David Karsten Daniels

Sharp Teeth

( Fat Cat / Fat Cat ) - 2007

» Chronique

le 05.02.2007 à 06:00 · par Erwan M.

Tout commence par un folk lo-fi entonné avec quelques amis, deux phrases élémentaires répétées simplement à l'ombre du porche d'une vieille ferme retirée : "There is a joy you can't contain/ There is a feeling you can't explain". Une guitare sèche, deux voix qui s'entrelacent. Puis dans un léger crescendo, une basse veloutée, un violon, puis deux, puis trois, sortent des buissons. La batterie surgit, les violoncelles se dévoilent, les choeurs s'évaporent. C'est maintenant tout l'orchestre qui s'invite sur le porche dans une joyeuse exubérance symphonique, avant de s'évanouir tout aussi subrepticement et de laisser place au songe.

Ainsi débute avec The Dream Before The Ring That Woke Me, le quatrième album de David Karsten Daniels, Sharp Teeth. Le chanteur de Caroline du Nord, qui a fait ses classes dans le collectif Bu_Hanan, et depuis peu membre de l'écurie britannique FatCat, est ici accompagné par 19 musiciens et tout autant d'instruments. Mixées par Daniel Hart (Polyphonic Spree), les 10 compositions de Sharp Teeth, centrées classiquement autour de la voix et la guitare de Daniels, s'avèrent plus complexes et alambiquées qu'elles pourrait le laisser entendre, à l'instar de la pochette de l'album, illustrant naïvement un jeune homme en tenue d'Adam dévorant avec entrain les intestins de son Eve.

Le guitariste peut ainsi entamer un morceau en solo avant de finir accompagné par tout le jazz-band du lycée pour une leçon de dixie enfumée (Scripts). Sur American Pastime, Daniels discute baseball et relations humaines en sonnant comme un Of Montreal en slow motion. Jesus and the Devil, folk song dont le thème s'inscrit dans la longue tradition des morceaux folk du sud des Etats-Unis, fait disserter Daniels sur son impossibilité à distinguer Jésus de son alter-égo démoniaque, les apparences de l'un se confondant avec les promesses de l'autre. Mélodie simple et accrocheuse, voix chaleureuse et ambrée, bercée par une insouciance qui laisse pourtant dévoiler dans les dernières secondes un pan plus sombre de l'univers de Daniels.

Sharp Teeth 1 et II, deux courts interludes instrumentaux, dont les errements au piano rappellent les compositions acoustiques d'un Sufjan qui aurait laissé ses majorettes et sa bonne humeur à Chicago, enveloppent une deuxième partie d'album plus sombre et intrigante, envasée dans un mur de cordes dense et humide (le très clogsien Minnows), ou déclinée en mode épique (le final We Go Right On). L'album, pour le moins aventureux, et à l'architecture folk des plus exigeantes, constitue au final une bonne entrée en matière pour se faire les dents sur la discographie d'un songwriter dont on entendra de nouveau parler.

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Pochette Disque Sharp Teeth

» Tracklisting

  1. The Dream Before The Ring That Woke Me
  2. Scripts
  3. American Pastime
  4. Jesus And The Devil
  5. Sharp Teeth I
  6. Minnows
  7. Universe Of No Parts
  8. Beast
  9. Sharp Teeth II
  10. We Go Right On

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