American Music Club

Un goût d'Eitzel

» Interview

le 23.10.2004 à 06:00 · par Ludwig H.

Tu as arrêté l'aventure American Music Club à la fin des 90's pour mieux la reprendre aujourd'hui en reformant le groupe.

Mark Eitzel : Je vivais à Chicago et le batteur m'a appelé et m'a dit "hey, je suis propriétaire d'un studio donc on peut enregistrer gratuitement et quand on veut. Il n'y a plus d'excuses !"

Entre temps tu as pris le temps de faire des projets solos.

ME: J'ai sorti sept disques oui.

Tu collaborais encore avec d'autres membres d'American Music Club sur ces projets je crois ?

ME: Yep, le bassiste et le guitariste ont participé à plusieurs projets. On parlait beaucoup, on se voyait encore, on est quand même resté en contact.

Comment est-ce que ces expériences solo ont influencé la manière de composer ensemble, de jouer ensemble. Est-ce qu'en fait ça a changé quelque chose ?

ME: Tu sais pour moi, Ecrire c'est vivre... Avoir un groupe c'est plus facile pour un songwriter dans la mesure où le groupe comprend comment le songwriter marche, comment il écrit, comment il fait de la musique. Tu n'as pas à penser trop, le groupe sait déjà: Il faut cet accordage, cette manière de jouer, dès lors ça devient très simple. Sur mes disques solos, je dois dire au groupe exactement quoi jouer et évidemment c'est bien plus compliqué.

En retrouvant American Music Club tu as eu plus de libertés, plus d'espace pour se concentrer sur l'écriture.

ME: C'est ça, oui.

Qu'est-ce que ça vous fait de rejouer ensemble en tant que groupe?

ME: C'est génial. Mon meilleur groupe depuis dix ans. (rires)

Et tes projets solos maintenant ?

ME: En fait je travaille aussi à un projet solo en ce moment. Je crois que ça s'appelle Good Luck. Et... je ne sais pas trop... Je travaille dessus, ce sont des instrumentaux et de la musique acoustique.

Tu avais prévu de jouer avec le groupe Rachel's qui est aussi un groupe instrumental.

ME: C'était il y a très longtemps. Ce sont vraiment des gens bien et ils voulaient faire quelque chose mais le temps manquait.

Toujours des questions de temps...

ME: Oui, de temps et d'argent. C'est comme ça que marche ce monde.

Ton album est intitulé Love Song For Patriots. Est-ce que c'est une manière pour toi de réagir à une atmosphère patriotique qu'il pourrait y avoir aux Etats-Unis.

ME: C'est une sorte de grand "fuck you" envers l'humeur patriotique. Aux Etats-Unis, lorsque l'on critique le gouvernement, on est catalogué comme traître. Et bon, je ne suis pas un traître... Tout cela sonne un peu pré-fasciste . En quelque sorte, je vis dans un pays pré-fasciste et réagis en disant "Non", je suis un patriote, je suis un américain et on ne me volera pas mon pays.

Mais bon, il faut croire que c'est trop tard pour l'Amérique, c'est fini...

Tu veux dire ?

ME: C'est fini...

Les idéaux ? Ce que ton pays représente en terme d'idéal ?

ME: En tant que force morale dans le monde. Par exemple, l'Irak nous dit qu'en fait nous ne libérons personne. On veut juste une zone de libre échange, pour faire de l'argent mais on ne libère personne. Ce que l'Amérique fait depuis des années est aujourd'hui très évident. Aujourd'hui la moitié des américains pousse des "Oh my God" face à cet état de fait. L'autre moitié (il prend une grosse voix) dit : "c'est ça oui, c'est ce qu'il faut faire, yeah".

Cet esprit, il vit toujours sous certaines formes ?

ME: Mouais, un peu dans la musique mais bon et après ?...

Dans ce "fuck you" à la situation, on reconnaît quand même un certain sens de l'humour.

ME: Oui heureusement, ce serait tellement ennuyeux autrement, je ne suis pas un politicien juste un songwriter. Je ne pourrais pas écrire des "protest songs", j'écris toujours des "love songs", des chansons d'amour, enfin j'essaie.

Le morceau d'ouverture Ladies and Gentlemen exploite les voies de l'humour et du patriotisme. Vous renversez les thèmes et au final ça sonne un peu comme un hymne.

ME: Oui un peu, "Ladies and gentleman it's time" est une expression en Angleterre. Quand le bar ferme ils disent toujours ce truc "Ladies and Gentleman, it's time" et je me suis dit que ce serait bien pour une chanson.

Après le 9/11, il y a eu un documentaire de deux cinéastes français, ils suivaient des pompiers dans le WTC en flammes. En gros, ils ont vu que les ascenseurs étaient fermés : "86 étages ? OK, on fonce !". Sans y penser à deux fois, il voulait juste sauver des vies. C'est grand! Ca, c'est grand. Et puis de l'autre côté il y a "l'Amérique du mensonge", il y a le blabla de Bush qui au lieu de dire qu'il est temps de faire de notre mieux préfère dire : "on va les avoir". Il en a fait quelque chose de très bas, de très faible. Il a vraiment rabaissé la chose.

Donc il y a ces héros qui n'avait pas pour but d'être des héros dont on se sert, qui ont été récupérés.

ME: Il les a récupérés, c'est vraiment le Mal. Mais bon, les politiciens ont l'habitude de faire ça.

J'ai écrit la chanson en me disant : et si après la fermeture du bar, tu es un peu ivre et tu rentres à la maison, tu faisais vraiment de ton mieux au lieu de montrer ton pire.

Dans tes chansons tu utilises beaucoup de mots qui tourne autour de cette lutte, le Bien et le Mal, etc. C'est assez atypique aujourd'hui en musique... on peut penser à des artistes pop comme Laura Nyro qui utilisait beaucoup ce registre. C'est naturel chez toi ou tu veux frapper ? Ca semble assez fort.

ME: Je les utilise naturellement. Ces mots on les balance facilement, il est très facile de mal les utiliser.

Oui, par exemple Bush...

ME: Yep, Bush et tous ces gens, mais je ne les utilise pas dans ce sens. Ces gens qui disent des choses que l'on ne peut pas mettre en cause, qui n'autorisent pas les questions. Quand ils utilisent ces mots c'est comme un marteau, une batte de baseball, ça ne dit rien...

Au contraire, peut-être que j'utilise ces mots pour qu'on me dise que j'ai tort, ou tout du moins pour faire réagir, recevoir une réponse.

Comment tu décrirais ton nouvel album ? Quels ont été les premiers retours que tu as eu des gens autour de toi ?

ME: Aux USA, il est déjà sorti depuis une semaine ... On a eu quelques mails de fans et les gens ont l'air de l'aimer... ils ne disent pas trop pourquoi (rires).

Est-ce qu'il y avait un but précis avec ce disque? Quelque chose que vous vouliez faire en termes de son ou de mots ?

ME: On voulait que ça sonne comme un ancien disque d'American Music Club. On a d'abord tout enregistré sur 24 pistes et cassette 2-pouces puis on a tout transféré et retravaillé sur ordinateur. On a refait les voix, les guitares, etc. Nous avons fait beaucoup de disques ensemble et on voulait que ce disque puisse s'intégrer dans la discographie.

Ah oui! Je voulais aussi que ça sonne comme une réflexion du temps présent.

Vous vouliez que ces chansons reflètent le temps présent. Ca fait sans doute longtemps que vous bossez sur ces chansons ?

ME: Ca fait longtemps que je bosse dessus oui, mais les chansons bougent continuellement. Jusqu'au mixage j'écrivais des textes. Les chansons que j'avais enregistrées plus tôt à Chicago, je les ai réecrites plus ou moins complètement.

Vous avez quitté San Francisco...

ME: Oui j'y ai vécu assez longtemps... de nombreuses années...(silence)

Allez-vous beaucoup tourner pour cet album ?

On commence avec les grandes villes européennes et puis après, tout le reste.

Vous tournez aussi aux USA bien sûr.

ME: Oui...

Une grosse tournée ?

ME: ...(il grimace, grogne, rit)

Ca n'a pas l'air de te réjouir...

ME: Oh... c'est tant de travail !! (rires)

Est-ce que c'est important pour vous de monter sur scène?

ME: Non je m'en fiche un peu mais c'est important de faire marcher le groupe. Tu sais, Danny le bassiste a deux enfants, le batteur a un gosse. Il faut vivre et tourner est la seule manière d'y parvenir.

A une époque les autres membres du groupes avaient des boulots à côté d'American Music Club ?

ME: Moi je ne travaille pas encore mais le bassiste, Danny, installe des panneaux solaires. Le batteur possède un studio d'enregistrement, le guitariste conduit un bus à Los Angeles et le pianiste enseigne la musique.

Une dernière question à propos de ce que tu écoutes en ce moment ou de ce que tu nous recommanderais ?

ME: Je voyage tellement je ne peux rien écouter je n'ai pas d'IPod et pas d'argent alors je n'écoute rien mais j'ai des boules Quiès pour me déconnecter du monde.

Attends voir, récemment j'ai acheté le nouvel EP de Calexico que j'aime beaucoup. J'ai acheté ce truc de Schneider TM, le mec allemand. PCP. Je n'écoute que des albums courts, seulement des EPs. (rires).

Le "hit" sur PCP est la reprise des Smiths There is a light that never goes out, ça sonne bien vraiment, il est bon.

Assez electro donc, toi-même tu as fait des trucs dans cette voie...

ME: Je fais de la mauvaise musique électronique depuis 3 ans.

Ca avance ?

ME: Sur mon dernier album c'est beaucoup d'électronique. Surtout des instrus, pas de musique à danser, pas de rythmes dansants, j'essaie de faire de la musique sans ça... pas facile. J'utilise Pro Tools, je récupère des samples et je les rend bordéliques, un peu fous...

Un grand merci à Campus Paris.

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