Bonnie 'Prince' Billy

The Letting Go

( Domino / Pias ) - 2006

» Chronique

le 26.09.2006 à 06:00 · par Jean-Yves B.

Il est désormais de mise d'accueillir chaque nouvelle sortie de l'autrefois quasi-intouchable Will Oldham avec une certaine circonspection. Bien des fans le confirmeront, qui ont été surpris, échaudés voire très déçus par les derniers projets du malicieux barbu (best of d'auto-reprises, album live très dispensable, collaboration avec Matt Sweeney, ou un Master & Everyone un peu plat). Notre méfiance nous aura même joué des tours, puisqu'il y a peu encore, le single annonciateur de The Letting Go, la majestueuse ballade Cursed Sleep, nous semblait raté, ses arrangements de cordes théâtraux nous rappelaient la grandiloquence lourdaude des moments les moins inspirés de Sufjan Stevens. Pourtant aujourd'hui cette chanson nous paraît l'un des incontestables sommets mélodiques et vocaux d'un disque qui n'aura cessé de s'imposer un peu plus au fil des réécoutes successives.

Stylistiquement, The Letting Go est un cousin de Master & Everyone, en ce sens que le son y conserve cette même qualité d'intimisme et de chaleur acoustique. L'instrumentation, plus fournie, et la production, un peu moins lisse, diffèrent néanmoins sensiblement. Outre une section de cordes (jouées par des musiciens islandais) très présente et Jim White à la batterie, Bonnie "Prince" Billy a invité ici Dawn McCarthy (alias Faun Fables) à chanter avec lui sur la plupart des chansons du disque - la quasi-chanson-titre étant même une véritable collaboration entre les deux. Beaucoup pourront être irrités de la présence de cette intruse au micro, mais on s'y habitue assez vite, et il faut reconnaître qu'elle renforce l'atmosphère intimiste, douce et romantique de The Letting Go - celle-ci étant régulièrement pervertie par des textes souvent étranges où l'obsession de la mort se fait particulièrement sentir et magnifiée par une voix qui a rarement été aussi pure.

Cette formule fonctionne donc à merveille sur une grande partie du disque, qui contient plusieurs des plus belles chansons écrites par Oldham depuis Ease Down The Road (voir les cinq premiers titres du disque). Dans sa deuxième partie, le disque a malheureusement tendance a se déliter quelque peu, à devenir volage pour le meilleur ou pour le pire. Bonnie s'improvise bluesman dans un Cold & Wet dont la présence est ici vraiment incongrue, mais une approche très folk sur une relecture musicale du poème d'Emily Dickinson Then The Letting Go s'avère fort convaincante. La chanson cachée Ebb/Tide est d'un ennui total, tout comme à un moindre degré God's Small Song, un piètre hommage à la musique de Baby Dee qui méritait mieux. The Seedling récupère quant à elle les cordes du Kashmir de Led Zeppelin pour un résultat évidemment assez troublant. L'écart le plus déroutant (quoique pas si étonnant) est la longue ballade country FM I Called You Back, qui semble dénuée de toute aspérité (jusqu'au texte particulièrement gnan-gnan - "Everytime we kiss, we find ourselves in love again"), mais est au final loin d'être désagréable.

C'est cette versatilité et cette irrégularité d'autant plus frustrantes que le disque avait particulièrement bien commencé qui empêchent donc The Letting Go de conserver une vraie unité qui aurait pu lui conférer un statut de petit classique Oldhamien. Nonobstant ces réserves, on a ici la preuve que Bonnie "Prince" Billy est encore capable de se réinventer avec goût, et que son incomparable voix semble même se bon(n)ifier encore. C'est déjà pas mal, et ça permet pour l'heure de passer outre des errements qui semblent au regard des beautés offertes par ailleurs assez anecdotiques.

Retour haut de page

Pochette Disque The Letting Go

» Tracklisting

  1. Love Comes To Me
  2. Strange Form Of Life
  3. Wai
  4. Cursed Sleep
  5. No Bad News
  6. Cold & Wet
  7. Big Friday
  8. Lay And Love
  9. The Seedling
  10. Then The Letting Go
  11. God's Small Song
  12. I Called You Back

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.