The Drones

+ Gareth Liddiard

Modern life, and all that

» Interview

le 27.10.2015 à 00:00 · par Eric F.

Les Drones ont pas mal regardé dans le rétroviseur ces derniers temps avec les sorties en vinyle de Here Come The Lies et Wait Long By The River And The Bodies Of Your Enemies Will Float By. Vous avez également fait une tournée pour fêter les dix ans de Wait Long..., qu'as-tu ressenti en jouant tous ces vieux morceaux ?

On joue souvent de vieux morceaux donc ça n'a pas été très compliqué. Il sont assez faciles à jouer donc c'est amusant. Le principal c'est que Chris, qui jouait dessus à l'époque où on les a enregistrés, est revenu dans le groupe. C'était un peu comme voyager dans le temps.

Quelle(s) image(s) choisirais-tu pour résumer ce qu'était The Drones il y a dix ans ?

Je ne sais pas trop. La même chose que maintenant, mais il y a dix ans.

Avez-vous prévu de ressortir le reste de votre discographie ?

Oui, quand on s'y mettra. Nous avons racheté les droits pour tous nos albums cette année. C'est un peu une coïncidence qui s'est produite, mais si nous ne ressortons pas ces disques, personne ne le fera à notre place. On a donc lancé un label, Tropical Fuck Storm Records, pour le faire. Il faut juste qu'on trouve le temps pour.

Te verrais-tu jouer un autre disque sur scène du début à sa fin ? Si oui, lequel ?

Pas pour l'instant, non. A moins que quelqu'un ne nous demande de le faire. Les gens du Sydney Opera House nous ont demandé de venir y jouer Wait Long By The River, c'est pourquoi on l'a fait. De plus, on l'avait en LP pour la première fois, on fêtait ses dix ans et Chris était de retour dans le groupe. Ça nous a paru sensé de le faire.

Comment s'est passé le retour de Chris ? Vous a-t-il fallu beaucoup de temps pour retrouver vos repères ?

Ça n'a pas pris long. Peut-être trois jours ? C'est une bonne chose qu'il soit de retour. Il n'avait pas joué depuis son départ des Drones, mais il était très enthousiaste, c'était rafraîchissant pour nous.

J'ai lu plusieurs articles où tu déclares que le nouvel album aura un côté groove que le reste de votre discographie n'a pas. Ça a un rapport avec le retour de Chris ?

Exactement. On n'était encore jamais allé dans cette direction. On a toujours été un groupe à guitares lourdes, comme Raw Power ou des trucs du genre. On se pointe et on ruine votre samedi soir plutôt que de vous faire danser. Il nous restait donc cette carte à abattre, le côté groove. Quand Chris est revenu, je bidouillais sur pas mal de samplers pour la première fois, il a été content d'en faire de même. Il voulait faire quelque chose qui dépasse les conneries habituelles, juste cogner sur une batterie. Combien de temps peut-on se contenter d'imitations de John Bonham ? La plaisanterie a assez duré.

As-tu écrit les nouvelles chansons du disque en pensant à Chris ou est-ce juste une coïncidence ?

Oui, j'écris toujours avec les autres membres du groupe en tête. C'est comme ça qu'il faut faire. Ce n'est pas la guitare, la guitare, la basse et la batterie. C'est moi, Dan, Fiona et Chris avec nos styles, nos bizarreries et nos limitations. Les limitations sont mémorables et vous donnent une direction. Le style fait tout. Tout ce que tu aimes dans la musique et chez les musiciens vient du style. Tu pourrais prendre la substance la plus merveilleuse et la ruiner avec un mauvais style, ou même son absence. La substance est surévaluée. Tu dois être capable de reconnaître quelque chose pour l'apprécier et t'en souvenir. Il faut un style pour que ton cerveau soit capable de le conceptualiser. Prends Hallelujah de Leonard Cohen. Ce dont tu te souviens est le style. Enlève ça et le morceau devient : dis dans une voix le plus monotone possible « L'amour peut être rédempteur, mystérieux et terriblement douloureux. » Sans style, Hallelujah passe d'une chanson incroyablement bonne à un morceau très, très mauvais.

Dirais-tu d'une manière plus générale que ton songwriting a évolué avec l'arrivée de Steve Hesketh aux claviers ? J'ai l'impression qu'il joue un rôle prépondérant sur certains morceaux d'I See Seaweed, particulièrement la face b.

La façon dont j'écris change juste avec le temps. J'en ai eu marre de toujours faire les mêmes merdes. C'est amusant de changer. Tu n'es pas obligé de passer du noir au blanc du jour au lendemain, tu peux prendre ton temps. On prend notre temps. En gros, j'ai demandé à Steve d'éviter de jouer des parties de piano trop classiques ou de trop réfléchir à ce qu'il faisait. C'est exactement ce qui s'est produit.

Tu as déclaré pendant l'enregistrement d'I See Seaweed que tu en avais marre d'écouter du rock. C'est toujours le cas ?

Oui. J'aime toujours ça, mais il y a tellement d'autres formes de musique qui me procurent les mêmes sentiments, voire plus. Si tu n'écoutes que du rock arrivé à 40 ans, c'est qu'il y a un problème. Tu es comme un type de 21 ans qui écoute les Wiggles ou bien un adulte qui lit les bouquins d'Harry Potter.

Ce rejet se retrouve sur le disque, où seul A Moat You Can Stand In représente votre traditionnel rock frontal. Essaies-tu consciemment de ne pas être trop « évident » ?

Oui. Et pourquoi pas ? Il était une fois, bien avant l'arrivée des techniques d'enregistrement, où les gens n'écoutaient que de la musique neuve. Tu ne pouvais pas écouter les morts. Ça veut dire que la musique de l'époque était essentiellement inventive et vivante. De nos jours, les jeunes blancs qui sont dans des groupes de rock sont comme des archéologues ou des taxidermistes. La boutique d'un taxidermiste n'est pas la savane africaine, même si elle y ressemble en surface. Joy Division ne copiait personne. Jimi Hendrix ne copiait personne. Les copier n'est donc pas les copier. Donc, ne les copie pas.

Votre nouveau single, Taman Shud, est très éloigné de morceaux comme Shark Fin Blues ou The Minotaur, du moins musicalement. J'aime beaucoup sa façon de ne pas être un single en fait. Est-ce que l'arrangement minimaliste était une façon de marteler tes paroles, plutôt acerbes ?

Ouais.

Beaucoup de tes chansons ont un nombre impressionnant de mots. Comment fais-tu pour ne rien oublier sur scène quand tu joues un Jezebel ou un Sixteen Straws ?

C'est moi qui écris. Et tout ça rime. Ça n'est pas comme si je devais mémoriser Hamlet.

As-tu déjà eu envie de passer au format supérieur ?

Non. Je suis guitariste, j'écris des morceaux, je chante, j'enregistre, produis, arrange et joue sur scène. C'est à peu près aussi proche d'être un romancier que d'être un chauffeur de bus.

A quoi peut on s'attendre d'autre sur ce nouveau disque ?

Il y a huit chansons. Il sort en février en Australie. Je ne sais pas encore pour le reste du monde. On ne lui a pas encore donné de nom.

Y a-t-il des thèmes conducteurs ?

Oui, c'est un disque qui traite de sujets actuels. La vie moderne, tout ça. Mais des choses dont personne ne parle, pour une raison ou une autre.

Il va sortir sur Tropical Fuck Storm Records. Pourquoi avez vous décidé de le sortir par vous même ?

On le fait nous même en Australie parce qu'on peut se le permettre. On n'a pas besoin d'aide. On ne sait pas encore qui s'en occupera pour l'hémisphère nord. On travaille toujours dessus.

Avez-vous prévu de signer d'autres groupes ?

Non, on le fait juste pour nous.

Allez vous jouer ces nouveaux morceaux pendant votre tournée européenne ?

Oui, 4 ou 5 .

Peut-on s'attendre à quelques surprises ?

Oui, on va se suicider sur scène.

En parlant, de surprises, vous avez sorti un DVD incluant une session semi-acoustique de morceaux que vous jouez rarement sur scène. Qu'est ce qui vous a poussé à faire ça ?

Ça nous a occupé. Personne d'autre n'allait le faire pour nous.

T'arrive-t-il d'en avoir marre de jouer certains morceaux sur scène ?

Tu finiras bien par en avoir marre de tous à un moment, et ça nous arrive aussi. Mais on arrête de les jouer pendant quelques temps et on n'en a plus marre. On a à peu près 80 morceaux, donc on peut mettre les chansons fatiguées au repos.

Peut-on s'attendre à un nouveau journal de tournée de la part de Dan Luscombe ? Le précédent était très drôle.

Je ne pense pas. Un, c'est bien assez.

Courtney Barnett est la dernière artiste a avoir fait briller Melbourne. Y a-t-il des groupes locaux que tu pourrais nous conseiller ?

Ouais. Batpiss, King Parrot, Total Control, UV Race, Time For Dreams, Steve Miller Band, Palm Springs, Dick Diver, Twerps, Harmony, Paleheads, Laura Jean, Adalita, Nation Blue, Spinning Rooms, Jackie Winter, Dan Kelly, Sun God Replica, BJ Mossiszonkle, Whipper, Tyrannamen... Il y en a des millions. Je ne peux pas me souvenir de tous.

Tu viens de faire quelques dates avec Jen Cloher, Courtney Barnett et Adalita où vous avez repris le Horses de Patti Smith. Comment est née cette collaboration ?

Jen et Courtney ont un label qui s'appelle Milk Records. Je crois que l'idée vient de Jen. On a fait deux concerts il y a quelques jours. Ça s'est très bien passé. Je ne pense pas qu'on le refera. C'était pour le Melbourne Festival, donc c'était un coup unique. Enfin, deux coups uniques.

Tu as d'ailleurs accompagné Patti Smith avec les Drones à l'Opera House. Vous avez également ouvert pour Neil Young & Crazy Horse sur leur tournée néo-zélandaise. Qu'est ce que ces deux expérience t'ont appris ?

Je suppose qu'on ne sait jamais à quoi s'attendre. Je n'aurais jamais pensé me retrouver à jouer Smells Like Teen Spirit avec Patti Smith sur la scène du Sydney Opera House. Je n'aurais jamais pensé que Neil Young nous prenne pour une tournée de stades non plus.

Qu'est ce que ça t'a fait de jouer devant ces fameux faux amplis surdimensionnés ? Tu as dû te faire plaisir en jouant ces quelques secondes de Cortez The Killer à Auckland...

Oui, c'était assez trippant de jouer devant tout ce matériel. On a pu tester les vieux trucs de Neil. Ses guitares acoustiques te font sauter le cerveau. J'ai pu jouer sur sa Martin D28 principale. Il l'a achetée à Hank Williams Jr dans les années 60. C'était la guitare d'Hank Williams, et si tu écoutes une chanson acoustique de Neil Young comme Old Man ou The Needle And Damage Done, c'est cette même guitare. Je n'ai pas connaissance d'une guitare ayant appartenu à deux légendes. A part son autre Martin, une D35 qui était à Johnny Cash. Il lui avait d'ailleurs tiré dessus. On peut voir qu'elle a été rafistolée. A l'endroit où la balle est rentrée et là où elle est ressortie. Johnny l'a offerte à Neil.

Vous avez aussi enregistré avec Spencer P. Jones en tant que The Nothing Butts. Tu as seulement co-écrit un morceau. C'était plus facile pour toi de rentrer en studio en tant que guitariste-choriste plutôt qu'en leader du groupe ?

Ouaip. Jouer de la guitare, c'est simple. C'était une expérience très amusante pour moi. Je serais content d'être juste guitariste, mais il faudrait que ça soit un bon groupe. Mais personne ne me demande jamais de le faire, sauf Spencer. On demande à tous les gens que je connais de faire du djing dans des bars, des soirées ou des événements. Ils le font tout le temps parce qu'on le leur demande. Mais on ne m'a demandé de le faire qu'une seule fois. J'ai 39 ans. Personne ne me demande de faire quoi que ce soit. Je ne sais pas si c'est parce que je suis nul pour ça et que je suis un trou du cul ou bien si c'est parce que je me retrouve comme une nana super canon qui n'a jamais de rencard parce que tout le monde pense qu'elle a déjà un mec.

Avez vous prévu de faire un autre album ?

Je ne pense pas. C'était un coup unique.

Tu es sans doute au courant de cette chanson de King Gizzard and the Lizzard Wizard qui s'appelle Garage Liddiard ?

Ouais. Je ne sais pas comment ça leur est venu. Ils devaient avoir besoin d'un titre et ont choisi d'opter pour un qui fasse classe.

Peux tu nous en dire plus sur la genèse de Strange Tourist, ton album solo ?

Je voulais de la voix et une guitare acoustique. Pas de guitares électriques, pas de batterie, de trompette, de synthés ou de chœurs. Il fallait donc que ça soit un disque solo. Dans sa définition du dictionnaire.

Certaines de ces chansons auraient pu se retrouver sur un disque des Drones ?

Oui, toutes. Une chanson est une chanson. Les Drones peuvent jouer n'importe quoi.

Penses-tu renouveler l'expérience ?

Non. Ce qui est fait n'est plus à faire.

Que me proposerais tu si je te demandais un haïku ?

Je ne me souviens plus de ce que c'est. Donc je te dirais « C'est quoi déjà, un haïku ? ».

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