Antony and the Johnsons

Un beau plumage

» Interview

le 30.10.2004 à 06:00 · par Luisa W.

Ton nouveau single va sortir la semaine prochaine aux Etats-Unis...

Oui... En fait c’est un EP qui s’appelle The Lake. Il y a 3 chansons dans cet EP.

C’est la même chanson que Devendra Banhart avait mise dans sa compilation (The Golden Apples of the Sun) ?

Oui, c’est la même chanson, mais nous l'avons ré-enregistrée. La version que vous connaissez est une version live. Dans cet EP il y a aussi une chanson qui s’appelle Fistful of Love, dans laquelle Lou Reed joue de la guitare, et une autre petite chanson qui s’appelle The Horror is Gone. Je suis très content parce que pour la pochette j’ai pu utiliser une photo de Candy Darling qui a été prise par mon artiste favori, Peter Hujar. C’est une photo de Candy Darling en 1974, lorsqu´elle était à l’hôpital, peu avant sa mort. C’est un très beau portrait d’elle.

Je voulais justement te demander si tu avais choisi de chanter Candy Says avec Lou Reed dans Animal Serenade, ou bien si c'est lui qui t'avait proposé de chanter cette chanson.

La première fois que j’ai rencontré Lou, je lui ai dit "il y a une chanson que tu as écrit, que j’ai toujours adorée, c’est Candy Says" et il m’a dit "tu devrais la chanter" et je lui ai dit "non, tu plaisantes !". Finalement je l’ai jouée avec mon groupe lors d’un concert et il y a assisté. Puis il m’a demandé de la chanter avec lui, lorsque nous avons fait une tournée ensemble.

La version live de Candy Says dans laquelle tu chantes et où Lou Reed joue de la guitare est vraiment magnifique.

Merci. En fait, Lou n’avait jamais chanté cette chanson live. Son bassiste la chantait à chaque fois en concert. Mais ce qui est drôle, c’est que je l’ai jouée une fois avec mon groupe et il l’a chantée, c’était très beau. Enfin, oui, j’aime beaucoup cette chanson, je pense même à la possibilité de l’enregistrer pour notre prochain single, après la sortie de l’album en février 2005.

Votre premier album a été enregistré en 1998, mais sa sortie date de 2000...

Oui, en 1998 nous avions enregistré des démos... Sa sortie officielle date de 2000. Current 93 a organisé sa sortie sur leur label World Serpent. Secretly Canadian a fait une réédition de cet album récemment.

Comment pourrais-tu décrire ce nouvel album par rapport au premier ?

Il est plus intime, moins théâtral. Les musiciens ne sont plus les mêmes... enfin je le caractériserais comme étant beaucoup plus intime.

Tu as fait des études en arts dramatiques ?

Oui, j’ai fait des études "experimental theatre".

Crois-tu que l’aspect dramatique qui a caractérisé le premier album soit en rapport avec ce que tu as étudié et qui t'influençait probablement davantage à cette époque?

Oui... probablement. A cette époque, je jouais avec une sorte d'orchestre de chambre... et je voulais que les choses atteignent des pics dramatiques. La structure des chansons était plus dramatique, enfin c’était plus dramatique. Mais j’aime bien quelques chansons de cet album. Et il n’y avait pas que le type de songwriting, la façon dont il a été enregistré et réalisé était aussi un peu théâtrale.

Le nouvel album, par contre, en l’entendant vous allez croire que nous sommes dans votre chambre, on a "mixé" l’album de cette façon afin de transmettre la sensation qu’il s’agit de quelque chose qui est près de vous, c’est plutôt un chuchotement... Ce ne sont pas les sons que vous entendez en allant au théâtre, mais les sons que vous entendez quand vous êtes dans votre chambre. Donc je pense que la manière dont il a été réalisé joue un rôle important...

As-tu déjà travaillé dans le milieu du théâtre ?

J’ai déjà fait beaucoup de pièces expérimentales, mais je ne travaillais qu’avec ce que je créais moi-même. Je jouais dans des pubs à New York, je présentais des pièces dans lesquelles il y avait beaucoup de musique, et les personnes les plus intéressantes et hautes en couleur de la vie nocturne de New York y participaient. Elles avaient lieu dans des nightclubs, et le soir dans différentes galeries d’art. J’avais deux troupes de théâtre, enfin ce n’était pas vraiment du théâtre, c’était des performances genre "afterhours". La première s’appelait "Black Lips", c’était en 1992, lorsque j’ai fini mes études. En 1995, j’ai formé une autre troupe, The Johnsons. Avec ce groupe, on a joué dans des théâtres expérimentaux et dans des nightclubs. La musique n’est devenue un centre d’intérêt privilégié que lorsque l’opportunité d’enregistrer un album est apparue.

Tu n’es pas originaire de New York, n’est-ce pas ?

En fait, je suis né dans le sud de l’Angleterre, puis on a habité aux Pays Bas. Ensuite on a déménagé aux Etats-Unis, en Californie pendant mon adolescence, on déménageait souvent. Puis je suis venu habiter à New York au début des années 90. J’ai vécu ici plus longtemps que dans ces autres régions, donc j’ai l’impression d’être un new yorkais.

En Californie, tu étais dans un groupe de death metal ?

Oui (rires)... en fait ce n’était pas un groupe de death metal, on faisait du death rock. Le death rock, c’était la réponse de Los Angeles au bat cave de Londres, c’était avant que l’on commence à utiliser le mot "goth".

Tu étais le chanteur du groupe ?

Oui, j’étais le chanteur et j’écrivais les chansons aussi. Ma voix était différente à cette époque, bien sûr. Je hurlais beaucoup plus.

Dans le nouvel album, tu as collaboré avec des artistes très différents, à savoir Lou Reed, Devendra Banhart, Boy George. Peux-tu me parler de la manière dont tu as travaillé avec chacun d’entre eux ?

Ces personnes sont entrées dans ma vie il y a quelques années... En ce qui concerne Devendra, il est une si grande source d’inspiration pour moi, une bonne force dans ma vie. Il m’a rencontré à la fin de l’année dernière et il m’a demandé de participer à ses concerts, de faire partie de son monde à lui, je veux dire, c'est une personne très charismatique, capable de créer des communautés facilement... et je suis très amoureux de lui. C’est l’artiste le plus talentueux que je connaisse, une grande source d’inspiration. Quant à Lou, il est devenu un professeur en quelque sorte. On a fait une tournée ensemble l’année dernière, et il est devenu mon ange gardien. Il joue de la guitare dans une de mes chansons, c’est un guitariste incroyable. Et Boy George, je l’ai connu lorsqu’il est venu jouer dans une pièce qui s’appelle "Taboo" à Broadway. C’était une comédie musicale sur Leigh Bowery, il l’avait déjà présentée en Angleterre et il était en train de changer le script pour qu’il soit plus adapté au public américain. Le milieu social dont je fais parti à New York était proche de Leigh Bowery, l’artiste Charlie Atlas était le meilleur ami de Leigh, donc comme je suis un grand fan de Leigh, on m’a demandé de participer au développement du script. C’est comme cela que j’ai pu connaître Boy George, vu qu’il jouait le rôle de Leigh à Londres. Moi, j’ai joué ce rôle à New York. Je l’ai déjà dit auparavant, mais quand j’ai vu Boy George à la télé pour la première fois, j’ai cru qu’il y avait finalement quelqu’un avec qui je pouvais m’identifier... Donc ma rencontre avec lui, c’était quelque chose de très profond. Il chante sur une chanson qui s’appelle You are my sister, et l’enregistrement de cette chanson, c’était vraiment une expérience incroyable. Le lendemain, j’ai pleuré toute la journée. Sa performance est vraiment magnifique, je crois que tout le monde sera surpris. Sa voix ressemble à un mélange entre la voix de Jimmy Scott et celle de Marianne Faithfull. Vous savez, il est plus âgé maintenant et sa voix est plus riche. A mon avis, il a toujours été l’un de grands chanteurs de soul Anglais, donc je pense que l’on va aimer ce qu’il a apporté à la chanson... c’est vraiment touchant. Rufus Wainwright a aussi participé à l’enregistrement de l’album. Il fait partie de mon cercle d’amis à New York et a chanté une chanson lors d’un concert que j’ai fait. Comme j’ai beaucoup aimé la façon dont il l’a chantée, je lui ai demandé s’il voulait la faire dans mon album. Moi aussi, je chante une chanson dans son nouvel album qui doit sortir cette année. Je sais que c’est vraiment fou le nombre d’invités qu'il y a sur mon disque... Mais c’est parce que je suis arrivé à un point avec cet album où je ne parvenais plus à avancer et à le terminer. Dans un coup de folie, j’ai donc appelé tout le monde pour qu’ils m’aident! Et ils sont descendus du ciel! Des choses magnifiques ont commencé à survenir : les séances d’enregistrement avec ces artistes ont été une énorme source d’inspiration, puis j’ai eu la permission d’utiliser la photo de Candy Darling prise par mon artiste préféré. Beaucoup de choses magiques me sont arrivées et le projet a pu prendre forme. Cela me fait très plaisir.

Comment travailles tu avec ton groupe (The Johnsons) ? Tu écris et tu leur envoies des démos ?

J’ai un grand piano chez moi, avec lequel j’écris mes chansons. J’imagine quel type d’instrument irait bien ensemble avec chaque chanson et ensuite je parle aux Johnsons. Cela dépend de la chanson, en fait. Le violoniste du groupe a écrit quelques arrangements, c’est quelqu’un d’incroyable. Il a écrit des arrangements pour Rufus aussi. Sur d’autres chansons, il n’y a que moi et le piano.

Selon toi, ta musique est de la "soul music". Quels sont les artistes qui te ressemblent aujourd'hui ?

Je pense que la musique que je fais est "soulful", donc quand je parle de soul music, ce n’est pas le style. Quoiqu’il y ait une chanson dans l’album qui rend hommage au style "soul". En tant que chanteur, je suis de plus en plus intéressé par les rythmes... j’écoute Otis Redding tout le temps. J’écoute depuis des années toute sa discographie. Cela m’aide beaucoup, car ça m’emmène vers de nouvelles choses. J’aime beaucoup ce que j’appelle des "chanteurs immobiles", c’est-à dire des chanteurs qui donnent tout ce qu’ils ont au point de presque se perdre... Je pense que Devendra est l’une de ces personnes, c’est une grande source d’inspiration. Il y a aussi le groupe Animal Collective, Iron and Wine... il y a beaucoup de gens intéressants en ce moment. Joanna Newsom, par exemple, ses concerts sont incroyables, on dirait que c’est une pièce de théâtre, très visuel et fort. Elle joue de la harpe si bien et d’une façon nouvelle, elle a presque inventé une nouvelle manière d’écrire des arrangements avec cet instrument qui est en général secondaire. Il y a Cat Power aussi, elle est très soulful... je viens de participer à un projet pour Hal Willner dont elle faisait partie aussi. Elle m’a bouleversé. Enfin, je pense que la musique américaine passe par une bonne phase, bien que l’ambiance politique soit sombre. Il y a quelques années, on n’aurait pas prêté attention à ce que je fais, car c’est trop différent... mais avec de nouveaux noms tels que Joanna Newsom et Devendra Banhart, malgré le fait qu’ils soient d’une génération antérieure à la mienne, j’ai finalement pu faire partie d’une "scène" musicale... J’adore ces enfants!

Photo : Don Felix Cervantes

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