Bedhead

+ The Kadane Brothers

+ The New Year

Au saut du lit

» Interview

le 09.10.2004 à 06:00 · par Eric F.

Bedhead

Jouiez-vous ensemble avant d’avoir formé Bedhead ?

Matt Kadane: On enregistrait des chansons sur le dictaphone de notre père quand nous étions gamins si ça compte. J’ai pris des leçons de piano de 1978 à 1981. Bubba a ensuite pris des leçons de guitare vers 1981 et c’est donc à ce moment là où nous nous sommes mis à jouer plus sérieusement, ce que nous continuons à faire d’ailleurs.

Pensez vous que le fait d’être frères vous a simplifié certaines choses ?

MK: Je pense que ça a simplifié beaucoup de choses dans le sens où nous avons pu partager une sensibilité musicale basée sur nos expériences communes d’enfance et d’adolescence.

Le line-up de Bedhead était assez surprenant car il est assez rare de voir des groupes de "slowrock" avec trois guitaristes. Ca n’était pas trop dur à gérer ? Je suppose que le silence était une des clés dans les parties de guitares de vos chansons.

MK: Tench Coxe, Bubba et moi étions très heureux de jouer ensemble dans Bedhead, même si Bubba a toujours été le guitariste principal. Il en va de même avec Peter Schmidt dans The New Year. Nous croyons tous fortement au pouvoir de la restriction.

J’ai toujours été frappé par la façon dont vous sous-mixiez les voix sur vos albums. Etait ce par timidité ou était ce pour que l’auditeur y prête plus attention ?

MK: Nous aimions bien les qualités esthétiques de voix sous-mixées sans avoir manqué de nous apercevoir que ça avait également l’avantage de masquer les imperfections.

Bubba Kadane: Je pense que c’est en partie lié au fait que nous nous sommes toujours occupés du mix de nos albums, et connaissant les paroles, on pensait que les gens les comprendraient également. Nous n’avons jamais fait nos mixes en prenant exemple sur d’autres disques. On était vraiment dans notre propre univers la plupart du temps. Je trouve que les albums qui ont la voix mixée bien en avant ont tendance à perdre leur force musicale, ce qui nous a donc probablement incité à ne pas le faire. Sur The End Is Near, je trouve que la voix est assez claire sans qu’elle n’impose un volume moins puissant pour le reste à celui qui écoute.

Ecrivez-vous les paroles séparément ? Les morceaux que chante Bubba sont les siens?

MK: Absolument.

J’ai toujours eu l’impression que vous essayiez de garder vos textes le plus simple possible. J’aime beaucoup le fait qu’une chanson comme The Rest Of The Day parle d’une expérience qui pourrait arriver à n’importe qui. J’ai également la sensation que vos titres sont quelque peu "hors du temps". Vous avez également écrit beaucoup de chansons qui parlent du manque que peut créer l’absence de l’être aimé : pensez vous qu’une chanson doit être triste pour être belle ?

MK: Merci pour le compliment. Je ne pense pas que les chansons doivent être tristes pour être belles. Mais en tant que personne qui écoute de la musique ainsi qu’en tant que musicien, j’apprécie énormément le fait que la musique puisse tirer quelque chose d’agréable de la tristesse.

Il est assez évident que vous n’êtes pas les seuls à utiliser des structures reposant sur des montées. Pourtant votre musique a toujours eu un coté assez unique. Comment expliquez vous cela ?

MK: Tu nous fais encore un autre compliment et nous en sommes très reconnaissants, mais je ne sais pas comment répondre à cette question..

Il y a aussi le fait que votre musique au premier abord semble très simple, mais si on y prête plus attention, on se rend compte de tous les petits détails que vous avez mis. Avez vous l’impression d’avoir été une source d’inspiration pur certains groupes ?

MK: C’est ce que certains groupes nous disent. C’est assez flatteur quand nous apprécions ces groupes.

Y a-t-il un album de Bedhead que vous préférez ?

MK: Je n’ai pas de favori. Mon choix se porte toujours sur un disque différent à chaque fois que j’ai envie d’écouter un album de Bedhead. Souvent en fonction de mon état d’esprit.

Les chansons de Bedhead ont un côté beaucoup plus brut sur scène…

BK: Tu nous as déjà vus sur scène ?

Non, je n’ai entendu que des concerts trouvés sur le net.

BK: C’est sans doute pour ça que tu trouves les chansons plus brutes. Le son des enregistrements qui traînent n’est pas très bon.

MK: Si nous sommes coupables d’une chose c’est bien de jouer nos chansons de la même façon que sur le disque. Mais je pense que nous aimons le challenge que ça représente. Peut-être est ce qu’on sous-entend par là que nous avons passé beaucoup de temps à créer ces chansons avec une idée bien précise de ce à quoi elle doivent ressembler, alors pourquoi les jouer différemment sur scène ?

Vivre dans des villes différentes, à l’image de Pavement vous a fait dissoudre Bedhead. Comment vous organisiez-vous ? Je suppose que c’est pour cela qu’on a rarement eu l’occasion de vous voir en Europe. Mais n’est ce pas un peu ironique puisque vous viviez du coup ensemble pendant les tournées ?

MK: Si nous avions du vivre ensemble à la maison en plus des tournées, je pense que le groupe se serait séparé beaucoup plus tôt. J’aurais vraiment aimé jouer plus de fois en Europe. Bedhead n’a fait que quelques dates allemandes en 1994 et un peu moins de trois semaines dans plusieurs pays en 1998.

Qu’est ce qui vous a poussé à faire le disque avec Macha ? Qui a décidé de reprendre le Believe de Cher ? J’ai trouvé un concert de vous avec Macha enregistré à New York où les morceaux ne ressemblent à aucun autre que j’ai pu entendre de vous. Etait ce un concert basé sur l’improvisation ?

MK: Nous connaissons Josh et Misch McKay de Macha depuis nos années au collège. Nous avons toujours eu envie de faire un disque ensemble et avions déjà collaboré de façon disparate par le passé. Nous n’allons d’ailleurs pas nous arrêter là. C’est Josh qui a eu l’idée de reprendre Believe. J’étais tout d’abord contre cette idée, mais une fois quelques paroles et la structure du morceau modifiées, j’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à la faire.

La bande originale que vous avez compose pour le film Hell House en 2001 vient d’être commercialisée. Je n’ai pas vu le film mais les morceaux ne font pas vraiment peur ! Je trouve que ce disque a une qualité très particulière car chaque titre peut être vu comme une esquisse de ce qui aurait pu être une chanson de Bedhead ou The New Year, ce qui donne ainsi une vue très intéressante sur la façon dont naissent vos morceaux.

MK: Merci. Je crois que tu as raison en disant que cette musique correspond à des esquisses. Ceci dit, je dirais que la quasi totalité des morceaux de ce disque étaient des petits passages musicaux qui cherchaient une maison peu orthodoxe, ce que le film a fini par devenir. Je ne pense pas que ces titres auraient pu se transformer en chansons finies.

Le dernier titre de ce disque, Wrestling a une touché retro-jazzy. Est ce une direction que vous pourriez à nouveau emprunter ?

MK: Non je ne crois pas. Ca me semblait juste bien correspondre à la nature de la scène sur laquelle ce morceau a été mis, proche du vaudeville.

The New Year

Pourquoi avoir formé ce groupe plutôt que de relancer Bedhead ?

MK: Nous avions le sentiment que Bedhead représentait notre relation personnelle et musicale avec Trini, Wheat et Tench. C’était trop dur pour nous d’avoir le nom de ce groupe signifiant un nouvel ensemble de gens.

Comment Chris Brokaw a-t-il atterri à la batterie ?

MK: Nous étions amis et je lui ai demandé s'il voulait jouer sur scène avec nous après avoir terminé un disque que Bubba et moi devions faire seuls, où je devais jouer de la batterie. Après y avoir bien repensé, on s’est rendu compte que ça nous aurait pris trop de temps et que ça aurait été trop coûteux du coup. Nous lui avons donc demandé de jouer sur le disque. J’aurais bien aimé que cette histoire sonne un peu plus glamour...

Newness Ends a des morceaux aux rythmes plus rapides que ceux de Bedhead. Est ce que ça vient du style de Chris ou bien vous y aviez déjà pensé avant de faire le disque ?

MK: Entre le dernier disque de Bedhead et Newness Ends, je me suis enfin retrouvé à habiter dans un endroit où je pouvais jouer de la batterie. La plupart des riffs lourds de batterie qui sont sur l’album ont été démarrés à ce moment quand je les enregistrais, et si ils étaient si lourds, c’est sûrement parce que j’étais très heureux de jouer de la batterie de nouveau. Je pense que Chris Brokaw a du être assez surpris quand il a entendu les morceaux pour la première fois.

Chris Brokaw nous a dit qu’il s’est le plus rapproché de Codeine en jouant avec vous car vous étiez extrêmement concentrés sur les détails. Etes-vous d’accord avec lui ?

MK: Il a raison, on attache beaucoup d’importance aux détails de notre musique. Je plains les gens qui jouent avec nous.

Le dernier album se rapproche plus de Bedhead, non ?

MK: Je trouve que toutes les chansons que nous avons enregistrées iraient sans problèmes sur n’importe lequel de nos disques.

Je trouve que The End Is Not Near pourrait être un morceau d'Elliott Smith… Est-ce juste une impression ou s’agit-il d’un hommage ?

MK: Je ne connais pas très bien sa musique, la connexion est donc accidentelle.

Qu’est ce que tous ces jeux de mots sur "end" ?

Matt: Simplement une envie d’épuiser toutes les possibilités de ce mot.

Que ce soit avec Bedhead ou The New Year, vos pochettes ont toujours été très minimalistes. Pourquoi ce choix?

BK: Ca remonte à quand nous faisions le premier album de Bedhead, What Fun Life Was. Les chansons de cet album étaient le point culminant de plusieurs années de travail et il y avait beaucoup de pensées et d’émotions différentes en elles, ainsi que des attaches émotionnelles particulières à chaque morceau, ce qui nous a empêchés d’attribuer une image à la pochette du disque. C’est intéressant si tu prêtes attention, et généralise, les pochettes pour chaque genre de musique. Pour la musique classique, c’est la musique elle même qui est la plus importante, souvent plus que ceux qui la jouent donc les titres des symphonies / concertos apparaissent bien en évidence. Quant au jazz, ce sont les musiciens qui sont les plus importants donc tu retrouves souvent leur nom et leur photo sur la couverture, ainsi que les musiciens supplémentaires. Les pochettes d’albums rock sont beaucoup plus diversifiées, mais au début des années 90 quand nous enregistrions What Fun Life Was, le style prédominant de pochette - je pense à Pavement, Sebadoh, etc - était très en rapport avec la fac, avec beaucoup de collages et de designs faits à la main, souvent très denses. Nous avons décidé de faire apparaître que ce que nous considérions comme des titres de chansons évocateurs était pour nous une bonne idée de pochette.

Qu’écoutez vous récemment ? Vous sentez vous proches d’autres groupes Texans ?

MK: Ca fait dix ans que je n’habite plus au Texas, je ne sais plus trop qui est dans le coin. J’aime beaucoup ce que Peter Schmidt fait en solitaire mais il ne l’a pas encore sorti.

Avec qui rêvez vous de jouer ?

MK: Ca aurait été génial de se réveiller dans le corps de Keith Moon pendant un concert des Who en, disons, 1971... Encore faudrait il savoir si il habitait encore son corps à cette époque !

Sur le morceau Gasoline, Matt chante qu’il n’aurait jamais du être musicien ("I know I never should have been a musician"). Laisse moi te dire que je ne suis pas du tout d’accord, mais si tu n’avais pas été dans ces groupes, qu’aurais tu fait ?

MK: On aurait peut être été réalisateurs de films si notre épique Super 8 n’était pas revenue du labo sans son. Ca a été très décourageant. Ceci dit je suppose que ça ne répond pas à ta question...

Si vous deviez programmer une édition du festival All Tomorrows Parties, qui inviteriez vous ?

MK: Rien que de penser à la réponse que je pourrais donner me fatigue !

Merci à Matt et Bubba Kadane pour leur sympathie, patience, et gentillesse.

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