et le voilà qui l’enregistre. Je travaille beaucoup avec lui, il sait comment faire pour obtenir le résultat désiré.

J’ai vu qu’il y avait des photos sur ton site prises par Scott Chernoff de Molasses

Hein ? Qui ? Sur mon site web ? Heu… Ah, c’est une photo de mon ami Mike sur la tournée au Japon ! Je le connais juste comme ça, c’est un ami à Mike. Il habite au Japon avec sa femme, il venait de déménager là et on s’est retrouvé, je ne le connais pas très bien. Je ne sais pas si tu allais me demander…

C’est juste que la connexion m’étonnait un peu. D’ailleurs que penses tu de la communauté Constellation à Montréal ?

Je la connais pas trop, c’est pas trop mon monde. C’est un peu fermé, un peu intimidant si on n’en fait pas partie. J’ai déjà rencontré Don et Ian (les fondateurs du label), ils sont toujours là si Mike joue avec moi. Ceci dit, à un moment donné je faisais de la musique avec Bruce de Godspeed, il a joué de la batterie avec moi pendant quelques mois. C’est lui qui m’appelait pour jouer avec moi, ça a pris du temps avant que je lui dise OK. Je ne répondais pas à ses appels, j’ai fini par essayer. C’était à l’époque d’enregistrer Désormais. On répétait pour l’enregistrement, mais c’est à ce moment que Godspeed a pris une énorme ampleur. Désormais n’aurait pas du tout été le même disque avec lui. Mais c’est comme ça que ça marche aussi. On pourrait refaire le même disque différemment plusieurs fois. Je ne dis pas que les groupes de ce label sont intimidants, c’est la scène qui fait ça. Les gens de Godspeed ont toujours été gentils avec moi, Mauro joue souvent, il est très sympa, Efrim et Bruce aussi. Comme je ne sortais jamais à Montréal… Et puis leur concerts sont toujours complets même quand c’est quatre soirs de suite, le temps que je me rende compte qu’ils jouent, les concerts sont déjà passés (rires). Quand je retourne à la maison, je me repose, je suis avec ma famille. Et puis, on n’habite plus à Montréal. Peut-être que la scène de Julie Doiron aussi elle est intimidante (rires).

Et sinon tu te sens proche de ce que les journalistes appellent la nouvelle génération folk ?

Non, pas du tout, je ne connais pas bien du tout. Quelqu’un m’a demandé ça hier… Je n’ai pas été capable de répondre. Pourtant, Herman Dune ont beaucoup d’amis et ils font partie d’une scène assez particulière et puis je fais partie d’Herman Dune… Je fais partie de la vie d’Herman Dune, mais je ne fais pas la même musique que leurs amis. En toute honnêteté, je ne connais pas trop cette scène. Je ne vis pas tellement pour la musique, je ne cherche pas à connaître tant que ça de groupes. A un moment donné je me suis renfermé, à cause des enfants, je ne peux pas juste aller à New York et faire partie d’une scène… A Montréal non plus, ça n’était déjà pas le cas. C’est surtout dû à un manque de temps.

Mais tu écoutes d’autres groupes récents ?

J’adore Smog, Will Oldham, Stina Nordenstam. Quoi d’autre ? Herman Dune, il ne faut même pas le dire, mais si je ne le dis pas… Récemment aux Etats-Unis, j’ai beaucoup écouté Joanna Newsom. J’ai beaucoup aimé Laura Veirs aussi.

En fait, je pensais plus à des gens comme effectivement Joanna Newsom, Laura Veirs ou encore Devendra Banhart en faisant référence au nouveau folk…

Ah, ok. Justement j’ai tourné avec The Microphones, j’ai toute sa discographie. Pendant les tournées, on échange des disques. C’est vrai qu’il m’en envoyait beaucoup aussi. J’aime beaucoup aussi heu… J’essaye toujours de penser à des femmes parce que je n’en cite pas assez… J’ai acheté Joanna Newsom en vinyle, mais ma table tournante est cassée (rires).

C’est une belle expression !

(rires) Oui. Des fois André (Herman Dune) il dit des choses qu’il m’a entendu dire. Je ne sais pas s'il dit ça parce qu’il sait qu’il est en face de moi…

On ne le comprend pas toujours de toute façon…

C’est drôle, des fois il dit « C’est pas pire » ou « C’est le fun ». Il dit ça juste quand je suis là. C’est pas pire c’est l’équivalent de c’est pas terrible ? C’est pas évident à comprendre. « C’est chiant » ça veut dire que c’est… C’est bon ou pas ? C’est chiant, au Canada ils disent ça et c’est bon. Si on dit c’est pas terrible ça veut dire c’est bon… C’est moche ça veut dire c’est pas bon, c’est ça ?

Oui, heu, à vrai dire, on s’y perd…

C’est pas facile. Bon j’essaie de penser à d’autres femmes qui font de la musique…

Cat Power ?

J’apprécie ce qu’elle fait, mais avant je n’étais pas fan. Je pense que je peux avouer ça maintenant : je pense que j’étais un peu jalouse d’elle avant. Maintenant je m’en fous, je n’ai plus envie d’avoir ce qu’elle a, je veux juste vendre au minimum cinq mille disques (rires). J’apprécie ce qu’elle fait et je crois que je comprends plus d’où elle vient parce que j’entendais tant d’histoires sur elle, qu’elle pique ses crises sur scène. J’ai un peu l’impression que les gens aiment ça, ce freak show sur cène, c’est souvent complet ses concerts. Je suis allée la voir après la sortie de You Are Free et elle a fait un très bon concert, j’ai beaucoup aimé. J’aime beaucoup Shannon Wright aussi, c’est une bonne amie et j’aime beaucoup sa musique. J’ai beaucoup d’amis dont j’apprécie la musique, comme Hayden. Lui, il est très bon en concert, il a une très bonne présence et raconte de bonnes histoires. Il a une bonne personnalité. Il y en a sûrement d’autres…

On va parler d’Herman Dune… Pour les avoir croisé pas mal de fois, ils parlaient souvent de projets avec Julie Doiron et ça y est, ça s’est enfin concrétisé sur un long format !

C’est Herman Dune qui t’en a parlé ?

Oui, ca fait longtemps qu’ils parlaient de faire quelque chose avec toi. C’était assez sporadique avant Goodnight Nobody.

Maintenant, on parle de faire un disque commun aussi, des chansons écrites ensemble ou quatre et quatre et quatre. André et David avaient dit ça, tant pis pour Néman (rires). Je ne sais pas comment on va faire, bon allez on va dire que je n’ai rien dit… Il faudrait que j’aille manger bientôt ! Et puis en plus, Herman Dune a enregistré un nouveau disque qui sortira en mars, où je joue de la basse. Mais tu le sais déjà sûrement… André et David sont toujours très bien organisés, ils m’ont envoyé des démos et j’ai encore fait une Julie Doiron : j’ai mis ça sur mon PC avant de partir en tournée et j’ai fini par tout perdre. J’avais fait l’effort de bien essayer de le garder pourtant. Je suis arrivé à Leeds sans connaître les morceaux, j’étais assez nerveuse. André est toujours pareil avec moi « Allez Julie ça va bien se passer, tu es Julie Doiron » mais je sais que je suis Julie Doiron, c’est pour ça que ça m’inquiète (rires). Ca s’est bien passé, on prenait une chanson à la fois… J’étais nerveuse mais c’est un très bon album. En plus, il y avait tellement de chansons, ils auraient pu faire un EP aussi.

Qu’est ce que leur présence a apporté à Goodnight Nobody ?

De jouer avec eux ça change tout. Je pense que vous le savez mieux que moi.

Ca reste quand même du Julie Doiron.

Oui ?

Quand ils sont en backing band ils arrivent en général assez bien à se fondre à un nouvel univers, je trouve.

Oui, je suis d’accord. Je voulais vraiment faire un disque avec eux parce que je les adore, mais aussi parce que je voulais des musiciens qui peuvent faire de la musique spontanément. Moi, je ne leur ai pas envoyé de démos (rires). Je ne leur ai rien envoyé, je ne voulais pas qu’ils connaissent les morceaux d’avance. C’est pour ça qu’on n’a pu faire que huit morceaux.

Enfin en une journée, c’est plutôt pas mal !

Oui ! Donc c’est sorti comme je voulais. Il était temps que je joue avec un autre groupe parce que Heart & Crime était vraiment le disque que je voulais faire, je ne voulais pas refaire les Wooden Stars avec un autre groupe. J’étais prête à travailler avec un groupe. C’est bien de faire ça, c’est moins la routine. Notre amitié a beaucoup changé ma manière de procéder ces jours ci. Ils aiment tellement faire de la musique, moi aussi, mais c’était une expérience un peu plus différente pour moi, je pense. C’est très personnel et des fois je suis très timide, ne serait-ce que pour m’asseoir dans un salon avec une guitare et chanter devant des amis. Eux, ils ont toujours une guitare, ils sont toujours en train de chanter. Ce que j’aime avec eux, c’est qu’ils connaissent toujours au moins une chanson de leurs amis qu’ils sont capables de jouer n’importe quand.

Même quand ils ne la connaissent pas ils la jouent quand même !

C’est ça ! Donc j’ai appris à changer mon attitude envers la musique, ma motivation, ma raison de faire de la musique. J’ai toujours eu le fun à faire des concerts mais ils m’ont appris à avoir le fun à jouer de la musique, que ce soit un concert ou pour composer. Je me sens vraiment chanceuse… je ne suis pas sûre de savoir si c’est juste de la chance, mais je me sens chanceuse d’être amie avec eux.

Pourquoi n’as tu pas gardé votre version de Dirty Feet pour l’album ?

On voulait en faire une différente pour le disque parce que celle qu’on avait faite avec eux était pour Comes With A Smile, ils voulaient quelque chose d’unique. C’était mon premier enregistrement avec Herman Dune… Vous voulez monter avec moi pour qu’on continue ?

Non ça va aller, ne t’en fais pas. Merci beaucoup pour ton temps.

Si vous voulez on pourra continuer après le concert.

(Et en effet, tout cela continua après un superbe, mais court, set, cette rencontre avec Julie Doiron finissant au petit matin après une nuit passée à refaire le monde et à écouter des relectures acoustiques de quelques morceaux, dont un inédit émouvant et très prometteur pour la suite)

Interview réalisée avec le concours de Thomas D.

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