The Evpatoria Report

Golevka

( Shayo / Drunk Dog Records ) - 2005

» Chronique

le 04.10.2006 à 00:00 · par Gaëtan S.

Une couverture en carton épais, d’un format peu ordinaire, une photo d’une netteté incroyable, une crâne explosé. On se dit déjà qu’Evaptoria report n’est pas comme les autres et que l’attention portée à l’emballage tiens de la chirurgie plastique plus que du collage ou griffonnage chers aux Constellation déjà explorées. L’artisanat et l’imperfection ne semblent pas être des mots familiers à ce jeune groupe suisse. Non, ici c’est lisse, net. Parfait.

Le terme de morceaux n’est pas approprié à ce que l’on entend. Il s’agit plutôt de compositions, tant par la longueur des morceaux que par la richesse de l’instrumentation. Des cordes et même une chorale viennent s’ajouter aux traditionnels instrument de rock. Composition aussi, mais dans un aspect plus péjoratif, dans le sens où cette musique semble avoir été le fruit d’un travail d’écriture, de réflexion plus que de spontanéité.

Et pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait attendre, elle n’est pas inventive. Les passages mélodiques sont classiques, les explosions maîtrisées et prévisibles et on reconnaît même une structure toute droit sortie de christmas steps de Mogwai. Les parties calmes sont souvent relativement lourdes, trop denses, trop belles pour réellement toucher. Il semble y avoir du coeur dans cette musique mais pas de sensibilité. Les finalement assez rares passages rock manquent de sincérité. Là ou des groupes comme GY!BE ou Mogwai donnent de l’espoir, de l’épique et de la rage, Evaptoria report est dans un autre monde, loin de la vie. Il n’y a pas d’urgence, pas de hargne, juste une parfaite exécution d’une partition écrite. Ici il n’y a pas de rêves, pas d’utopies, on semble vivre dans un monde parfait ou tout serait aseptisé, dans une salle d’opération ou dans un vaisseau spatial, il n’y a aucun espoir mais la musique n’est pas désespérée. Ces notions même n’existent plus. C’est au delà, irréel, loin de ce que l’on connaît. En ce sens ce disque est novateur, l’ambiance qui s’en dégage est vraiment différente et propose un voyage inter galactique. Mais peut être faut il aimer la science fiction pour apprécier.

Dans 1984, l'Océania avait crée une machine qui écrivait des livres en choisissant des mots qui avaient du sens à partir des écrits des classiques. Golevka donne un peu cette impression. On y retrouve des références, ça a du sens, on ne peut pas dire que ce soit laid, c'est même assez beau mais ça n'a pas tellement de substance et de fond. Une sorte de beauté plastique.

Au niveau du son on est de nouveau frappé par la sensation que ce disque n’est décidément pas ordinaire. Le son est d’une qualité incroyable. Tout est parfaitement distinct et la moindre infime imperfection semble avoir été gommée d’un coup de bistouris millimétré. Encore une fois cette perfection nuit plus au disque qu’il ne le sert. Cela renforce le coté artificiel, trop beau, pas assez humain.

Golevka est un disque ambitieux. On sent qu’une attention particulière a été portée à ce que tout soit parfait, maîtrisé. Mais par trop de perfection, de beauté il ne ressort que très rarement des passages vrais, qui touchent profondément et qui nous transportent. Il en résulte un disque cosmique mais kitsch.

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Pochette Disque Golevka

» Tracklisting

  1. Prognoz
  2. Taijin Kyofusho
  3. Cosmic Call
  4. C.C.S. Logbook
  5. Optimal Region Selector
  6. Dipole Experiment

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