The Black Keys

Platform blues to the presidence

» Interview

le 16.10.2004 à 06:00 · par Eric F.

Pouvez vous nous dire comment vous avez commencé à jouer ensemble ?

Dan Auerbach (guiatre, voix) : On a grandi en habitant à un pas l’un de chez l’autre, on a commencé à jouer ensemble vers l’age de quinze – seize ans, un de nos amis mutuels nous avait réuni.

Vous avez toujours joué en tant que duo ?

D : Oui, le groupe n’a toujours compris que nous deux, on allait enregistrer chez le père de Patrick. On utilisait un quatre pistes dans la cave, c’est comme ça qu’on a commencé.

Pourquoi ce choix du duo ?

D : Il y avait beaucoup de musiques que j’écoutais à l’époque qui n’avaient que de la batterie et de la guitare, c’est un son qui m’attirait beaucoup. Quand j’ai appris à jouer de la guitare, je l’ai fait sans médiator, j’ai donc appris à jouer des lignes de basse. Mais quand je joue avec quelqu’un d’autre, cette façon de jouer s’impose à moi.

Vous avez déjà joué avec un bassiste ceci dit…

D : Ca nous est arrivé pendant une tournée avec Beck d’avoir un bassiste qui venait jouer sur une reprise des Beatles, c’était assez maladroit en fait. Ca fait neuf ans qu’on joue ensemble, on est donc beaucoup plus à l’aise entre nous.

Ecoutiez vous uniquement du blues quand vous étiez jeunes ?

D : Non, pas vraiment, j’écoutais un peu de tout. Je me suis vraiment intéressé au blues en apprenant à jouer de la guitare, c’est pour ça que je dis que j’écoute souvent du Son House ou les premiers disques de Sun Records, mais je n’écoutais pas que ça, ce qui est d’ailleurs toujours le cas.

L’influence du blues sur votre musique est plutôt évidente mais je me demandais si vous étiez aussi influencé par des groupes plus récents ?

D : Des groupes récents t’ont-ils influencés Patrick ?

Patrick Carney (batterie) : Mc Solaar, Jordy, je connais son oncle, un mec de la rue. Enfin c’est juste musical sinon on finirait sûrement en prison (rires).

Ca doit vous énerver les comparaisons incessantes avec les White Stripes

D : Ca me va en fait, ça a autant de cotés positifs autant que négatifs. C’est vrai que c’est frustrant de toujours être comparé au même groupe tout le temps mais ça nous a beaucoup aidé également.

(Une bruyante mobylette passe) P : Qu’est ce que c’est que ce truc ? Une tondeuse a gazon ? sûrement une John Deer ! Ils en font à deux vitesses en France ? Je suppose qu’il faudrait qu’on invente un nouveau nom de genre musical pour désigner le garage rock, un truc fédérateur comme le grunge. On pourrait essayer garunge. Le garunge rock. On joue du garunge (rires) !

Comment vous êtes vous retrouvés chez Fat Possum ?

D : On était en tournée et on à fait un arrêt dans le Mississipi

P : Aux crossroads… On les a rencontré là et on a signé un morceau de papier (rires)…

C’était sûrement un rêve de fan de blues pour vous ?

D : Bien sûr, on ne va pas le nier mais il a fallu faire attention à certains points, comme le fait de ne pas voir nos disques classés dans la section "blues" des disquaires, on voulait aussi le contrôle total de l’enregistrement. Ils ont été très cools.

Ca vous a permis de devenir proches de gens comme T-Model Ford ou RL Burnside ?

D : Non pas vraiment. J’étais juste allé rendre visite à T-Model Ford, mais c’était avant que notre premier disque sorte.

Qu’est ce qu’ils pensent des jeunes groupes de blancs sur le label, comme vous, Bob Log 3 ou 20 Miles ?

D : Ils s’en foutent sûrement !

P : Vous avez vu la bande annonce pour ce film sur Metallica ?

Il y a un rapport avec Fat Possum… ?

P : Non je me posais juste la question. C’est la fin de la votre. C’est un documentaire et à un moment il y a Lars Ulrich qui dit que le chef du groupe est peut-être en taule. Le pire c’est qu’il le dit sérieusement (rires).

Justement si vous deviez faire un film sur le blues, il ressemblerait à quoi ?

D : Ca ne dirait pas grand chose sur le blues.

P : On parlerait sûrement plus du documentaire sur Metallica

D’après vous qu’est ce que vous arrivez à apporter de neuf à cette musique qui n’est plus très jeune ?

D : D’après moi chaque musique en découle d’une autre. On prend ce qu’on connaît, on s’en sert et on l’adapte à notre manière. Consciemment ou pas…

P : Il y a une certaine façon de jouer et d’interpréter ce que tu as déjà entendu en le faisant avancer et en te l’appropriant, comme Jet (rires) qui vole des chansons à d’autres groupes et c'est pas des trucs inconnus qu’ils pompent, c’est carrément Lust For Life, ils chourrent même les riffs de Foreigner ! Ils ne savent vraiment pas s’arrêter.

On a écouté le nouvel album juste une heure avant de venir ici, mais le précédent me semblait à la fois assez poli et gras en même temps…

D : Oui, on essaye d’enregistrer le plus possible en live. On rajoute toujours des overdubs, mais il y a toujours une base guitare-batterie qui est enregistrée live. On essaye de tout simplifier au maximum.

P : Vous venez juste d’écouter le nouvel album ?

Il y a une heure, oui.

P : Quelle est votre première impression ?

J’ai été un peu surpris par les premières chansons qui m’ont paru un peu plus lentes, mais ça me semble être un bon album. Je me disais que ça allait sûrement être dur pour vous après un album comme Thick Freakness, mais vous vous en êtes plutôt bien sorti ! Et la voix semble beaucoup plus claire également. C’était intentionnel ?

D : On ne fait jamais rien intentionnellement.

Et cette histoire d’usine où vous avez enregistré, c’est également un accident ?

P : C’est aussi un accident oui. C’est le seul endroit qu’on a trouvé où on voulait bien nous laisser jouer (rires). Je pense que c’était quand même un lieu très approprié.

Vous dites que vos chansons sont accidentelles, mais je suppose que cette usine a influencé l’humeur des morceaux de ce disque ?

D : Dans un sens, oui.

Vous voyez des différences entre votre musique en studio et sur scène ?

D : Oui puisqu’on n’a jamais d’overdubs ou de samples en live, c’est beaucoup plus simplifié. On n’essaye pas du tout de recréer le disque. C’est très amusant en studio de pouvoir faire des expériences avec ce que tu crées.

Ce nouveau disque sera donc plus brut sur scène ?

D : Oui…

Pas de violons… ?

D : Non. En tout cas, ça m’étonnerait.

Vous avez des dates de prévues dans le coin ?

D : Oui on passera à Paris pour ce festival en Novembre (ndlr, le festival des inrocks)

La pochette de Thick Freakness stipule que Patrick a patenté une technique d’enregistrement… le mi-fi ?

P : Oui, en fait c’est juste une ruse, si ça sonne pas bien, accuse la fidelity !

D : "Oh non mec, nos morceaux ne sont pas mauvais c’est juste la fidelity !" (rires).

P : Ce n’est pas lo-fi. Le lo-fi, c’est pas cool, le mi-fi, ça c’est cool. Ca ne sonne pas dégueulasse ni génial (rires). Et si quelqu’un d’autre l’utilise, je lui colle un procès !

Tu crois que ça va vous rapporter de l’argent ?

P : Non, mais ça fera parler de nous (rires). En fait on réalise nos disques sur de l’équipement qui ne fonctionne pas vraiment, on trouve que ça sonne bien et c’est comme ça qu’on a toujours fonctionné. Je trouve ça assez drôle avec les EPs, par exemple les Kings Of Leon en ont sorti un et ça sonnait très propre alors que sur l’album, ça sonne beaucoup plus brut. Ces types ont eu un budget énorme avec RCA et ils ont donc pu en faire ce qu’ils voulaient avec. Ca m’amuse, si on avait un budget de cent mille dollars…

D : On aurait chacun cinquante mille dans nos poches !

P : On investirait peut être dix dans l’enregistrement… Sérieusement, si on avait autant d’argent, je ne paierai pas tout ça pour avoir un tel produit. Je dépenserai tout pour avoir le son le plus ennuyeusement parfait. Ca me ferait beaucoup rire.

Vous n’avez pas l’air d’avoir besoin d’un gros label donc…

P : Si, je veux le studio d’enregistrement de Steely Dan ! Le prochain album sonnera comme du Steely Dan. Dan jouera de la steel guitar et ça s’appellera Steely Dan Auerbach (rires).

C’est ça votre plan pour gagner un Grammy Award ?

P : Exactement ! Ce sera sûrement sur la BO de Robin Des Bois 5. Ce sera plus dur de faire des interviews avec nous après… On causera avec… n’importe qui (rires).

Des journalistes plus professionnels que nous.

P : Tout à fait, ça devient vraiment inacceptable là (rires) !

Pour en revenir sur la voix de Dan qui a un son très caractéristique, je me demandais si tu utilisais la même technique que John Fogerty qui chantait au dessus du micro?

D : Il faisait ça ? Je ne savais même pas. Je te l’ai dit on ne fait rien intentionnellement ! En tout cas, c’est cool.

Vous qui avez repris No Fun, vous pensez quoi de la reformation des Stooges ?

D : Iggy est complètement déchiré. Vous les avez vus ?

Oui, mais sans Iggy Pop.

D : Ah bon ? Comment ils s’appellent alors ?

P : The Three Stooges (rires) ?

The Stooges Project, ils faisaient ça avec Mike Watt et J Mascis.

D : C’était bien ?

C’était plutôt chouette de pouvoir entendre les morceaux sur scène, même si c’était un peu bordélique avec J Mascis qui faisait son truc et les autres le leur. C’était bien mais pas grandiose.

P : J Mascis n’a pas arrêté de faire des solos ?

Il a du en jouer à chaque minute de chaque titre !

P : Dinosaur Jr est le premier concert que j’ai vu, ça m’a fait détester les solos de guitare pendant pas mal de temps ! Cet enculé qui ne s’arrêtait jamais de faire des solos ! Ca n’avait vraiment rien d’intéressant, il s’amusait tout seul en fait, devant deux cent personnes.

D : Les Stooges viennent d’enregistrer un titre pour Fat Possum. Ils ont fait une reprise pour une compilation avec le line up original.

P : Voilà comment ils dépensent l’argent qu’on leur rapporte !

Il devient dur d’interviewer des groupes américains sans leur demander ce qu’ils pensent de la situation politique actuelle…

D : Ta question peut elle être plus précise (rires) ? Va droit au but !

Vous avez fait une interview où vous exposiez les problèmes des Dixie Chicks après qu’elles aient dit qu’elles avaient honte d’être texanes…

P : Toby Keith, un chanteur country a écrit un titre la dessus.

D : Vous avez vu Fahrenheit 9/11 ? C’est déprimant !

Pensez vous que la scène alternative soit stimulée par cette situation ?

P : Il y a un lien, mais les gens cherchent tellement le prochain gros groupe ou genre ou quoi que ce soit qu’au moment où les Etats-Unis auront à nouveau de bons goûts musicaux on sera déjà revenus à des mauvais groupes ! On ne vendra jamais notre âme. Même si ça veut dire qu’on doit changer notre musique et notre image pour ne pas devenir populaires (rires).

Qui deviendrait donc… ?

P : Faut encore que j’y pense…

Vous pourriez faire la BO des documentaires sur Metallica ?

P : Au fait, a qui vous avez posé cette question sur les Etats Unis ?

Entre autres à Jason Noble de Shipping News

P : Bah de toute façon personne ne les aime eux (rires)!

D : Je trouve que ça ne sert à rien d’en parler tant c’est évident ! on n’a plus qu’à toucher du bois.

P : Après tout on ne vient pas vous emmerder avec Napoléon (rires) ! Non ?

Vous pensez que la musique peut changer des choses ?

P : Si tu mets un message derrière la musique, très faible au niveau du son de façon a ce que tu ne puisses pas l’entendre et que ça s’incruste dans le cerveau de ceux qui écoutent.

D : Je pense que c’est possible de faire évoluer les choses. Qui fait des chansons engagés à notre époque ?

P : Tout est politique de nos jours. Nofx est le groupe le plus politique que je connaisse. Fat Mike (rires)… Ce type complètement défoncé, à la tête d’un des groupes de punk-pop les plus stupides dirige la révolte contre les Républicains ! Réfléchissez-y, c’est génial ! avec des gens comme ça, je ne vois pas comment Bush pourra se faire réélire (rires). Si Fat Mike s’en charge, on est sauvé ! J’adore quand les groupes sortent des disques politiques, ça ne les concerne pas, c’est juste des groupes de rock. Qu’est ce qu’ils ont à dire ? "Bush est totalement déjanté, tu as déjà réalisé à quel point la politique c’est naze ? C’est naze mec ! Putain on pourrait tout changer mec ! Faisons une déclaration, on va en faire un disque et ça va changer le monde !". On va larguer la bombe P sur le prochain album, la politique ! Je pense que c’est cool de demander ça à un groupe mais je ne veux pas passer des heures à voir des groupes politiques sur CNN. La musique fait partie de l’entertainment, j’ai rarement entendu une chanson politique vraiment excellente.

Jamais ?

P : Non, ou alors peut être Politician de Cream, c’est un bon morceau. Je ne sais pas. Il va y avoir une révolution. C’est bien que les groupes fassent ça, si on le faisait j’aimerais vraiment convaincre les gens qu’on croit qu’on va réussir à changer tout ça. C’est marrant parce que depuis le début de l’interview, vous ne m’avez pas encore dit que vous trouvez notre nouvel album engagé politiquement, pensez-y (rires). On devrait faire ça tout le temps, par exemple que Kobe Bryant soit coupable ou pas, allez hop, on sort un single !

D’un autre côté il y a des Ramones qui sont pour Bush, c’est pas punk ça ?

P : C’est vrai ? No Bush no bullshit. Tiens si on parlait de Ted Nugent (rires) ? "Tous mes fans sont des crétins qui portent des casquettes avec le drapeau américain. Parlons en dans mon émission radio, je me ferais du fric". Que lui et Fat Mike se lancent dans la politique (rires)… tu ne peux pas te considérer comme politique et prétendre être dans un groupe de rock !

C’est quoi alors un groupe de rock ?

P : Un groupe de rock ne doit que servir de plate-forme à une carrière dans la politique ! Sonny Bono, ce genre de type. Il était plus punk que Fat Mike. Je n’ai écouté Nofx qu’une fois quand j’avais seize ans, c’était à chier. Peut-être que je devrais leur laisser une seconde chance…

Je crois qu’on va pouvoir s’arrêter là…

P : Non, vas-y on continue !

OK, on parle de quoi ? Vous avez quelque chose à déclarer ?

D : Il faudrait qu’on parodie ce documentaire sur MetallicaPatrick dirait "Si j’étais dans Metallica je serais en taule" (rires). On pourrait mettre ça sur notre site.

P : Et je voudrais qu’on teste différentes plate-formes qu’on voit celle qui nous convient le mieux : ultra libéral ? ultra conservateur ? Je choisirai ce qui marche le mieux pour ma carrière politique. Faites gaffe ! C’est génial tout ce que ces groupes politiques ont changé comme Minor Threat : ils ont empêché cinquante mille gosses de boire de la bière et de baiser et ils se sont cassé la gueule à un tel point qu’ils font tous des overdoses parce qu’ils ne savent pas gérer ça. Le plus drôle dans tout ça c’est qu’Ian McKay était clean mais qu’il buvait du coca sans arrêt et qu’il portait sûrement des Nike. C’est pour ça que tu ne peux pas être politique car ça te rend automatiquement hypocrite ! Ca rime, utilisez ça (ndlr : en anglais, c’est le cas). Bon allez, ça suffit, on a terminé (rires).

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