Smoke

Heaven On A Popsicle Stick

( Long Play ) - 1994

» Chronique

le 18.10.2006 à 06:00 · par Eric F.

Le récent succès d'Anthony & The Johnsons laisse un goût plus qu'amer quand on sait que Benjamin Smoke, le leader du groupe originaire d'Atlanta est finalement décédé du sida dans l'indifférence quasi-générale, son prestigieux fan-club (Michael Stipe et Chan Marshall entre autres) et quelques initiés mis à part (bon courage pour trouver les albums du groupe en France, mais le jeu en vaut la chandelle).

Atypique, le leader de Smoke l'était jusqu'au bout de ses ongles manucurés. Si celui-ci pouvait souvent être vu en drag-queen dans des bars louches d'Atlanta, tout ce côté "guignolesque" est mis de côté le temps du disque auquel l'adjectif "grave" sied à merveille ; que ce soit pour la musique (qui ne prête pas vraiment à rigoler) ou bien pour la voix légèrement éraillée de son chanteur, qui mérite sans conteste sa place au panthéon des "atypiques" entre Nick Cave et Tom Waits.

Basée sur une instrumentation countrysante (du banjo, des trompettes) il n'est pourtant pas rare que vienne s'y ajouter une guitare électrique aérienne portant à merveille la voix (Awake, Beeper Will et Ballet, soit les trois meilleurs morceaux du disque).

Si Benjamin Smoke ne fait pas de mystère de son statut de condamné tout au long du disque, on ne tombe pas pour autant dans le nombrilisme ni dans le misérabilisme. Peut être qu'on ne trouvera pas d'espoir ici, mais au moins des nuances : "You know life's not black or white but black and white with grey tones" (Freak). Le ton devient plus léger sur l'amusant Luke's Feet, qui expose un phantasme fétichiste sur Luke Perry... mais on redescend bien vite (presque) six pieds sous terre. C'est pourquoi il est primordial de souligner le rôle des trompettes, qui semblent à peu près les seules capables d'insuffler un semblant de vie, parfois au prix d'efforts dantesques (Beeper Will et son final en forme d'apothéose).

Quand il ne joue pas (avec brio) les divas dramatiques, le leader mène son groupe sur des morceaux rappelant fortement les films noirs et d'espionnage de la grande époque du cinéma en noir et blanc (avec des "grey tones" donc). Si l'ensemble ne respire donc évidemment pas la joie de vivre, il n'est pas encore trop tard pour découvrir ce génie injustement ignoré de son vivant.

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Pochette Disque Heaven On A Popsicle Stick

» Tracklisting

  1. Hole
  2. Awake
  3. Freak (Winn's Song)
  4. The Trip
  5. Hank Aaron
  6. Luke's Feet
  7. Beeper Will
  8. The Pond
  9. I Do
  10. The Ballet
  11. Guilt
  12. Abigail
  13. Curtains

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